TGV : en Israël, la nouvelle ligne de la discorde

Alors que le gouvernement promet de prolonger le chemin de fer entre Jérusalem et Tel-Aviv, l’opposition progressiste dénonce une « annexion rampante d’une partie de la Cisjordanie ».

Nissim Behar, Libération, vendredi 11 novembre 2016

« Un billet pour le mur des Lamentations, s’il vous plaît. » D’ici quelques mois, il sera possible de se rendre en train jusqu’à l’endroit le plus sacré du judaïsme. Et l’initiative en revient au ministre des Transports de l’Etat hébreu, Israël Katz (un faucon du Likoud), qui promet de prolonger le chantier de ligne rapide Tel-Aviv-Jérusalem par un tunnel ferroviaire débouchant à proximité du Kotel (« mur des Lamentations » en hébreu). Là sera d’ailleurs érigée une « gare du Kotel », où transiteront les fidèles juifs ainsi que les groupes de touristes.

Sauf contretemps, la ligne rapide Tel-Aviv-Jérusalem sera opérationnelle en avril 2018 et le creusement du tunnel de 2 kilomètres la reliant au Kotel débutera peu après. Mais l’annonce du projet fait d’ores et déjà monter la tension dans les quartiers arabes de Jérusalem-Est, où les habitants redoutent des expropriations. Ils estiment également que l’Etat hébreu pourrait profiter de l’occasion pour y implanter des colons juifs dans les alentours.

« Aucun supplément de prix »

La grogne est d’autant plus forte que le « train du Kotel » s’arrêtera à quelques mètres de l’esplanade des Mosquées, le troisième lieu saint de l’islam. Et que ce projet a été annoncé le jour où le directeur et imam de la mosquée Al-Aqsa dénonçait la destruction d’un cimetière musulman vieux de 1 400 ans par les autorités israéliennes, qui veulent le remplacer par un parc public.

Avant le train du Kotel, Katz avait déjà mis à l’étude un projet de ligne ferroviaire reliant plusieurs villes de l’intérieur d’Israël à Ariel, la plus importante des colonies de Cisjordanie occupée. Mais il a également révélé mardi que le tramway qui traverse Jérusalem d’est en ouest sera prolongé jusqu’aux colonies de Cisjordanie proches la Ville sainte.

Parmi les heureuses bénéficiaires de cette mesure, les colonies de Ma’aleh Adoumim et d’Adam dans un premier temps. D’autres suivront mais leur nom n’est pas connu. « Aucun supplément de prix n’est prévu parce qu’il est normal que nos concitoyens de Judée-Samarie [la Cisjordanie occupée, ndlr] bénéficient des mêmes services que les autres », assène fièrement le ministre.

« Voler davantage les terres palestiniennes »

Dans l’entourage de Katz, on ne cache pas que le train du Kotel servira à conforter davantage l’emprise israélienne sur Jérusalem. Et l’on présente le prolongement de la ligne de tramway comme un moyen « d’arrimer plus solidement les communautés [israéeliennes] de Judée-Samarie au reste du pays ».

Ce qui, pour plusieurs députés israéliens de l’opposition progressiste, équivaut à une « annexion rampante d’une partie de la Cisjordanie ». En tout cas, Katz veut faire progresser ses dossiers le plus rapidement possible pour profiter du fait que la communauté internationale a les yeux tournés vers l’Irak, la Syrie et les élections américaines.

A Ramallah, l’Autorité palestinienne a réagi avec virulence aux plans de l’Etat hébreu. « Le gouvernement israélien veut voler davantage de terres palestiniennes pour servir les intérêts des colons », fulmine le ministère des Affaires étrangères. A l’en croire, les projets de Katz vont « de nouveau transformer la région en enfer ». Nissim Behar correspondant à Tel-Aviv