Fares Chahine, vendredi 19 mars 2010
Des factions palestiniennes n’excluent pas une réaction militaire en réponse aux exactions israéliennes.
L’atmosphère dans la ville sainte ressemblait hier (16 mars) à celle qui sévissait au cours de l’intifadha d’El Aqsa, déclenchée au mois de septembre 2000, après la visite provocatrice d’Ariel Sharon sur l’Esplanade des mosquées. D’un côté, des milliers de policiers et de gardes frontière israéliens, usant de balles réelles et de bombes lacrymogènes et, de l’autre, des milliers de jeunes palestiniens en colère, qui brûlent des pneus dans les rues et qui ne possèdent comme armes que des pierres. Dès le matin, des affrontements ont opposé de jeunes lanceurs de pierres et des forces de l’ordre israéliennes dans plusieurs quartiers de la ville sainte d’El Qods, dont les rideaux des magasins sont restés fermés en signe de protestation contre les actes israéliens provocateurs, et dont le plus récent a été l’inauguration, lundi, d’une grande synagogue, distante de quelques dizaines de mètres de la mosquée d’El Aqsa.
Les affrontements se sont concentrés dans le camp de réfugiés de Shoaâfat, à Oued El Joz, à El Aïssaouiya, et Selouane. Mais d’autres endroits ont connu aussi des heurts entre jeunes manifestants et soldats israéliens, comme les quartiers Hatta et Essaâdiya ainsi que la rue El Oued, tous proches des murs de la mosquée d’El Aqsa. Selon des témoins, des centaines de jeunes ont attaqué hier matin, de bonne heure, le barrage militaire implanté à l’entrée du camp de réfugiés de Shoaâfat à coups de cocktails Molotov et de pierres. Dans la localité de Selouane (Silwan), les jeunes ont attaqué l’immeuble Yonnatan où vivent des dizaines de colons juifs. A la mi-journée, plus de 50 Palestiniens ont été blessés et 15 autres ont été arrêtés par les forces israéliennes estimées à plus de trois mille soldats. Au lieu de diminuer, les affrontements, qui ont débuté très tôt le matin, devenaient d’heure en heure plus importants.
Ailleurs, dans d’autres villes de Cisjordanie, des heurts ont été signalés entre jeunes Palestiniens et forces israéliennes près de Ramallah, à Beït Lehm, dans le village de Naâline, ainsi que dans la ville d’El Khalil. D’un autre côté, la police israélienne a interdit à au moins un autobus venant de la ville de Majd El Kroum, située en territoire israélien, de rallier la ville sainte d’El Qods, dans une tentative d’empêcher les Palestiniens habitant en Israël, de nationalité israélienne, de participer à la défense de la mosquée d’El Aqsa et de la ville sainte des actes de judaïsation.
Dans la ville de Ghaza, des milliers de personnes, dont des écoliers qui ont quitté leurs bancs de classes, sont sortis dans les rues exprimer leur colère vis-à-vis des actes israéliens provocateurs, tels l’inclusion de deux mosquées dans la liste du patrimoine juif, la colonisation, surtout dans la ville sainte d’El Qods et, récemment, l’inauguration d’une synagogue à quelques dizaines de mètres de la mosquée d’El Aqsa, troisième lieu saint de l’Islam.
Les juifs ultra-orthodoxes considèrent la mise en place de la synagogue de la « Hourva » comme le lancement réel de la construction du troisième temple à la place et sur les ruines de la mosquée d’El Aqsa. Des groupes juifs extrémistes ont distribué des tracts lundi, dans la ville d’El Qods, appelant les Palestiniens à quitter la Palestine, qui, selon eux, est la propriété du peuple juif seulement. D’autres tracts parlaient de l’imminence de la construction du troisième temple.
Les responsables du mouvement Hamas appellent à une troisième intifadha en Cisjordanie occupée, y compris la ville d’El Qods. « Nous demandons au peuple palestinien de considérer ce mardi comme un jour de colère à l’égard des procédures de l’occupant contre la mosquée Al Aqsa », dit le Hamas dans un communiqué.
