Suite aux propos d’Ariel Sharon

AFPS, mardi 20 juillet 2004

Face à « l’antisémitisme déchaîné » en France, Ariel Sharon appelle les Juifs de notre pays à émigrer « immé­dia­tement », pour s’installer en Israël.

Face à « l’antisémitisme déchaîné » en France, Ariel Sharon appelle les Juifs de notre pays à émigrer « immé­dia­tement », pour s’installer en Israël.

Prin­cipaux accusés : les musulmans de France qui repré­sentent, a-​​t-​​il compté, 10% de la population.

Le premier ministre israélien ne s’embarrasse guère de for­mules diplo­ma­tiques dans ses propos fron­ta­lement racistes qui visent toute une partie de la popu­lation fran­çaise en par­ti­culier et, dès lors, toute la société en général. Ne lui en déplaise, la Répu­blique fran­çaise n’a pas pour vocation de cesser de consi­dérer ses citoyens pré­ci­sément pour ce qu’ils sont : des citoyens.

Mais le véritable projet d’Ariel Sharon n’est pas d’abord là.

En tentant de jeter l’opprobre sur un pays où a su grandir la soli­darité avec le peuple pales­tinien, en agitant l’épouvantail du racisme anti­sémite, ce n’est pas à la lutte contre cette forme de racisme en par­ti­culier et contre tous les racismes en général qu’il entend appeler. Au contraire, leur éventuel déve­lop­pement sert sa lecture com­mu­nau­taire, éthi­quement inac­cep­table et poli­ti­quement dan­ge­reuse. Car ce qu’il sou­haite, ce n’est rien d’autre que l’incitation au départ.

C’est l’incitation à une vague migra­toire puisée dans le vivier des citoyens français de confession juive, appelés en masse à venir assurer son objectif aussi officiel qu’obsessionnel : la péren­ni­sation d’une majorité démo­gra­phique juive en Israël, ainsi qu’à Jéru­salem dont la popu­lation pales­ti­nienne est de plus en plus mas­si­vement exclue de ses droits de rési­dence, voire dans le reste de la Cis­jor­danie occupée.

L’édification des murs d’enfermement des popu­la­tions pales­ti­niennes en Palestine occupée, de confis­cation de leurs terres et de leurs res­sources au profit des colonies, de ghet­toï­sation au sens exact du terme, sert cet objectif. « Achever ce qui ne l’a été en 1948 », n’a-t-il eu de cesse de répéter ces der­nières années. C’est bien à une « sépa­ration » des popu­la­tions sur cri­tères « eth­niques », à une annexion de ter­ri­toires vidés de leurs popu­la­tions pales­ti­niennes, qu’il aspire.

De toute évidence, Ariel Sharon a plus que du mal à convaincre les citoyens de notre pays de la validité de ses thèses, et c’est heureux. D’une part, parce que la citoyenneté ne se divise pas. D’autre part, sans doute, parce que sa poli­tique meur­trière et sui­ci­daire en Palestine occupée est res­pon­sable non seulement de plus de trois mille morts pales­ti­niens et de des­truc­tions mas­sives, mais aussi de près d’un millier de morts parmi ses propres citoyens. Mais aussi parce que l’histoire nous a montré que le racisme, quelles qu’en soient les formes et les vic­times, se combat.

Ce combat est celui de toute notre société. C’est le nôtre. C’est celui, pra­ti­quement par défi­nition, du mou­vement de soli­darité avec le peuple pales­tinien pour le respect de ses droits, ainsi qu’avec les anti-​​colonialistes qui, en Israël, s’engagent contre la poli­tique dévas­ta­trice de leur gouvernement.

Opposé à tout enfer­mement dans des appar­te­nances com­mu­nau­taires, ce combat ne saurait se mener et se gagner que tous ensemble. En com­mençant par dire non au racisme d’Ariel Sharon.