Samir Kantar, la clé de l’échange

Émilie Sueur, mardi 1er juillet 2008

Dans le cadre de l’accord conclu entre Israël et le Hez­bollah chiite libanais en vue de l’échange des corps des deux soldats israé­liens enlevés en juillet 2006 contre des détenus libanais, un nom est central : Samir Kantar.

Arrêté en 79, il n’est ni chiite ni membre du Hez­bollah. Ce dernier a pourtant fait de sa libé­ration la condition préa­lable à un échange de pri­son­niers avec Israël.

Dans le cadre de l’accord conclu entre Israël et le Hez­bollah chiite libanais en vue de l’échange des corps des deux soldats israé­liens enlevés en juillet 2006 contre des détenus libanais, un nom est central : Samir Kantar.

Kantar est le plus ancien détenu libanais dans les geôles israé­liennes. Il a été arrêté en 1979 lors d’une opé­ration menée dans la ville israé­lienne de Naha­riyah. A l’époque, Samir Kantar, un druze, n’a que 17 ans et appar­tient au Front de libé­ration de la Palestine. Lors de cette opé­ration, trois Israé­liens, dont une fillette de 4 ans, sont tués. Depuis cette date l’Etat hébreu a tou­jours refusé de libérer ce Libanais "ayant du sang sur les mains", selon l’expression consacrée. Israël a notamment lié la libé­ration de Kantar à l’obtention d’informations sur Ron Arad, un pilote israélien disparu lors d’une opé­ration au Liban en 1986. Selon le quo­tidien israélien "Haaretz", le Hez­bollah a fait savoir hier à Israël que Arad était mort.

Le cas de Samir Kantar, qui n’est ni membre du Hez­bollah ni chiite, est offi­ciel­lement en tête de l’agenda du parti de Dieu depuis 2004. Cette année-​​là, le Hez­bollah et Israël concluent un important accord d’échange. Des cen­taines de pri­son­niers libanais, pales­ti­niens et d’autres natio­na­lités arabes sont libérés par Israël en contre­partie d’un homme d’affaires israélien détenu par le parti chiite et des corps de trois soldats.

Libéré à 46 ans

"En 2004, Samir devait être libéré. Mais, au dernier moment, les Israé­liens ont changé d’avis" , explique Bassem Kantar, frère du détenu qui s’occupe de la cam­pagne pour sa libé­ration. Peu après l’échange, le secré­taire général du Hez­bollah, Hassan Nas­rallah, déclare lors d’un dis­cours : " Parce qu’ils (les Israé­liens) ne l’ont pas libéré, je vous promets qu’ils le regretteront."

Deux ans plus tard, le 12 juillet 2006, Ehud Gold­wasser et Eldad Regev, deux soldats israé­liens, sont kid­nappés lors d’une opé­ration menée par le Hez­bollah à la fron­tière israé­lienne. En Israël, les menaces du Hez­bollah sont prises très au sérieux par cer­tains. Le 19 juin dernier, la mère d’Ehud Gold­wasser déclarait au "Haaretz" : " Si Kantar n’est pas échangé, il y aura d’autres kidnappings."

Dimanche, après l’annonce de l’approbation par Israël de l’accord d’échange, le Hez­bollah a de nouveau fait réfé­rence au cas Kantar. "Per­sonne au monde n’aurait été capable d’atteindre l’objectif d’Israël, récu­pérer les soldats, sans que la Résis­tance dicte ses condi­tions, à savoir la libé­ration des pri­son­niers, a déclaré un res­pon­sable du Hez­bollah, Hachem Safieddine. C’est la preuve que la parole de la Résis­tance est la plus vraie et la plus forte", a-​​t-​​il ajouté.

Dans environ deux semaines, selon les médias israé­liens, Samir Kantar devrait retrouver sa terre natale. Pour Bassem Kantar, le rêve deviendra réalité. " Je n’avais que 11 mois quand Samir a été arrêté, je n’ai pas de sou­venir de lui. Mais la pre­mière lettre que j’ai écrite était pour lui" , explique Bassem, journa liste pour un quo­tidien libanais. Selon lui, Samir n’est pas resté oisif durant ses 29 années d’incarcération. " Il a étudié par cor­res­pon­dance et décroché un diplôme en sciences humaines d’une uni­versité israé­lienne", explique-​​t-​​il. L’un de ses sujets de recherche était "les contra­dic­tions entre sécurité et démo­cratie en Israël" . Les cours n’étant dis­pensés qu’en hébreu, le com­battant libanais a, en outre, appris la langue de l’"ennemi". "Il a eu 96 sur 100 au test de langue", précise son frère.

Que fera Samir, âgé aujourd’hui de 46 ans, quand il ren­trera au Liban ? "Dans un premier temps, il va se faire une vie , estime Bassem. Mais, il m’a aussi dit qu’il sera tou­jours dans la résistance."