« Sans conditions préalables »…

Alain Gresh, lundi 16 novembre 2009

Pendant quelques jours, la nou­velle a fait la Une de l’actualité au Proche-​​Orient. Elle aurait même été, selon la presse, au centre des entre­tiens entre les pré­si­dents Sarkozy et Assad le 13 novembre : le premier ministre israélien Neta­nyahou serait prêt à reprendre sans condi­tions préa­lables les négo­cia­tions avec Damas. Il l’a affirmé au pré­sident Sarkozy lors de la ren­contre entre les deux hommes le 11 novembre. Selon cer­taines infor­ma­tions, il aurait même remis au pré­sident français une lettre en ce sens. Au moment où le dossier pales­tinien est au point mort, ne serait-​​ce pas une avancée significative ?

D’autre part, selon le quo­tidien Haaretz du 12 novembre, le pré­sident Sarkozy aurait télé­phoné à Mahmoud Abbas durant sa ren­contre avec Neta­nyahou pour lui demander de répondre posi­ti­vement à l’offre israé­lienne de reprise des négo­cia­tions sans condi­tions préalables…

Selon Dan Mar­galit, dans le quo­tidien israélien Israel Hayom (12 novembre), Neta­nyahou aurait accom­pagné son message au pré­sident syrien sur la reprise des négo­cia­tions d’un deuxième message, plus menaçant : Israël ne peut rester encore long­temps passif face au flot d’armes livrées au Hez­bollah. Le quo­tidien Yedioth Ahronoth, pour sa part, publie des infor­ma­tions sur les capa­cités du Hez­bollah à récolter des infor­ma­tions sur l’armée israé­lienne et à suivre à la trace à la fois les drones qui sur­volent le ter­ri­toire libanais et les soldats qui patrouillent le long de la frontière.

Promesses de paix d’un côté, menaces de l’autre ?

En réalité, et malgré ce qui semble res­sortir de nom­breux com­men­taires de presse français, il n’y a rien de nouveau sous le soleil. Les gou­ver­ne­ments israé­liens suc­cessifs ont tou­jours été prêts à négocier, à ren­contrer tel ou tel leader arabe. A une seule condition, si l’on peut dire : c’est qu’il n’y ait aucune condition. Cette mention (« sans condi­tions préa­lables ») n’a qu’une signi­fi­cation : le refus israélien du droit inter­na­tional comme base de négociations…

Prenons un exemple pour être clair. En 1990, l’Irak envahit le Koweït, la famille royale s’enfuit. Quelle aurait été la réaction inter­na­tionale si Saddam Hussein avait annoncé qu’il était prêt à négocier sans condi­tions préa­lables avec la dynastie Al-​​Sabah ? Tout le monde aurait compris que c’était une manœuvre et que, compte tenu des rap­ports de force, ces négo­cia­tions, si elles avaient eu lieu, n’auraient pu déboucher sur aucun accord.

Lors de la confé­rence d’Annapolis de novembre 2007, bien oubliée malgré les « espoirs » qu’elle avait sus­cités dans les médias, une décla­ration israélo-​​palestinienne avait été adoptée. J’expliquais alors : « Le plus inquiétant dans la décla­ration commune, c’est l’absence de toute base juri­dique ou légale aux négo­cia­tions. Il n’y a aucune réfé­rence au droit inter­na­tional, ni même à la réso­lution 242 du Conseil de sécurité et à l’idée d’échange de la paix contre les ter­ri­toires. Les deux parties s’engagent à “des négo­cia­tions bila­té­rales en toute bonne foi”. En toute bonne foi ? Mais que signifie ce terme ? Ehoud Olmert pense, “en toute bonne foi”, que Jéru­salem, y compris sa partie arabe conquise en 1967, est “ter­ri­toire israélien” ; il pense “en toute bonne foi” que les grands blocs de colonies doivent être annexés à Israël. Il pense aussi, “en toute bonne foi”, que la sécurité des Israé­liens est plus impor­tante que celle des Palestiniens. »

Aujourd’hui, Neta­nayhou pense, « en toute bonne foi », que la Cis­jor­danie est une partie d’Ertez-Israël et que les Pales­ti­niens devraient émigrer dans un des mul­tiples pays arabes. Il pense, « en toute bonne foi », que le Golan est essentiel à la sécurité d’Israël et qu’on ne peut s’en retirer.

