Sous morphine

Bitterlemons, mercredi 21 février 2007

Après l’Accord de la Mecque et le sommet de Jéru­salem, entretien avec Hazem Abu Shanab, com­men­tateur poli­tique et pro­fesseur spé­cia­liste des médias et de l’éducation à l’Université al-​​Azhar à Gaza.

bit­ter­lemons : avez-​​ vous été déçu par l’absence de résultats tan­gibles de la réunion tri­partite entre la Secré­taire d’Etat Condo­leezza Rice, le pré­sident de l’Autorité pales­ti­nienne Mahmoud Abbas et le Premier ministre israélien Ehud Olmert ?

Abu Shanab : La réunion n’a créé aucune sur­prises et on n’en attendait pas grand chose dès le début. Les médias israé­liens avaient déjà réduit les attentes qu’on pouvait en avoir en disant qu’il n’existait pas de pos­si­bilité de négo­cia­tions de paix sérieuses dans un avenir très proche.

Je pense qu’il reste beaucoup à faire à l’intérieur du gou­ver­nement israélien, qui n’est pas encore prêt à négocier. Le côté pales­tinien, lui, fait beaucoup mieux qu’avant et les diri­geants pales­ti­niens tentent de réformer leur gou­ver­nement et d’améliorer son identité politique.

La com­mu­nauté inter­na­tionale tra­vaille à reprendre les contacts avec le gou­ver­nement pales­tinien mais le pro­blème c’est le gou­ver­nement israélien.

bit­ter­lemons : Mais les Etats-​​ unis aussi semblent opposés au gou­ver­nement d’union

Abu Shanab : Oui, et là encore ce n’est pas inat­tendu. Je pense que l’administration des Etats-​​ unis continue à coller à la position israé­lienne, qui est de ne pas traiter avec tout gou­ver­nement qui aurait des liens avec le Hamas.

Mais ce n’est pas le pro­blème le plus important. Le pro­blème majeur c’est le régime israélien. Ils ne sont pas prêts à payer le prix de la paix ou à tra­vailler de façon sys­té­ma­tique pour mener des négo­cia­tions avec les Pales­ti­niens. Et même s’ils le fai­saient et signaient un accord, je ne crois pas que ce gou­ver­nement israélien est prêt à mettre un tel accord en pra­tique. Le gou­ver­nement israélien est très faible.

bit­ter­lemons : En dépit de son oppo­sition à un gou­ver­nement d’unité, Washington semble très attaché à un pro­cessus poli­tique. Pensez-​​ vous qu’ils le veulent vraiment ?

Abu Shanab : La position de Washington sur la question pales­ti­nienne évolue pro­gres­si­vement. Mais le but premier de l’administration US est de diminuer la vio­lence dans la région, par­ti­cu­liè­rement en ce qui concerne la Palestine, mais aussi en Irak et au Liban. La priorité des Etats-​​ unis est de trouver un moyen de traiter le dossier iranien et ils ont besoin que tout soit calme ailleurs afin d’y consacrer leurs efforts.

Les Etats-​​ unis pensent que Téhéran fait monter la pression en Palestine, en Irak et au Liban, afin de détourner l’attention de l’Iran et gagner ainsi du temps pour pour­suivre son pro­gramme nucléaire. Alors les Etats-​​unis tiennent à calmer la région, à dis­tribuer de la mor­phine, et à s’occuper de l’Iran.

bit­ter­lemons : Les Saou­diens sont de plus en plus impliqués. Il y a eu l’Accord de la Mecque, il y a eu des dis­cus­sions entre le pré­sident George W. Bush et le roi Abdullah et il y a bien sûr l’initiative de paix saou­dienne, devenue l’initiative de paix arabe. Mais les Amé­ri­cains sont réti­cents à continuer. Pensez-​​ vous que l’initiative mérite que l’on s’y penche ?

Abu Shanab : Ce serait le cas si les Israé­liens accep­taient d’y tra­vailler. Mais je crois que les Israé­liens ne sont prêts à tra­vailler sur aucun pro­cessus de paix. Le plus gros pro­blème va surgir dans un avenir très proche. Je pense que les Saou­diens et les pays arabes vont affiner l’initiative au pro­chain sommet arabe et les Israé­liens devront changer de cap s’ils veulent gérer cor­rec­tement ce qui se passe au niveau inter­na­tional. Mais je crois que les Israé­liens ont trop de pro­blèmes internes pour le faire.

bitterlemons : Comment l’ initiative sera -t-​​elle affinée ?

Abu Shanab : Je pense qu’ils vont étoffer les points sur la manière de nor­ma­liser les rela­tions entre les pays arabes et Israël, et sur la façon dont la recon­nais­sance se fera, indi­vi­duel­lement ou collectivement.

bitterlemons : quelle est l’importance de Washington à cet égard ?

Abu Shanab : L’administration amé­ri­caine actuelle n’a pas assez de temps, aussi elle établit des prio­rités. La pre­mière priorité c’est de régler le pro­blème iranien, parce qu’ils pensent que le pro­gramme nucléaire de l’ Iran avance et qu’ils veulent s’assurer que ce pro­gramme ne pose aucune menace. Washington veut seulement calmer la situation en Palestine, en Irak, au Liban, tout comme en Corée, aussi nous pouvons nous attendre à ce que les Etats-​​unis nous donnent de la morphine