Sociétés canadiennes poursuivies en justice par un village de Cisjordanie

AFP, Le Monde, vendredi 11 juillet 2008

Le village de Bilin, haut lieu de la contes­tation contre la bar­rière de sépa­ration en Cis­jor­danie, a engagé des pour­suites judi­ciaires contre deux entre­prises cana­diennes par­ti­cipant à la construction d’une colonie israé­lienne, ont annoncé jeudi ses avocats.

La plainte a été déposée mer­credi auprès de la Cour supé­rieure de Montréal, a indiqué Chaawan al-​​Jabbari, directeur de Al-​​Haq, un centre de défense des droits de l’Homme qui assiste les vil­la­geois de Bilin dans leurs démarches juridiques.

Selon les plai­gnants, qui ont saisi un tri­bunal qué­bécois, les sociétés Green Park Inter­na­tional et Green Mount Inter­na­tional construisent et vendent des habi­ta­tions dans la colonie de Modiin Illit, au nord-​​est de Jéru­salem, sur des terres appar­tenant au village pales­tinien de Bilin.

"La plainte a été déposée devant la Cour supé­rieure de Montréal et nous attendons main­tenant la réponse" des deux sociétés dans les dix jours, a ajouté l’avocat canadien du village, Mark Arnold, lors d’une confé­rence de presse télé­pho­nique depuis Toronto.

Il a sou­ligné qu’elles avaient le choix de plaider ou non l’affaire devant la justice cana­dienne, estimant que le dossier était "très bon".

Le village de Bilin accuse les entre­prises d’enfreindre les lois inter­na­tio­nales sur les crimes de guerre qui inter­disent à un pays occupant de trans­férer des civils sur le ter­ri­toire qu’il occupe.

Il réclame deux mil­lions de dollars de dédom­ma­ge­ments et sou­haite que la cour de Montréal ordonne aux sociétés de déman­teler toutes les construc­tions bâties sur les terres du village.

Les deux entre­prises, basées à Montréal, et leur direc­trice commune, Annette Laroche, ont permis de créer illé­ga­lement "un nouveau quartier de colo­ni­sation den­sément peuplé sur les terres du village de Bilin", indiquent le conseil du village et son maire Ahmed Yassin, dans la plainte déposée devant la cour canadienne.

Les sociétés cana­diennes de construction "aident, encou­ragent, assistent et conspirent avec l’Etat d’Israël dans sa pour­suite d’un objectif illégal", ajoutent-​​ils.

La plainte cite notamment le statut de Rome de la Cour inter­na­tionale de Justice, qui considère comme "crime de guerre", "le transfert, direct ou indirect, par une puis­sance occu­pante d’une partie de sa popu­lation civile, dans le ter­ri­toire qu’elle occupe (…)".

La plainte considère également que les deux sociétés ont violé les conven­tions de Genève et la loi cana­dienne sur les "Crimes contre l’humanité et les crimes de guerre".

En sep­tembre, la Cour suprême d’Israël avait ordonné une modi­fi­cation du tracé de la bar­rière de sépa­ration à Bilin. L’armée israé­lienne n’a tou­tefois pas appliqué cette décision.

L’annonce de la plainte inter­vient au len­demain du qua­trième anni­ver­saire de l’avis de la Cour inter­na­tionale de justice (CIJ) qui a jugé illégale la bar­rière de sépa­ration en Cisjordanie.

Israël estime pour sa part que "la bar­rière de sécurité" a permis de réduire de façon notable les attaques pales­ti­niennes lancées depuis la Cis­jor­danie, ainsi que dans la région de Jérusalem.