Soupçons : la police israélienne des frontières a tiré sur une voiture à a-Ram sans justification, tuant le conducteur

B’Tselem, Centre Israélien d’Information sur les Droits de l’Homme dans les Territoires Occupés, mardi 2 août 2016

Vers 3h du matin, le 13 juillet 2016, des membres de la Police des Frontières ont ouvert le feu sur une voiture dans le centre de la ville de a-Ram dans le District de Jérusalem pendant des opérations de police menées dans la zone par l’armée et la Police des Frontières israéliennes. Anwar a-Salaimeh, qui conduisait la voiture, a été atteint et tué par la fusillade, et l’un des deux passagers de la voiture a été blessé. La plupart des medias ont fait leur rapidement la version officielle des évènements, rapportant que les membres de la Police des Frontières avaient eu peur que le conducteur n’ait cherché à les écraser et ont riposté en ouvrant le feu. L’enquête de B’Tselem, fondée sur le témoignage d’un témoin oculaire et les déclarations des passagers de la voiture - confirmés ultérieurement par les images d’une caméra de surveillance - soulève de graves inquiétudes quant au fait que la fusillade mortelle était totalement injustifiée.

Selon l’enquête, les forces de sécurité sont entrées dans la zone de a-Ram à environ 2h. Plusieurs membres de la Police des Frontières ont pris position du côté nord de la principale rue de la ville, derrière une voiture garée perpendiculairement au trottoir. Les policiers n’ont pas dressé de barrage ni d’autre moyen de ralentir la circulation dans cette rue. Vers environ 3h, Anwar a-Salaimeh est arrivé dans la rue. Il conduisait une voiture et avait avec lui deux amis comme passagers. Salaimeh circulait sur la principale rue de la ville d’ouest en est, sur la voie où les policiers avaient pris position. La voiture ne circulait pas à une vitesse anormale, étant donné que la rue était entièrement vide et que c’était le milieu de la nuit, sans aucune circulation dans les rues d’a-Ram.

Alors que la voiture s’approchait du point où était la Police des Frontières, un policier a ouvert le feu sur celle-ci. Les tirs ont continué même après que la voiture est passée, bien qu’elle n’ait pas dévié du tout de la voie qu’elle suivait. Salaimeh a été tué par la fusillade, et l’un des passagers, Fares a-Riashiq, a été blessé. Un témoin oculaire a déclaré à l’enquêteur de terrain de B’Tselem, Iyad Hadad, que les membres de la Police des Frontières ont crié à la voiture de s’arrêter avant qu’ils n’aient ouvert le feu, mais l’ont fait quand elle n’était plus qu’à 20 mètres environ, trop proche pour que leur appel ait un effet. De plus, a-Riashiq, le passager blessé lors des tirs, a déclaré au chercheur de B’Tselem qu’ils n’avaient pas même remarqué les policiers avant qu’ils n’ouvrent le feu.

Après les tirs les policiers ont arrêté les deux passagers de la voiture. Ils ont été arrêtés, emmenés ce jour-là pour détention préventive au Tribunal d’Instance de Jérusalem dont le juge a prolongé d’un jour leur détention. Ils ont été relâchés le jour suivant par la police, avec leur accord pour une assignation à résidence après laquelle ils ont été libérés sans restriction. L’ avocat ‘Abaullah Zayed, conseiller juridique de la famille a-Salaimeh, a sollicité les responsables de l’enquête en exigeant qu’une enquête ait lieu sur les circonstances de la mort d’ a-Salaimeh.

C’est le dernier d’une longue suite d’incidents semblables depuis octobre 2015 au cours desquels les forces de sécurité israéliennes font usage d’armes meurtrières dans des circonstance injustifiée – soit qu’elles ne soient pas réellement en danger, soit que le danger puisse puisse être évité par des moyens moins meurtriers. Les hauts responsables politiques et militaires ont apporté un large soutien à cette politique.

Traduit de l’anglais par Y. JARDIN, membre du GT de l’AFPS sur les prisonniers