Séparés mais inégaux en Palestine : la route vers l’Apartheid

Mohammed Khatib, vendredi 30 novembre 2007

A la veille de la réunion des­tinée à relancer les négo­cia­tions entre Israël et les Pales­ti­niens à Anna­polis, Maryland, le Premier ministre israélien Ehud Olmert a annoncé qu’Israël ne construira pas de nou­velles colonies en Cis­jor­danie, mais qu’il n’"étranglera" pas les colonies israé­liennes existantes.

Cela signifie que les 149 colonies israé­liennes de Cis­jor­danie qui étranglent les Pales­ti­niens, y compris les colonies ins­tallées sur les terres de notre village, res­teront de façon constante.

L’annonce cynique d’Olmert confirme nos craintes qu’Israël, avec l’appui des États-​​Unis, insistera sur le maintien de la plupart des colonies de Cis­jor­danie lors des pro­chaines négo­cia­tions, enfermant les Pales­ti­niens dans une situation de "séparés mais inégaux"

Quand le Secré­taire d’État amé­ricain, Condo­leezza Rice, est venue au Moyen-​​Orient, il y a quelques semaines, les gens de notre petit village de Bil’in ont rejoint les habi­tants des vil­lages voisins pour lui envoyer un message.

Nous avons pro­testé paci­fi­quement contre une route de Cis­jor­danie qui est réservée aux colons juifs israé­liens et interdite aux Pales­ti­niens, mais elle a été construite sur des terres pales­ti­niennes. Notre ban­derole disait : "Condi, Qu’aurait fait Rosa Parks ?"

Nous savons que Mme Rice a connu le goût amer de la dis­cri­mi­nation gran­dis­sante dans le sud des États-​​Unis au cours de la lutte pour les droits civiques. A Bil’in, nous nous sommes ins­pirés du mou­vement des droits civiques amé­ricain pendant nos trois ans de cam­pagne de résis­tance non vio­lente contre l’occupation mili­taire de la poli­tique dis­cri­mi­na­toire israélienne.

Nous par­ta­geons l’admiration de Mme Rice pour le courage de Rosa Parks qui a été arrêtée en Alabama, l’Etat où vit Rice, pour avoir refusée de donner son siège dans le bus à un homme blanc.

En tant que Pales­ti­niens, nous ne sont même pas auto­risés à monter dans les bus sur de nom­breuses routes dans notre propre pays, parce que 200 kilo­mètres des meilleures routes de la Cis­jor­danie sont réservées aux colons juifs israéliens.

La couleur des plaques d’immatriculation pales­ti­niennes est dif­fé­rente de celle des plaques d’immatriculation Israé­liennes. Les plaques d’immatriculation pales­ti­niennes ne sont pas auto­risées sur la plupart des routes qui tra­versent la Cis­jor­danie, dont beaucoup ont été construites grâce à des finan­ce­ments du gou­ver­nement amé­ricain. Depuis 5 ans, les Pales­ti­niens sont interdits d’accès à la route 443 où nous avons pro­testé [voir http://​www​.btselem​.org/]

Selon le Bureau de Coor­di­nation des Affaires Huma­ni­taires des Nations Unies (OCHA), il y a 561 obs­tacles phy­siques et check­points à l’intérieur de la Cis­jor­danie, limitant la cir­cu­lation des Pales­ti­niens en Cis­jor­danie, en com­pa­raison avec les seulement huit check­points qui séparent la Cis­jor­danie d’Israël.

En Cis­jor­danie, presque tous les obs­tacles et check­points sont situés le long des routes réservées aux Israé­liens. Aller à l’hôpital, à l’école et au travail ou rendre visite à la famille est devenu très dif­ficile, voire impos­sible, pour nous.

Ce mor­cel­lement de la Cis­jor­danie a dévasté notre économie. Pour les Pales­ti­niens, accepter un Etat en Cis­jor­danie et dans la bande de Gaza sur seulement 22% de notre patrie his­to­rique était déjà un com­promis spectaculaire.

Mais le Pré­sident Bush a promis à Israël en 2004 que, dans tout accord négocié avec les Pales­ti­niens, Israël conser­verait ses "grands centres de popu­lation déjà exis­tants" en Cisjordanie

Tou­tefois, toutes les colonies israé­liennes sont illé­gales en vertu du droit international.

En annexant à Israël les groupes de colonies situés de façon stra­té­gique, ou "blocs de colo­ni­sation", et leurs routes qui découpent les sec­teurs pales­ti­niens en enclaves isolées, Israël va acquérir un contrôle per­manent de nos dépla­ce­ments, des fron­tières, de l’eau, et nous séparera de Jérusalem

L’organisation israé­lienne, La Paix Main­tenant, a signalé il y a quelques semaines que le taux de crois­sance démo­gra­phique dans les colonies est trois fois supé­rieur au taux de crois­sance à l’intérieur d’Israël.

Nous consta­tions une telle rapidité de crois­sance des colonies autour de Bil’in et dans toute la Cis­jor­danie, que je ne peux même pas trouver une carte exacte de la Cis­jor­danie pour mon fils.

En 2001, des pro­mo­teurs israé­liens ont com­mencé à construire des maisons de colons sur des terres saisies à mon village de Bil’in et ont décrété que c’était un un quartier du bloc de colonie de Modi’in Illit.

Quatre ans plus tard, le Mur d’Apartheid israélien a séparé Bil’in de 50% de nos terres agri­coles sous pré­texte de pro­téger cette nou­velle colonie.

En réponse, nous avons organisé plus de 200 mani­fes­ta­tions non-​​violentes avec des sup­porters israé­liens et inter­na­tionaux. Des cen­taines d’entre nous ont été blessés et arrêtés.

Après nos pro­tes­ta­tions, la Cour Suprême israé­lienne a statué que le tracé du Mur à Bil’in devait être modifié pour nous rendre environ la moitié de nos terres saisies. Même si nous avons célébré ce succès, Israël continue de construire sur notre terre qui ne nous a pas été rendue et prévoit de l’annexer en tant que partie du bloc de colonie de Modi’in Illit

Israël a déjà annexé de fait 10,2% de la Cis­jor­danie qui se trouve entre la Ligne Verte et le Mur de Sépa­ration, y compris les grands blocs de colo­ni­sation et 80% des 450000 colons israéliens.

Le Mur d’Apartheid, les colonies et les routes de colo­ni­sation trans­forment les sec­teurs pales­ti­niens en enclaves isolées

Nous prions pour que nos enfants ne passent leur vie sous occu­pation mili­taire israé­lienne. Nous espérons que la réunion d’Annapolis nous rap­pro­chera de nos rêves de liberté.

Mais nous sommes pré­oc­cupés par le fait que si Israël est autorisé à conserver la plupart de ses colonies et les routes qui les relient, alors le système existant de "séparés mais inégaux" sera entériné dans un État palestinien.