Signez la pétition contre les Murs prisons !!!

samedi 2 août 2003

Le gou­ver­nement israélien érige en ce moment l’enceinte de sécurité - euphé­misme pour parler de Mur de Sépa­ration - mur supposé bloquer « les attaques ter­ro­ristes - (mais il n’empêchera sûrement pas les mis­siles et les héli­co­ptères d’attaquer les cibles humaines) - pour un coût estimé à 2 mil­liards de dollars en plein milieu des ter­ri­toires occupés de Cisjordanie.

D’autres projets existent aussi pour le pro­longer le long du Jourdain. De toute façon le mur est déjà en train de fabriquer une situation aux consé­quences tra­giques et incal­cu­lables. Pourtant, dans l’immédiat, les réac­tions et objec­tions des orga­ni­sa­tions inter­na­tio­nales, des gou­ver­nement, des opi­nions publiques à l’extérieur et à l’intérieur d’Israël (à l’exception notable de groupes cou­rageux comme Gush Shalom, B’Tselem, Ta’yush) restent étran­gement mesurées, comme si cette construction était un fait accompli, comme si pro­tester devait attendre que tout soit fini ou qu’il faille observer des pré­cau­tions tac­tiques au moment où on renoue « des conver­sa­tions pour la paix » sous les aus­pices des Etats-​​Unis et autres pou­voirs dans le monde.

Direc­tement ou indi­rec­tement l’éviction des popu­la­tions et/​ou la pri­vation de leurs moyens d’existence - (arra­chage des arbres, inter­diction de l’accès à l’eau et aux terres arables) - et des pos­si­bi­lités d’étudier et de tra­vailler, à travers la déses­pé­rante res­triction de cir­culer, le Mur s’attaque à la capacité du peuple pales­tinien de résister sur place, et conduira à des situa­tions com­pa­rables à celles des expul­sions de masse en 1948 et de 1967. On estime que 90.000 à 210.000 Pales­ti­niens seront chassés de leurs habi­ta­tions. Quant aux autres, il est prévu de leur rendre la vie tel­lement impos­sible que beaucoup n’auront d’autre choix que de partir de leur village ou de leur pays.

Le Mur autorise et rend irré­ver­sibles les colonies juives (toutes illé­gales selon la loi inter­na­tionale) et l’appropriation pro­gressive de Jéru­salem Est, ce qui trans­forme le futur et tou­jours promis « Etat Pales­tinien viable » en un simple patchwork de Ban­toustans et de camps de réfugiés, géné­ra­lisant et aggravant le modèle déjà réussi à Gaza.

Cela empri­sonne les Pales­ti­niens (ou plutôt ce segment du peuple Pales­tinien qui jusqu’à présent est parvenu à rester et à résister sur son propre sol) dans une partie réduite de la Cis­jor­danie à l’intérieur d’une triple ligne meur­trière de for­ti­fi­ca­tions de béton, de bar­belés et d’électronique, dont les pré­cé­dents dans l’histoire moderne appar­tiennent indis­cu­ta­blement à la tra­dition tota­li­taire. C’est aussi trans­former les « forces de défense » israé­liennes et les citoyens israé­liens eux-​​mêmes en un peuple de gar­diens de camp. Bref, c’est une nou­velle Naqba qui ne promet, tant pour le présent que pour le futur, que famine, dépor­ta­tions, terreur, guerre et abjection - quels que soient les arran­ge­ments tran­si­toires qui pour­raient être obtenus via des accords locaux et internationaux.

Allons-​​nous regarder ce pro­cessus sans élever la moindre pro­tes­tation, pour découvrir juste après l’évènement que nous aurons été cou­pables de « non-​​intervention » dans un crime contre l’humanité commis sous nos yeux ? Les signa­taires ci-​​dessous refusent d’accepter la fatalité du Mur et condamnent la lâcheté de ceux qui n’élèvent pas la voix contre pareille injustice. Les signa­taires lancent un appel urgent aux forces démo­cra­tiques et aux gou­ver­ne­ments, aux Nations Unies et aux orga­ni­sa­tions huma­ni­taires, aux com­mu­nautés juives qui partout dans le monde gardent en mémoire leurs propres souf­frances passées et aux auto­rités reli­gieuses, morales, intel­lec­tuelles, et juridiques.

La construction du Mur doit s’arrêter immé­dia­tement. L’opinion mon­diale doit contraindre le gou­ver­nement israélien à déman­teler le Mur et à res­tituer et res­taurer la terre pales­ti­nienne dont il s’est déjà emparée et qu’il a détruite. Ce n’est pas un objet de négo­ciation. C’est un impé­ratif moral et politique.

Pour prendre connais­sance du même texte en anglais et signer la pétition en ligne :

http://​www​.peti​tio​nonline​.com/​s​t​w​/​p​e​t​i​t​i​o​n​.html

Premiers signataires :

- Ariella AZOULAY, Bar-​​Ilan University, Israel Etienne

- BALIBAR, University of Paris-​​Nanterre and University of California, Irvine

- Daniel BOYARIN, University of California, Berkeley

- Susan BUCK-​​MORSS, Cornell University, Ithaca

- Judith BUTLER, University of California, Berkeley

- Nabil EL HAGGAR, Université des Sciences et Techniques de Lille

- Ghislaine GLASSON-​​DESCHAUMES, Directrice, Revue Transeuropéennes

- Neve GORDON, Ben-​​Gurion University, Beer-​​Sheva

- Barbara HAHN, Princeton University

- Domenico JERVOLINO, Università Federico II, Napoli

- Henri KORN, Académie des Sciences, Paris

- Catherine LEVY, CNRS, Paris

- Jean-​​Marc LEVY LEBLOND, Université de Nice, Sophia-​​Antipolis

- Michael LÖWY, CNRS, Paris

- Camille MANSOUR, Uni­versité Bir-​​Zeit et Uni­versité de Paris I Panthéon-​​Sorbonne

- Joëlle MARELLI, traductrice, Paris

- Fatma OUSSEDIK, Université d’Alger

- Bruce ROBBINS, Columbia University, New-​​York

- Peter SCHÖTTLER, Centre Marc Bloch, Berlin

- Marianne SCHULLER, Universität Hamburg

- Immanuel WALLERSTEIN, Yale University -