Stratégies préventives d’Israël contre l’Iran

Ze’ev Shiff. Dépêche d’agence., samedi 26 mars 2005

Réflexion inquié­tante, confirmée par la presse, d’un jour­na­liste et ana­lyste israélien de droite, farouche par­tisan de l’intérêt prio­ri­taire d’Israël, sur la stra­tégie à adopter envers l’Iran.

Israël est convaincu, grâce à ses ser­vices de ren­sei­gne­ments, que Téhéran n’a pas renoncé à ses projets d’armement nucléaire. Les pré­vi­sions de base d’Israël vont dans le sens que l’Iran, en fin de compte, réa­lisera son projet de se doter de l’arme nucléaire. A Washington cer­tains pensent que l’Iran pour­suivra ses efforts pour devenir une puis­sance nucléaire, même en cas de chan­gement de régime.

Selon le concept stra­té­gique actuel en Israël, il est inac­cep­table que l’Iran puisse détenir des armes nucléaires, puisqu’il prône la des­truction de l’état hébreu.

Pour pré­venir le danger, Israël doit aider la com­mu­nauté inter­na­tionale à empêcher que l’Iran atteigne une capacité nucléaire, qui entraî­nerait une course aux armes nucléaires dans la région. Les acti­vités cri­mi­nelles du scien­ti­fique pakis­tanais Abdul Khader Khan, qui a vendu ou diffusé des infor­ma­tions nucléaires, ainsi que la menace Nord Coréenne sur la vente de secrets mili­taires nucléaires, aug­mentent ces risques.

Dans le même temps, Israël doit déter­miner quelle sera la meilleure dis­suasion contre l’Iran, et tra­vailler à la mettre en œuvre. Le pro­fesseur Shai Feldman avait raison lorsqu’il disait dans son dis­cours d’adieu, en quittant sa fonction de directeur du Centre Jaffee d’Etudes stra­té­giques de l’Université de Tel Aviv, qu’il existe des pos­si­bi­lités de dis­suasion contre l’Iran. Bien que ses décla­ra­tions soient extré­mistes, l’Iran n’est pas un pays géné­ra­lement témé­raire. Evi­demment la vraie dif­fé­rence réside dans la nature du régime dans un Iran qui serait équipé de l’arme nucléaire : s’agit-il d’un régime extré­miste d’ayatollahs, ou d’un régime plus libéral et plus ouvert.

La stra­tégie dis­suasive d’Israël doit inclure plu­sieurs niveaux de pro­tection. Il ne faut pas tenter de s’opposer seul à l’Iran, mais faire partie d’une plus large orga­ni­sation. Au regard des déve­lop­pe­ments nucléaires en Iran, Israël doit donner une priorité absolue à la réa­li­sation d’une alliance défensive nucléaire avec les Etats Unis. Les points d’interrogation entourant cette question par le passé sont pour la plupart résolus. La dif­fi­culté est de réa­liser une telle alliance alors qu’Israël continue ses choix nucléaires vasouilleux.

Simul­ta­nément Israël doit s’efforcer d’améliorer ses rela­tions avec l’OTAN. Il ne peut être membre de l’organisation, mais on a de bons modèles pour en devenir associé. Cela ren­forcera aussi notre capacité de dis­suasion. Dans l’ordre des prio­rités il y a ensuite les efforts qu’Israël doit consentir pour obtenir la paix avec les Pales­ti­niens et avec la Syrie. Le meilleur moyen d’adoucir et de neu­tra­liser l’hostilité ira­nienne ce sont des accords de paix avec les états arabes.

La Paix avec la Syrie va néces­sai­rement créer une bar­rière géo­po­li­tique entre Israël et l’Iran, c’est pourquoi il s’agit d’un objectif stratégique.

Bien que ces objectifs soient dif­fi­ciles à réa­liser, nous ne devons pas per­mettre aux extré­mistes parmi nous, qui s’intéressent eux aussi à la question ira­nienne, de désta­bi­liser les pro­po­si­tions qui amè­ne­raient à un accord de paix régional, ou a un renou­vel­lement de pour­parlers mul­ti­la­téraux avec les Arabes sur la question du contrôle des arme­ments nucléaires.

Du point de vue d’Israël, la solution poli­tique au pro­blème nucléaire iranien est pré­fé­rable. Mais Israël doit être prêt à la solution mili­taire en soi, quoiqu’il arrive. Une telle option doit être déve­loppée tran­quillement, et non pas avec des décla­ra­tions bel­li­gé­rantes et démons­tra­tions de force, comme on en a l’habitude de temps en temps ici.

Dans l’option mili­taire, nous devons construire les forces adaptées, mettre au point les plans, sans oublier d’examiner les méthodes de l’activité clan­destine à l’intérieur du ter­ri­toire iranien. Et nous ne devons pas éluder des ques­tions telles que : Qu’est-ce qu’Israël peut gagner par l’emploi de l’option mili­taire, et quelle sera la réponse iranienne.


Israël aurait un plan d’attaque de sites nucléaires iraniens

Londres (Reuters) dimanche 13 mars 2005

- Israël a mis au point des plans d’attaque aérienne et ter­restre contre des ins­tal­la­tions nucléaires ira­niennes au cas où les efforts diplo­ma­tiques ne débou­che­raient pas sur un arrêt du pro­gramme nucléaire iranien, croit savoir le Sunday Times.

Le Premier ministre israélien Ariel Sharon et son cabinet res­treint ont donné le "feu vert initial" à une attaque uni­la­térale contre des sites ira­niens lors d’une réunion tenue en février, lit-​​on dans le journal domi­nical britannique.

Les auto­rités amé­ri­caines ont laissé entendre qu’elles ne feraient pas obs­tacle aux plans israé­liens si les efforts diplo­ma­tiques de la com­mu­nauté inter­na­tionale échouaient, ajoute le Sunday Times.

Les plans israé­liens pré­voient l’entrée en action de com­mandos d’élite et des frappes aériennes effec­tuées par des F-​​15 uti­lisant des bombes anti-​​bunker, à même de percer le blindage d’installations souterraines.

Selon le Sunday Times, les forces israé­liennes se sont entraînées en simulant des attaques contre une repro­duction de l’installation de Natanz, où les Ira­niens ont enrichi de l’uranium.

Téhéran assure que son pro­gramme nucléaire actuel est purement civil, ce que contestent les Etats-​​Unis et Israël. L’Etat juif, dont la Répu­blique isla­mique prône l’anéantissement, estime que les Ira­niens sont en passe de pouvoir fabriquer une arme nucléaire.

L’Iran a décidé le 15 novembre dernier de sus­pendre ses acti­vités d’enrichissement d’uranium, le temps de rechercher un règlement négocié avec la "troïka" euro­péenne, constituée de la France, de l’Allemagne et de la Grande-​​Bretagne.

L’armée de l’air israé­lienne est déjà inter­venue contre des ins­tal­la­tions nucléaires étran­gères, en détruisant en 1981 le réacteur d’Osirak en Irak, pour empêcher le régime de Saddam Hussein de se doter d’armes atomiques.

Israël a tenu à mini­miser les infor­ma­tions du Sunday Times. Prié de dire si l’Etat juif pourrait attaquer des ins­tal­la­tions nucléaires ira­niennes, le vice-​​Premier ministre israélien Shimon Peres a répondu en ces termes : "Je ne pense pas".