Sanglante semaine

Monique Mas, jeudi 17 janvier 2008

Après le Hamas à Gaza mardi, c’est au tour du Djihad isla­mique d’essuyer, ce mer­credi 16 janvier, les foudres san­glantes d’Israël où les pour­parlers de paix ont repris lundi dans la foulée de la pre­mière visite pré­si­den­tielle de George Bush, venu la semaine passée en Terre Sainte pour presser le pas des négo­cia­tions lancées à Annapolis.

Mais le 15 janvier a vu tomber 19 Pales­ti­niens, parmi les­quels une dou­zaine de membres du Hamas dont le fils du digni­taire Mahmoud al-​​Zahar. Et aujourd’hui, c’est le chef mili­taire du Jihad isla­mique en Cis­jor­danie, Walid Oubeidi, qui a été tué par un com­mando israélien, chez lui, près de Jénine. Pour autant, en Israël la coa­lition Olmert se lézarde avec la démission de l’ultra-nationaliste Avigdor Lie­berman, qui rejette les négociations.

Le chef mili­taire des bri­gades al-​​Qods du Jihad isla­mique en Cis­jor­danie, Walid Oubeidi, est mort mer­credi au petit matin dans sa ville de Qabatiya, près de Jénine, au nord du ter­ri­toire. Il « a été tué au cours d’échanges de tirs qui ont éclaté après l’arrivée à son domicile d’unités de l’armée pour l’arrêter [en tant que] figure cen­trale du Jihad isla­mique qui a tenté de mener de nom­breuses attaques ter­ro­ristes en Israël », se jus­tifie l’armée israé­lienne. Elle annonce en même temps l’arrestation d’une ving­taine de par­tisans pré­sumés du Hamas en Cis­jor­danie où s’est replié le Fatah du pré­sident de l’Autorité pales­ti­nienne, Mahmoud Abbas, depuis la prise de contrôle du mou­vement isla­mique à Gaza en juin 2007.

Le 18 décembre dernier, l’alter ego de Walid Oubeidi dans la bande Gaza, Majed al-​​Harazine, avait été tué dans son véhicule. Mais ces « assas­sinats ciblés » n’excluent pas les attaques plus larges. Mer­credi, au len­demain de son raid à l’est de Gaza, le plus meur­trier depuis plus d’un an, l’armée israé­lienne a encore procédé à un tir de missile sur le centre ville, tuant trois civils et en blessant plu­sieurs autres. Le même jour, un tir d’obus et un raid aérien ont également visé Beit Hanoun, au nord de la bande de Gaza où les opé­ra­tions mili­taires israé­liennes sont quo­ti­diennes et les tirs pales­ti­niens contre le sud d’Israël fréquents.

Mer­credi, le Hamas a reven­diqué huit tirs de roquettes contre Israël, en riposte au bain de sang de la veille. Ténor pales­tinien des négo­cia­tions qui excluent le Hamas, Mahmoud Abbas a dénoncé de Ramallah un « mas­sacre » que « le peuple pales­tinien ne peut pas passer sous silence » et qui ne peut pas « apporter la paix ». Une opé­ration sécu­ri­taire selon le com­man­dement israélien qui explique que des unités d’infanterie et des blindés appuyés par l’aviation se sont enfoncés sur deux kilo­mètres à l’intérieur du ter­ri­toire palestinien.

Avec une ving­taine de morts, une cin­quan­taine de blessés et de nou­velles arres­ta­tions de Pales­ti­niens par l’armée israé­lienne, le bilan de Gaza pèse sur les négo­cia­tions fraî­chement rou­vertes en novembre dernier à Anna­polis, aux Etats-​​Unis, après sept ans de gel. Et tandis que trois jours de deuil étaient décrétés à Gaza, la ville sen­sible d’Hébron, en Cis­jor­danie, était le théâtre de mani­fes­ta­tions pales­ti­niennes. De son côté, George Bush pour­suivait alors sa tournée moyen-​​orientale demandant aux pays arabes de « tendre la main » à Israël. « Je ne sais pas ce que nous pouvons faire de plus vis-​​à-​​vis des Israé­liens », lui a rétorqué mardi le ministre saoudien des Affaires étran­gères, le prince Saoud al-​​Faycal.