Cela fait des années main­tenant que les négo­cia­tions entre Israé­liens et Pales­ti­niens sont dans l’impasse. Il existe un « pro­cessus », mais sûrement pas de paix. L’Autorité pales­ti­nienne a décidé de ne pas reprendre les négo­cia­tions sans gel total de la colo­ni­sation. Mais, même dans ce cas, sur quelles bases repren­draient les négo­cia­tions ? Quelles chances auraient-​​elles d’aboutir alors que le gou­ver­nement israélien refuse la mise en œuvre du droit inter­na­tional, des réso­lu­tions de l’ONU ?

Lors d’une ren­contre avec jour­na­listes et intel­lec­tuels le 13 novembre, le pré­sident Assad est revenu sur la question des colonies. Il a sou­ligné que l’arrêt de leur construction était « un pas positif mais sûrement pas final ». La question fon­da­mentale était le contenu des négo­cia­tions, et donc le retrait israélien des ter­ri­toires occupés en 1967. La Syrie a tou­jours mis une condition à des négo­cia­tions directes : l’acceptation par Israël du principe du retrait sur la ligne du 4 juin 1967. C’est parce qu’Itzhak Rabin avait accepté ce principe en 1994 que des négo­cia­tions directes s’étaient déroulées entre les deux pays (« Quand Israël et la Syrie étaient au bord de la paix »). En 2007, des négo­cia­tions indi­rectes avaient repris sous l’égide de la Turquie avec le gou­ver­nement d’Ehoud Olmert (« Le nucléaire, la Syrie et Israël ») ; Damas demandait, pour passer au stade des négo­cia­tions directes, qu’Olmert confirme l’engagement de Rabin. La situation n’a pas changé depuis l’arrivée de Neta­nyahou : si Israël sou­haite des négo­cia­tions directes, il faut accepter l’engagement de Rabin. La Turquie a confirmé qu’elle était prête à pour­suivre sa médiation. Et le pré­sident Assad a demandé à la France de faire pression en ce sens. Ajoutant, avec un rien de per­fidie, que puisque Sarkozy se tar­guait de ses bonnes rela­tions avec Neta­nyahou, cela ne devait pas être impossible.

Un sujet sur lequel les bonnes rela­tions entre Neta­nyahou et Olmert n’ont pas de consé­quence, c’est celui de Salah Hamouri, citoyen franco-​​palestinien empri­sonné depuis quatre ans en Israël, alors qu’il est pourtant « libé­rable » (« Le scandale Salah Hamouri »). Profitons-​​en pour saluer le courage du comédien François Cluzet, qui, lors de la pré­sen­tation de son film sur France 2, a évoqué le cas de Hamouri, cas que le pré­sident du groupe UMP à l’Assemblé nationale Jean-​​François Copé, présent sur le plateau, affirmait ignorer tota­lement. Profitez-​​en pour aller voir le film A l’origine, où joue Cluzet : un excellent film social. Al-​​Qaida contre le Hamas Retour à la table des matières

Une excel­lente analyse de Jean-​​Pierre Filiu sur le conflit entre les Frères musulmans, le Hamas et Al-​​Qaida, inti­tulée « The Bro­the­rhood vs. Al-​​Qaeda : A Moment Of Truth ? », en anglais, sur le site du Hudson Ins­titute. Et qui explique l’impitoyable répression menée par le Hamas à Gaza contre les groupes se réclamant d’Al-Qaida. Notons qu’un récent sondage du quo­tidien israélien Haaretz (13 novembre) indi­quait qu’une majorité d’Israéliens étaient favo­rables à un dia­logue avec le Hamas (« 57% of Israelis support plan to talk to Hamas »). Dia­logue que le gou­ver­nement français, lui, refuse toujours…

Pour ceux qu’intéressent les débats internes et les évolu­tions des Frères musulmans, l’article de Husam Tammam, « Back to the future » (Al-​​Ahram Weekly, 29 octobre 2009). La crise de l’organisation comme reflet des blo­cages et de la fer­meture totale du système de pouvoir égyptien.