Soucis libanais

K. Selim, mercredi 14 mai 2008

L’opposition intègre des forces sociales et poli­tiques, des sen­si­bi­lités poli­tiques et confes­sion­nelles qui se sont trouvé un déno­mi­nateur commun patrio­tique face à un gou­ver­nement qu’ils accusent de faire le jeu des Amé­ri­cains. Et de vouloir réa­liser, après l’échec israélien, par le biais de Libanais, le déman­tè­lement de la résistance.

L’USS Cole en mission de routine en Médi­ter­ranée ? Les Libanais qui ne sont ni dans un camp ni dans l’autre ont de bonnes raisons de s’inquiéter que cette pré­sence musclée ne vienne aggraver la situation. Quant à ceux qui, dans l’opposition liba­naise, ont vu dans les mesures prises par le gou­ver­nement de Siniora à l’encontre du Hez­bollah une « décision amé­ri­caine », ils ne peuvent qu’être confortés dans leur sus­picion. L’équipe gou­ver­ne­mentale, à la légi­timité for­tement contestée, fait d’ailleurs planer le doute sur son accep­tation des déci­sions prises par l’armée d’annuler les mesures contro­versées. Le général Michel Aoun n’a pas tort en sou­li­gnant que si l’opposition avait demandé depuis des mois un quota de 11 ministres, c’était pour éviter de laisser l’équipe en place prendre des déci­sions « qui font exploser le pays ».

Il y a en tout cas des simi­li­tudes frap­pantes avec ce qui s’est passé en Palestine. Un coup de force mené par les groupes de Mohamed Dahlan, avec l’encouragement appuyé des Amé­ri­cains, a été pris de vitesse par le Hamas qui a tranché par les armes à Gaza. La réaction musclée de l’opposition menée par le Hez­bollah rap­pelle bien ce qui s’est passé là-​​bas. La com­pa­raison s’arrête là.

Au Liban, contrai­rement à la repré­sen­tation tronquée des médias occi­dentaux, on n’est pas dans une confron­tation entre un gou­ver­nement civil, laïc et anti­syrien et une oppo­sition ethnico-​​religieuse incarnée par le Hez­bollah inté­griste et pro-​​iranien. Pour tous les obser­va­teurs, ces caté­go­ri­sa­tions sont vides de sens. Les récents affron­te­ments dans la mon­tagne et à Tripoli le montrent sans ambi­guïté : l’opposition intègre des forces sociales et poli­tiques, des sen­si­bi­lités poli­tiques et confes­sion­nelles qui se sont trouvé un déno­mi­nateur commun patrio­tique face à un gou­ver­nement qu’ils accusent de faire le jeu des Amé­ri­cains. Et de vouloir réa­liser, après l’échec israélien, par le biais de Libanais, le déman­tè­lement de la résistance.

On peut relever aussi que la dimension écono­mique et sociale de la crise liba­naise est tota­lement passée sous silence. La gestion écono­mique du pays depuis l’ère du père de l’actuel diri­geant du Courant du Futur n’est guère relui­sante. La recons­truction tant vantée n’a - inef­fi­ca­cement - touché que les sec­teurs et les régions favo­rables aux féo­da­lités tra­di­tion­nelles. Cette recons­truction bancale est à l’origine de la dété­rio­ration des équi­libres finan­ciers du pays. Le Liban est aujourd’hui un pays très gra­vement endetté, dont l’activité écono­mique est loin de ce qu’elle devrait être pour résorber un taux de chômage important et la pré­ca­ri­sation des condi­tions des couches populaires.

La crise liba­naise est trop pro­fonde pour être réduite à une dimension com­mu­nau­taire. Elle pose la question de la repré­sen­tation réelle, et non cla­nique ou féodale, de la société. Cette dimension sociétale de la crise implique néces­sai­rement une recherche d’un consensus pour aller dans le sens d’une meilleure repré­sen­tation. Elle com­mande une natio­na­li­sation de la solution et une prise de dis­tance ferme à l’égard des manoeuvres exté­rieures. Or, mal­heu­reu­sement, le groupe du 14 mars semble plus compter sur les appuis exté­rieurs qui « font exploser » que chercher un aggior­na­mento qui pré­serve le Liban et la vie en commun.