Soixante ans après la création d’Israël, les mêmes crimes

T. Hocine, dimanche 11 mai 2008

Avec une semaine d’avance puisque sa pro­cla­mation a été faite le 15 mai 1948, Israël a décidé de célébrer, le 8 mai, le 60e anni­ver­saire de sa création. Ce fut alors la plus grande injustice faite à un peuple, le peuple pales­tinien, dépossédé de sa terre, poussé à l’exil ou alors contraint à vivre sous occu­pation israé­lienne dans des condi­tions sem­blables à celle de l’apartheid comme le décrivent de très nom­breux spé­cia­listes, et même l’ONU qui adoptera une réso­lution en ce sens et qu’Israël et ses alliés ont voulu effacer des annales.

Israël, rappelle-​​t-​​on, a été créé, fait unique dans les rela­tions inter­na­tio­nales, par une réso­lution de l’ONU, la 189, portant partage de la Palestine, alors sous mandat bri­tan­nique. Au nom de quoi ne cesse-​​t-​​on de se demander encore : un peuple est privé de sa terre ?

C’était au mois de novembre 1947, et tout juste six mois plus tard, la Grande-​​Bretagne mettait fin à son mandat sans jamais s’opposer à l’invasion de la Palestine, et surtout à la guerre que les nou­veaux venus livreront au peuple pales­tinien, sous la ban­nière de mou­ve­ments ter­ro­ristes comme l’Irgoun et la Haganah. Et ce n’est pas fini.

Les Pales­ti­niens appellent cela la Nakba, la catas­trophe, et elle porte bien son nom. Ils la vivent avec au moins un silence com­plaisant de nom­breux Etats de la planète qui assurent l’impunité à Israël, malgré les mas­sacres et la menace, tou­jours réelle, qu’il fait peser sur la région. Ces mêmes Etats, par la magie du verbe, tentent de per­vertir les données de cette question pour s’opposer à la stricte appli­cation de cette même réso­lution de 1947 qui pré­voyait la création d’un Etat pales­tinien au nom de ce même partage.

Israël, retiendra-​​t-​​on, sera même doté de l’arme nucléaire, et les Israé­liens se plaisent à rap­peler cet épisode qui aurait été impos­sible à concré­tiser sans le soutien actif de l’Occident. Et c’est ce même Occident qui déplace le centre de la menace en regardant tantôt à droite et tantôt à gauche, puisque après l’Irak et ses ADM (armes de des­truction massive) qui n’ont jamais existé, voilà l’Iran et son arme nucléaire que l’on dit en voie de fabri­cation, même si on se perd dans les délais.

Tout cela pour des­siner à leur guise la carte du Proche-​​Orient, c’est-à-dire sans jamais res­tituer aux Pales­ti­niens et aux Arabes leurs ter­ri­toires res­pectifs occupés par Israël. Et ce dernier, tou­jours avec les mêmes sou­tiens, continue à entre­tenir des mythes de l’Etat encerclé, prenant le pré­texte sur les roquettes pales­ti­niennes à l’effet déri­soire, pour pour­suivre l’occupation et la répression des Pales­ti­niens. Signe des temps, la bande de Ghaza a été décrétée entité hostile, alors qu’il s’agit d’un ter­ri­toire occupé, nor­ma­lement protégé par les conven­tions inter­na­tio­nales régle­mentant nor­ma­lement les situa­tions de guerre.

Le seul pro­blème depuis 1948, c’est que les Pales­ti­niens refusent d’abdiquer, eux qui étaient voués à la dis­pa­rition puisque, et jusqu’au milieu des années 60, le droit à l’existence leur était dénié. A leur manière donc, ils pré­parent les célé­bra­tions de leur drame. Autrement dit, l’expulsion de cen­taines de mil­liers d’entre eux depuis la guerre de 1948.

Un comité national va lancer dans les semaines à venir de nom­breuses acti­vités pour com­mé­morer l’événement. Cette année « sera com­plè­tement dif­fé­rente des années pré­cé­dentes », a affirmé, à des jour­na­listes à Ramallah, Omar Al Assaf, le directeur du comité, pré­cisant que les événe­ments com­pren­dront des confé­rences et des acti­vités cultu­relles et spor­tives. « Nous essayons d’amener tous les Pales­ti­niens à s’habiller en noir au milieu du mois pro­chain, afin de lancer un message fort au monde que nous avons le droit de retourner dans les maisons dont nous avons été expulsés », a ajouté Al Assaf. Les Pales­ti­niens célé­breront, quant à eux, le jour de la Nakba, le 15 mai. Taysir Nas­rallah, un membre du comité, a déclaré que les offi­ciels tra­vailleront aux côtés d’organisations inter­na­tio­nales pro-​​palestiniennes pour convaincre les diri­geants de ne pas assister à la céré­monie israé­lienne prévue aujourd’hui.

Le sort d’environ 4,5 mil­lions de réfugiés pales­ti­niens et de leurs des­cen­dants, vivant aujourd’hui prin­ci­pa­lement dans des camps de réfugiés au Liban, en Jor­danie et dans les ter­ri­toires occupés, a tou­jours été une question cen­trale des pour­parlers de paix au Moyen-​​Orient. Et pourtant, depuis près de 20 ans, le mot paix n’a jamais été autant utilisé.

Tous les concepts ont été avancés, notamment la nécessité pour les Pales­ti­niens d’avoir leur propre Etat. Mais le principe s’arrête là, car sa com­pré­hension n’est pas la même pour tous. Les Pales­ti­niens parlent de droits nationaux et reven­diquent l’application des réso­lu­tions de l’ONU, notamment les 242 et 338 ainsi que la 194 sti­pulant expres­sément le retour des réfugiés pales­ti­niens de la pre­mière guerre de 1948. L’ONU, auteur d’une injustice, tente d’en limiter les dégâts. Ce qu’Israël refuse obs­ti­nément, et il se trouve que des Etats l’encouragent dans son intran­si­geance, et vont jusqu’à lui recon­naître le droit à la légitime défense.

Eh oui, les rôles sont inversés, et la victime trans­formée en bourreau. C’est la triste réalité d’un peuple privé de ses droits.