Syrie • Les raisons de l’attaque américaine en territoire syrien

Amos Harel, mardi 28 octobre 2008

Le 26 octobre, un héli­co­ptère amé­ricain lançait un raid à la fron­tière syro-​​irakienne. Il visait offi­ciel­lement un chef proche d’Al-Qaida. Mais Washington mon­trait aussi qu’elle considère tou­jours la Syrie comme un pays de l’"axe du mal", analyse le quo­tidien Ha’Aretz.

Ceux qui s’attendaient à un bom­bar­dement de l’Iran par les Etats-​​Unis à la veille de l’élection pré­si­den­tielle, ou immé­dia­tement après, devront se contenter d’une frappe moins impor­tante : une attaque par héli­co­ptère, dans la nuit de dimanche [26 octobre], au nord-​​est de la Syrie.

La prin­cipale cible de cette attaque, selon les pre­mières infor­ma­tions, était un membre haut placé du "djihad mondial" – réseau lié à Al-​​Qaida.

Du point de vue des Etats-​​Unis, le contexte est prin­ci­pa­lement irakien. Il s’agit d’une frappe contre ceux qui leur causent des pro­blèmes dans leur "arrière-​​cour". Elle a pour but d’assurer la sta­bilité en Irak. Mais il y a aussi des consé­quences pour Israël. Le fait que Bachar El-​​Assad a été prêt à renouer des rela­tions diplo­ma­tiques avec Israël il y a un an, avec l’aide de média­teurs turcs, s’explique dans une large mesure par l’espoir de Damas de se rap­procher de Washington.

Cela ne s’est pas réel­lement produit – Assad en a néan­moins tiré un divi­dende immédiat. Ce dernier a redoré son blason dans le monde arabe, tout en amé­liorant ses rela­tions avec l’Europe.

Même si le pré­sident Bush ne s’est pas opposé aux négo­cia­tions entre Israël et la Syrie, son gou­ver­nement est resté très scep­tique à l’égard du régime de Damas et a continué à per­cevoir la Syrie comme un pays de l’"axe du mal". Les Amé­ri­cains ont par ailleurs refusé de mener toute action concrète qui aurait permis aux Syriens de pro­gresser dans leurs négo­cia­tions. Désormais, il est clair que les Etats-​​Unis n’hésiteront pas à attaquer des cibles ter­ro­ristes sur le ter­ri­toire syrien.

A cet égard, les Amé­ri­cains ne font pas cavalier seul. Israël les a déjà pré­cédés avec l’attaque de la cen­trale nucléaire de Deir Al-​​Zour, en sep­tembre 2007. Sans parler d’une série de mys­té­rieux acci­dents sur le ter­ri­toire syrien, depuis l’assassinat d’Imad Mugh­niyeh [leader du Hez­bollah assassiné à Damas] en février dernier jusqu’à celui du général Mohammed Suleiman [conseiller pour la sécurité du pré­sident Assad, il a été assassiné à Tartous, ville côtière au nord de la Syrie] il y a environ deux mois. Le déno­mi­nateur commun de toutes ces opé­ra­tions est que plus per­sonne ne prend la Syrie au sérieux, étant donné les vio­la­tions répétées de sa sou­ve­raineté. Le pays n’a sans doute jamais connu une telle instabilité.

Cette situation en Syrie vient s’ajouter aux ten­sions entre Israël et le Liban. Amos Yadlin, le chef du ren­sei­gnement mili­taire israélien, a récemment déclaré que la contre­bande d’armes depuis la Syrie à des­ti­nation du Hez­bollah se pour­suivait. Et le ministre de la Défense, Ehoud Barak, a annoncé qu’Israël était prêt à attaquer les convois d’armes, dans un contexte où le Hez­bollah tente de s’équiper de mis­siles antiaériens.

Avant l’attaque, les Etats-​​Unis avaient lancé une mise en garde. La semaine der­nière, lors d’une confé­rence de presse, un com­mandant amé­ricain basé dans l’ouest de l’Irak a déclaré que la situation s’aggravait à la fron­tière syrienne. Dans le même temps, l’Arabie Saoudite et la Jor­danie fer­maient leurs fron­tières avec l’Irak à la demande des Américains.

Ce modus ope­randi n’est pas sans évoquer les "assas­sinats ciblés" d’Israël. Les Amé­ri­cains ont en effet combiné effi­ca­cement le travail de ren­sei­gnement et les actions sur le terrain, menant des frappes aériennes accom­pa­gnées par un raid de com­mando pour confirmer le succès de l’opération.