Gaza en deuil

A Gaza, en deuil de son deuxième fils tué mardi (après avoir perdu l’aîné en 2003 dans un pré­cédent raid israélien), le chef du Hamas, Mahmoud al-​​Zahar s’est engagé à « répondre à Israël par le seul langage qu’il com­prend », accusant au passage le Fatah et Mahmoud Abbas de com­ploter « avec Bush et avec Israël pour assiéger le peuple pales­tinien et le tuer ». Des accu­sa­tions souvent exprimées qui n’ont pas empêché le pré­sident de l’Autorité pales­ti­nienne, Mahmoud Abbas, de se déclarer confiant sur la conclusion d’un accord de paix cette année, comme le sou­haite par George Bush qui passera la main à la Maison-​​Blanche en janvier 2009.

A Ryad, le porte-​​parole du pré­sident amé­ricain, Gordon Johndroe, ne sur­prend per­sonne lui non plus en estimant que face aux « extré­mistes qui cherchent à faire dérailler le pro­cessus de paix, [l’administration Bush] espère que les Israé­liens ne cibleront, lors de leurs raids, que des acti­vistes et exhorte les Pales­ti­niens à s’abstenir de tuer des Israé­liens inno­cents ». A chacun sa par­tition. Pour le porte-​​parole du Hamas, Sami Abou Zouhri, la pour­suite des dis­cus­sions israélo-​​palestiniennes est « un crime » compte tenu de la flambée des raids israé­liens. En revanche, aux yeux du chef de l’ultra-nationaliste Yisraël Bei­teinu, le ministre israélien des Affaires stra­té­giques et vice-​​Premier ministre, Avigdor Lie­berman, ces mani­fes­ta­tions sécu­ri­taires san­glantes ne prouvent en rien que le Premier ministre Ehud Olmert fait ce qu’il faut pour pro­téger ses administrés.

La coalition Olmert se lézarde

Mer­credi, Lie­berman a claqué la porte du gou­ver­nement et de la coa­lition Olmert en lui repro­chant de s’être laissé entraîné par Washington dans un nouveau round de négo­cia­tions où les tenants du Grand Israël ne trouvent pas leur compte. La colo­ni­sation qui se poursuit ne suffit pas aux radicaux. Poli­ti­quement, Ehud Olmert va se trouver un peu plus fra­gilisé par le départ du Par­lement des onze députés de Yisraël Bei­teinu. Il attend avec inquiétude la remise sous quin­zaine du rapport final de la com­mission d’enquête sur les ratés de la guerre israé­lienne de 2006 contre le Hez­bollah libanais.

Pour le moment, en termes purement comp­tables, Ehud Olmert conserve à la Knesset une majorité de 67 députés sur 120. Mais la dou­zaine de députés du parti ultra-​​orthodoxe Shass menace elle-​​aussi de quitter le navire Olmert pour cause de négo­cia­tions. Si pour Lie­berman « le principe de [troquer] la terre contre la paix est une erreur fatale dif­ficile à com­prendre », pour le Shass, le statut de Jéru­salem est la prin­cipale pomme de dis­corde. Mais après la démission de Lie­berman, Ehud Olmert a fait savoir « qu’il n’y a aucune alter­native à des négo­cia­tions de paix sérieuses » même s’il ne pourra plus vraiment, comme il le sou­haitait, « compter sur un gou­ver­nement stable ».

Souci sécuritaire ou intransigeance

Si les raids en Ter­ri­toires pales­ti­niens sont pré­sentés à l’opinion israé­lienne comme un gage de bonne volonté sécu­ri­taire, ils délivrent bien évidemment un message d’intransigeance de l’autre côté du mur. Et les radicaux pales­ti­niens ne manquent pas de saisir la balle au bond. Dans son exil syrien, le diri­geant du Hamas, Khaled Mechaal a tenu une confé­rence de presse pour « dire à l’ennemi » qu’il n’a désormais plus rien à espérer en matière d’échange de pri­son­niers en par­ti­culier. « Il n’y aura pas d’échange impli­quant Gilat Shalit – le soldat capturé en 2006 dans la bande de Gaza –, pas d’apaisement ou quoi que ce soit s’en rap­pro­chant », lance-​​t-​​il de Damas.

Le 10 janvier, George Bush a versé une larme à Bethléem sur l’introuvable paix en sou­haitant, sur le parvis de l’Eglise de la Nativité, « qu’un jour, à la suite de la for­mation d’un Etat pales­tinien, il n’y aura plus de murs ni de check-​​points ». En Cis­jor­danie, il a réitéré à Mahmoud Abbas sa conviction de voir « un traité de paix conclu » dans les douze mois. La veille il avait même pro­noncé le mot « occu­pation » pour exhorter Israël à mettre fin à la pour­suite de la colo­ni­sation en échange des garanties de sécurité offertes par l’ami amé­ricain de « l’Etat juif ». Des vœux pieux pour l’instant.