Sur des oeufs

Henri Guirchoun, mercredi 16 janvier 2008

Après la visite de Bill Clinton à Gaza en 1998, c’est la pre­mière visite d’un pré­sident amé­ricain dans les ter­ri­toires pales­ti­niens, et en même temps, la pre­mière visite en Israël de George W. Bush en tant que président.

Ce n’est donc pas comme si pour une fois le grand ami d’Israël qu’est George W. Bush avait décidé en se rendant à Ramallah de faire un geste fort et sym­bo­lique envers les Pales­ti­niens. Ce voyage était aussi et sans doute surtout destiné à mettre du baume au cœur des Israé­liens. D’ailleurs, il ne faut pas oublier que l’annonce de ce périple avait été faite très pré­ci­sément au len­demain de la publi­cation du rapport des ser­vices de ren­sei­gne­ments amé­ri­cains sur le gel du pro­gramme nucléaire mili­taire iranien qui avait consterné les Israé­liens. Et inquiété les régimes arabes amis de l’Amérique, notamment l’Egypte, l’Arabie saoudite et les pays du Golfe, qui sont jus­tement les pro­chaines étapes de George Bush après Jérusalem.

Le pré­sident amé­ricain mar­chait donc un peu sur des œufs. Pas question d’imposer à Israël de faire de vraies conces­sions à l’égard des Pales­ti­niens en vue d’une accé­lé­ration des négo­cia­tions de paix, même si elles semblent déjà s’essouffler depuis le dernier sommet d’Annapolis. Pas question, non plus, de crisper ses inter­lo­cu­teurs pales­ti­niens, afin d’éviter de recevoir ensuite un accueil glacial, tant au Caire qu’à Ryad. Pour éviter le diable, on en est donc resté aux décla­ra­tions de bonnes inten­tions et à l’incantatoire, sans trop entrer dans les détails.

Alors certes, le pré­sident amé­ricain a répété qu’il est pour la nais­sance d’un Etat pales­tinien. Mais sans évoquer de date. Il a précisé que cet Etat devait béné­ficier d’une conti­nuité ter­ri­to­riale. Mais sans pré­ciser vraiment laquelle. Entre le pont Allenby à la fron­tière jor­da­nienne, Jéricho et Ramallah ? Entre Ramallah, Jénine et Bethléem ? Ou aussi entre Ramallah et Gaza ? Or ce sont ces ques­tions, et tant d’autres, comme Jéru­salem, le gel des colonies, le déman­tè­lement des bar­rages mili­taires qui sont au cœur des négo­cia­tions israélo-​​palestiniennes dont on ne peut pas dire qu’elles avancent à pas de géant ces der­nières semaines.

En réalité, au cours de ce voyage, le pré­sident Bush a tenté de rehausser à la fois le prestige du chef de l’Autorité pales­ti­nienne Mahmoud Abbas, affaibli dans son camp par la dis­si­dence du Hamas, comme il a en même temps tenté de res­taurer l’image du Premier ministre israélien Ehoud Olmert qui tente de sauver son fau­teuil menacé par la pro­chaine publi­cation des der­nières conclu­sions du rapport Winograd sur la guerre au Liban.

Mais qui peut sérieu­sement croire à la pro­ba­bilité d’un accord, comme il l’affirme, avant le terme de son mandat en 2009 ? N’est-il pas lui-​​même bien plus affaibli que ne l’était Bill Clinton lorsque celui-​​ci avait échoué à imposer la paix à Camp David, à la fin de son mandat ? Depuis la sécession de Gaza, le pré­sident Mahmoud Abbas n’est-il pas gra­vement plus affaibli que ne l’était alors Yasser Arafat ? Et Ehoud Olmert n’est-il pas à la merci d’une implosion de sa coa­lition gou­ver­ne­mentale, attelage de plus en plus impro­bable, bal­lotté entre les ambi­tions d’Ehoud Barak et des tra­vaillistes, et les pré­ven­tions à l’extrême droite d’Avigdor Lie­berman qui lui interdit toute concession constructive à l’égard des Pales­ti­niens ? Ehoud Olmert vient d’ailleurs de réaf­firmer qu’il n’y aurait pas de paix tant que le ter­ro­risme ne se serait pas arrêté. On est donc loin de la doc­trine qui avait prévalu après les accords d’Oslo, quand le Premier ministre d’alors, Itzhak Rabin affirmait qu’il faut faire la paix comme s’il n’y avait pas d’attentats, et lutter contre le ter­ro­risme comme s’il n’y avait pas de paix. Henri Guirchoun