Le président Mahmoud Abbas et l’Autorité palestinienne refusent de reprendre toute forme de négociations avec l’Etat hébreu en cas de poursuite de la colonisation dans la ville sainte d’El Qods comme l’a affirmé, lundi, le Premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou, qui a déclaré à la tribune de la Knesset (parlement) : « Durant ces quarante dernières années, aucun gouvernement israélien n’a limité les constructions dans les environs de Jérusalem. » pour le chef du gouvernement, il y a un consensus parmi les partis politiques israéliens pour considérer ces zones comme faisant partie intégrante de l’Etat juif [1] .
Devant ces événements hautement importants et la perte probable de ce qui reste de la ville sainte et non seulement la mosquée d’El Aqsa, les représentants du peuple palestinien semblent occupés plus à approfondir leurs divisions que de se retrouver à mi-chemin pour essayer de sauver ce qui peut encore l’être. Les Palestiniens sont à la croisée des chemins. Ils doivent prouver qu’ils sont aptes à créer leur Etat indépendant avec El Qods comme capitale, sinon l’histoire les qualifiera de peuple incapable qui, de ses mains, a détruit sa cause nationale.
[1] voir aussi l’Orient le Jour :
Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, confronté à la pire crise de confiance avec Washington, a répondu hier aux critiques en affirmant qu’Israël « continuera à construire » dans Jérusalem-Est. « La construction continuera à Jérusalem, comme cela a été le cas pendant ces 42 dernières années », y compris dans le secteur à majorité arabe annexé en 1967, a déclaré M. Netanyahu devant le groupe parlementaire de son parti, le Likoud (droite). Cette annonce a provoqué une réponse quasi immédiate des Palestiniens, qui ont prévenu qu’aucune négociation n’aurait lieu sans gel de la colonisation. « Cette politique ne crée pas l’atmosphère appropriée pour la reprise du processus de paix », a déclaré à l’AFP Nabil Abou Roudeina, porte-parole du président palestinien. La chef de la diplomatie européenne, Catherine Ashton, en visite au Caire, a pour sa part estimé que la décision israélienne « met en danger » la tenue de pourparlers israélo-palestiniens. De son côté, le ministre saoudien des Affaires étrangères, le prince Saoud al-Fayçal, a estimé que la dernière annonce israélienne démontre « l’inconscience » de l’État hébreu et sa volonté de contrecarrer les efforts de paix. Il a toutefois spécifié que les prises de position de Washington avaient un impact limité en l’absence de « mesures » concrètes en réponse à l’attitude d’Israël.
Sur le terrain, la situation reste tendue en Cisjordanie occupée, où 10 étudiants palestiniens ont été blessés hier, dont deux par balles réelles, lors d’affrontements avec des soldats israéliens. En outre, l’armée israélienne a prorogé jusqu’à ce soir minuit le bouclage total de la Cisjordanie imposé depuis jeudi minuit. L’armée a également décrété « zone militaire fermée », chaque vendredi, l’espace entre les villages cisjordaniens de Biline et Niline, et le « mur » de sécurité. La police israélienne a annoncé le maintien de l’état d’alerte à Jérusalem-Est et l’interdiction pour la quatrième journée consécutive de l’accès à l’esplanade des Mosquées aux hommes de moins de 50 ans. Elle craignait des manifestations violentes pour l’inauguration hier de la synagogue de la Hourva, reconstruite dans la Vieille Ville de Jérusalem. Des centaines de personnes ont participé à la cérémonie, dénoncée par le Hamas qui a appelé à « une journée de colère » aujourd’hui. Chef de la direction en exil, Khaled Mechaal a évoqué une « falsification de l’histoire et des monuments religieux et historiques de Jérusalem », et estimé que l’inauguration de la synagogue était un prélude à « la destruction de la mosquée al-Aqsa », sur l’esplanade des Mosquées.
16/03/2010 http://www.lorientlejour.com/catego…
et encore Lieberman : Empêcher les juifs de construire à Jérusalem-Est n’est pas raisonnable