Soixante ans plus tard, le sens d’un succès de la soli­darité : L’Europe interpelée

Afps, mercredi 21 mai 2008

Ce 17 mai 2008, plus de 4000 per­sonnes, de toutes les géné­ra­tions, ont affirmé, ensemble, leur soli­darité avec la Palestine et le peuple pales­tinien, soixante ans après la Naqba.

Moins de deux mois après le succès de la journée de la Terre du 29 mars au cours de laquelle des oli­viers ont été plantés sym­bo­li­quement dans plus de cin­quante villes, en pré­sence d’élus locaux, plus de 4000 per­sonnes ont ainsi répondu présent à l’appel de la pla­te­forme des ONG fran­çaises pour la Palestine qui orga­nisait à Paris, au parc des expo­si­tions de la porte de Ver­sailles, avec le soutien d’organisations syn­di­cales (CGT, FSU, UNEF) et de nom­breuses autres orga­ni­sa­tions, une grande ini­tiative de 16 heures à 23 heures sur le thème « Paix comme Palestine : 60 ans après, la paix par le droit ». Une ini­tiative qui a aussi reçu le soutien de nom­breux élus et personnalités.

Entre expo­si­tions, films, concerts, les par­ti­ci­pants ont écouté avec attention les intervenant-​​e-​​s pales­ti­niens, israé­liens, euro­péens invités. Ils se sont montrés par­ti­cu­liè­rement attentifs à un débat sur l’histoire, notamment, affirmant le droit à l’établissement de la vérité his­to­rique. Avi Shlaim, l’un des « nou­veaux his­to­riens » israé­liens, a ainsi estimé, « en tant que cher­cheur et en tant qu’être humain », que le droit inter­na­tional doit s’imposer à tous. Cela vaut du droit au retour, comme du retrait d’Israël de tous les ter­ri­toires occupés. Elias Sanbar, his­torien, poète et essayiste pales­tinien et ambas­sadeur pales­tinien auprès de l’Unesco, a dit son accord. Le droit au retour, comme tous les droits, n’est pas négo­ciable : ce qui l’est en revanche, c’est son appli­cation, a-​​t-​​il rappelé.

Au-​​delà, c’est l’Europe qui a été inter­pelée, pour qu’elle assume enfin ses res­pon­sa­bi­lités his­to­riques, pour qu’elle ne se contente pas du seul rôle écono­mique auquel elle a accepté d’être reléguée et joue enfin un véri­table rôle poli­tique, pour faire res­pecter par Israël les droits humains en Palestine et pour qu’elle fasse appliquer le droit, seul capable de per­mettre à la paix de voir le jour. C’est en sub­stance ce qu’ont rappelé, chacun à sa façon, Véro­nique de Keyser élue socia­liste au par­lement européen, Etienne Pinte, député UMP des Yve­lines et vice-​​président du groupe d’étude sur la Palestine à l’Assemblée nationale, Hind Khoury, déléguée générale de la Palestine en France, Ziad Abu Amr, ancien membre du conseil légis­latif et ancien ministre pales­tinien, Sté­phane Hessel, ancien résistant, diplomate et écrivain… D’autres, comme Francis Wurtz, député européen des Gauches unies euro­péennes ou Monique Chemiller-​​Gendreau, juriste inter­na­tio­na­liste (qui ont renoncé à leur temps de parole tant étaient riches les débats), abondent dans le même sens. Gideon Levy, jour­na­liste au quo­tidien israélien Haaretz, a mis en lumière les res­pon­sa­bi­lités israé­liennes et interrogé les démo­craties occi­den­tales sur leur silence quant au siège imposé par Israël à toute la popu­lation pales­ti­nienne de la bande de Gaza. A l’instar d’autres inter­ve­nants, il a sou­ligné la nécessité d’un dia­logue avec le Hamas, qui fait partie, quoi qu’on en pense, des repré­sen­tants du peuple palestinien.

Depuis sa prison en Israël, le député pales­tinien Marwan Bar­ghouti a fait par­venir un message aux par­ti­ci­pants dans lequel il affirme : « Notre sacrifice pour la liberté ne fai­blira pas et ce sacrifice pour la liberté n’est pas de moindre grandeur que l’exercice de la liberté elle-​​même. »

Un tel succès est en tout cas un message clair adressé tant à l’Europe qu’à la France à la veille de la pré­si­dence fran­çaise de l’Union euro­péenne : l’Europe doit enfin agir. Soixante ans après la Naqba, elle doit enfin faire pression sur Israël pour que les droits nationaux du peuple pales­tinien soient reconnus et mis en œuvre. Une condition sine qua non de la paix, indis­pen­sable à tous les peuples de la région.

Association France Palestine Solidarité Paris, le 19 mai 2008.