Suite à une plainte de députés auprès de la Cour suprême, le Shabak arrête 2 nouveaux suspects dans les meurtres de la famille Dawabshe

Richard Silverstein, Tikun Olam, jeudi 3 décembre 2015

Photo calcinée dans l'incendie criminel qui a tué la famille Dawabsheh

La gestion de l’affaire des meurtres de la famille Dawabshe par l’appareil de sécurité israélien est au-delà du pathétique. C’est de la malfaisance pure et simple, sinon de la négligence criminelle. Pratiquement depuis que la famille est morte dans un incendie criminel dans le village de Douma, près de Naplouse (incendie qui a tué la mère, le père, et un bébé, et laissé en vie un petit orphelin) le Shabak sait qui les a assassinés. Mais il a refusé d’aller au bout de l’enquête. Pourquoi ? Le ministre de la Défense a affirmé que cela dévoilerait des méthodes des services de renseignement et compromettrait des sources.

J’ai appris d’une source confidentielle que cela signifiait qu’il y avait un agent infiltré du Shabak parmi les comploteurs. Mais c’était encore beaucoup plus compliqué et perturbant que cela. L’agent infiltré a en réalité trahi l’agence de sécurité à peu près de la même manière qu’Avishai Raviv l’avait fait quand il a poussé Yigal Amir à assassiner Yitzhak Rabin et qu’il a "négligé" d’informer ses patrons des plans du tueur. En d’autres termes, l’homme du Shabak à l’intérieur du complot était au courant des plans de l’incendie criminel et peut même y avoir incité lui-même. Pourtant, il n’en a pas informé ses responsables, conduisant ainsi à la mort de trois Palestiniens innocents.

On peut imaginer qu’une telle information attirerait une très mauvaise réputation à l’ensemble de l’agence, et en particulier à sa division du terrorisme juif qui employait l’espion infiltré. Cette unité a déjà l’affreuse réputation de ne pas résoudre les crimes impliquant des suspects juifs. En fait, je dirais que le travail de cette unité est presque de ne PAS résoudre ces crimes.

En conséquence, l’appareil de sécurité est entré en mode "couverture". Il a complètement refusé de continuer l’enquête. Il a mis quelques dirigeants des colons en détention administrative. Parmi eux Meir Ettinger, petit-fils de Meir Kahane, que le Shabak a présenté comme l’instigateur du complot (sans participation directe).

Bien que la police secrète affirme maintenant qu’elle est sur le point de résoudre l’affaire, il n’y a qu’une raison à cela, et elle n’a rien à voir avec quelque question technique ou juridique que ce soit. La seule raison pour laquelle il y a une action est le dépôt de deux plaintes devant la Cour suprême réclamant que le procureur général et le ministre de la Défense soient tenus pour responsables par refus de poursuivre. Une pétition a été déposée par le député Meretz Issawi Freij et la seconde par les membres de la liste commune israélo-palestinienne à la Knesset. Cette dernière a fait valoir qu’il ne peut y avoir aucune préférence accordée à la protection des sources de renseignement par rapport à la recherche de la justice ; ni aucune préférence donnée à la détention administrative par rapport à une procédure judiciaire publique. Les plaignants ont rappelé à la cour leur opposition à l’utilisation de la détention administrative contre les prisonniers palestiniens et juifs.

Sans nul doute, le procureur de la République a dû dire aux membres du cabinet que, s’ils refusaient d’agir, la Cour suprême serait susceptible de les accuser d’outrage à magistrat. Pour éviter cette condamnation ils ont maintenant promis à grands cris que le crime sera résolu.

Les rapports cités au paragraphe précédent signalent tous les deux qu’il existe des développements secrets, sous ordonnance de non-publication, que les médias israéliens ne peuvent pas rapporter. Mais devinez qui peut les signaler ? Grâce à une source israélienne bien informée (confirmé par ce post Facebook d’un comité de défense des colons), je peux dire que l’information censurée est que deux suspects, membres du groupe de colons le plus extrémiste, les Jeunes des collines, ont été arrêtés. L’un est Elisha Odess (voir photo), 17 ans, et l’autre, Hanoch Ganiram. Le grand-père de Ganiram, Yitzhak, était un membre de Jewish Underground, un groupe de colons terroristes qui a déposé des bombes et gravement blessé plusieurs dirigeants politiques en Cisjordanie dans les années 1980. Apparemment, la pomme pourrie ne tombe jamais loin de l’arbre. Maintenant le grand-père et le petit-fils ont chacun quelque chose dont être fiers : ils ont assassiné de sang-froid des Palestiniens innocents et sont restés impunis.

Odess vit dans un avant-poste illégal associé à Kfar Tapuach, l’une des colonies les plus violentes, qui a produit d’autres meurtriers de masse israéliens comme Eden Natan Zada. Ganiram vient d’une autre colonie connue pour sa violence, Homesh.

Si vous comprenez l’hébreu et que vous voulez entendre à quoi ressemble la mère d’un terroriste juif, écoutez cette conférence de la mère de Ganiram (6e séquence audio à partir du début) dans un programme de la radio Kol Yisrael sur le thème "garder la foi au coeur de la vie quotidienne." Sachant que son fils a détruit une famille palestinienne et sa maison, il est douloureusement ironique que le nom de ce programme de radio soit "Le Foyer Juif" (pas de rapport avec le parti politique, Bayit Yehudi).

Ces arrestations sont sous le coup de la censure et ne peuvent ne pas être rapportées dans la presse israélienne. Bien que curieusement, le système judiciaire israélien ait publié sur son site des informations à propos d’une audition de Ganiram le 29 Novembre (sans précisions sur les accusations portées contre lui).

Il est important d’ajouter que ces arrestations ont très peu de signification à moins que tous les meurtriers ne soient traduits en justice. C’est-à-dire qu’ils soient reconnus coupables et condamnés à de longues peines de prison, et qu’ils ne soient pas graciés par un prochain président, comme le sont la plupart des terroristes juifs. Entre parenthèses, les meurtriers de Mohammed Abu Khdeir viennent juste d’être reconnus coupables d’avoir brûlé à mort ce jeune de 16 ans de Jérusalem-Est il y a quelques années dans un acte odieux de terrorisme juif. Et de façon intéressante, celui qui a perpétré le meurtre a fourni au tribunal, un moment avant que sa culpabilité ne soit reconnue, une attestation déclarant sa folie. Lorsque les juges ont accepté d’étudier ce document (ce qu’ils n’étaient pas légalement obligés de faire), l’artisan de ce crime n’a pas été condamné, alors que ses deux complices l’étaient.

Il est de pratique courante pour les terroristes juifs de prétendre la folie. Les juges israéliens aiment avoir l‘option de déclarer que les suspects juifs ne sont pas des terroristes, mais des malades mentaux. Cette défense a été tentée en vain dans le cas Jack Teitel et avec succès dans le cas de Julien Soufir.

Traduction : RP pour l’AFPS