S’unir pour négocier une vraie trêve

Eyad al-​​Sarraj, mardi 29 juillet 2008

Prise en tenaille entre un siège d’une bar­barie médiévale imposé par l’armée israé­lienne et une guerre vicieuse et mutuel­lement des­truc­trice entre fac­tions pales­ti­niennes, Gaza est au bord de l’implosion.

Après bientôt un an d’un étouffant blocus infligé à la Bande de Gaza par l’état-major mili­taire israélien, une trêve a été négociée entre le Hamas et Israël. Elle a abouti après des mois de fer­vents efforts diplo­ma­tiques de l’Egypte. Les tirs de roquettes depuis Gaza en direction de colonies israé­liennes devaient cesser en échange d’une levée pro­gressive du blocus. Un cessez-​​le-​​feu, s’il tenait pendant 6 mois, serait alors étendu à la Cis­jor­danie. Un soldat israélien détenu otage serait libéré dans le cadre d’un accord parallèle et échangé contre des pri­son­niers pales­ti­niens. Des nou­velles négo­cia­tions s’engageraient pour déter­miner les condi­tions de l’ouverture des fron­tières entre l’Egypte et Gaza.

Le Hamas - et d’autres fac­tions pales­ti­niennes avec lui, s’était engagé à res­pecter l’accord. En plus du Hamas, seul le Jihad Isla­mique doit être pris au sérieux. Le Fatah, la faction liée au pré­sident Abbas, a depuis long­temps fer­mement condamné le tir de roquettes depuis Gaza.

Après 5 jours d’un cessez-​​le-​​feu tant attendu, Israël, en quelque sorte pour montrer sa « bonne volonté », a autorisé l’entrée à Gaza de cotons et de ser­viettes hygié­niques. Mais dans le même temps, Israël mena un raid matinal contre une auberge étudiante à Naplouse, tuant deux Pales­ti­niens dans leurs lits.

En essayant de jus­tifier ce que beaucoup ont vu comme une pro­vo­cation éhontée, les portes paroles gou­ver­ne­mentaux israé­liens ont encore une fois avancé l’argument de la « bombe à retar­dement ». Les deux hommes, tous les deux âgés d’une ving­taine d’années, furent accusés de pré­parer une attaque ter­ro­riste, déjouée seulement au tout dernier moment. Israël reçut immé­dia­tement la réponse qu’il attendait. Des roquettes s’abattirent sur Sdérot, les deux pre­mières tirées par le Jihad Isla­mique et la troi­sième par les bri­gades al-​​Aqsa du Fatah, qui qua­li­fièrent la trêve signée avec Israël de tra­hison, accusant le Hamas d’être plus pré­occupé par la survie de ses cadres à Gaza que par le sort des Pales­ti­niens de Cisjordanie.

Le Hamas est dans les cordes. Privés de recon­nais­sance inter­na­tionale, soumis à un embargo et avec des caisses vides, ses diri­geants consi­dèrent qu’il est de leur res­pon­sa­bilité de répondre aux besoins d’une popu­lation étranglée et font face au même moment à l’immense tâche d’avoir à gou­verner sans expé­rience préalable.

Comment bien diriger et conso­lider son pouvoir tout en réaf­firmant son enga­gement fon­da­mental pour la défense de la lutte armée contre l’occupation israé­lienne : voilà peut-​​être le dilemme le plus dou­loureux auquel doit faire face le Hamas.

Cer­tains diri­geants pensent que la par­ti­ci­pation aux élec­tions légis­la­tives de 2006 était en quelque sorte un piège – même si le Hamas a rem­porté une vic­toire indis­cu­table dans les urnes. Sur ce thème de la pureté doc­trinale, des com­bat­tants des bri­gades d’al-Aqsa accusent aujourd’hui le Hamas d’avoir aban­donné sa noble mission de résis­tance et de rechercher à sa place un com­promis poli­tique au rabais.

Beaucoup pensent que les tirs de roquettes des­servent les Pales­ti­niens et entravent leur recherche de justice, et que les milices rivales – en par­ti­culier les bri­gades d’al-Aqsa, cherchent à embar­rasser le Hamas en secouant les que­relles idéologiques.

Mais les diri­geants du Hamas, prônant désormais la retenue et dési­gnant ceux qui rompent le cessez-​​le-​​feu de traître, doivent faire face à l’ironie de l’histoire. Il n’y a pas si long­temps, ce sont eux qui uti­li­saient le même langage sec­taire pour traiter le pré­sident de l’Autorité Pales­ti­nienne Mahmoud Abbas de col­la­bo­rateur quand il demandait que cessent ce qu’il appelait de « futiles » tirs de roquettes.

Côté israélien, la vio­lence quo­ti­dienne est le mode de fonc­tion­nement par défaut de l’establishment mili­taire israélien : c’est un fait –dra­ma­tique - de plus en plus incon­tes­table. Quelle que soit la fré­quence à laquelle on parle de paix, elle reste en pra­tique un ana­thème, puisqu’elle signi­fierait la res­ti­tution de ter­ri­toires occupés aux Palestiniens.

Israël est passé maître dans l’art de faire passer son intran­si­geance agressive pour de l’autodéfense. Les assas­sinats per­pétrés la semaine der­nière à Naplouse visaient à déclencher des répliques pales­ti­niennes vio­lentes. Cela a marché. Et ces repré­sailles ont à leur tour permis de confirmer le dis­cours central, tel­lement présent dans la cou­verture média­tique du conflit, qui dépeint les Israé­liens en vic­times per­pé­tuelles et les Pales­ti­niens en per­son­nages fourbes et indignes de confiance.

Une telle stra­tégie de la part d’Israël n’est pas une nou­veauté. L’actuelle intifada, déclenchée par la visite de l’ancien premier ministre israélien et cri­minel de guerre Ariel Sharon à la mosquée d’al-Aqsa à Jéru­salem et qui s’est rapi­dement accé­lérée par le recours aux armes, a été le théâtre du vorace appétit israélien pour les terres pales­ti­niennes en Cis­jor­danie. Et pendant que les colonies s’étendent et deviennent de plus en plus retran­chées, Israël a réussi à donner aux Pales­ti­niens le rôle des vio­lents usur­pa­teurs qui « ne manquent pas une occasion de manquer une occasion ».

Quand je m’entretiens avec des diri­geants du Hamas, j’essaie constamment de les alerter sur les des­seins colo­niaux d’Israël, et sur le besoin de changer de registre pour contourner et être plus malins que nos ennemis, accrochés à l’usage de la force. Je trouve tou­jours une écoute bienveillante.

Prise en tenaille entre un siège d’une bar­barie médiévale imposé par l’armée israé­lienne et une guerre vicieuse et mutuel­lement des­truc­trice entre fac­tions pales­ti­niennes, Gaza est au bord de l’implosion. Mais ses habi­tants ont démontré une incroyable force de caractère, puisant cette force dans la foi reli­gieuse, dans des tra­di­tions de soli­darité fami­liale, et dans une foi durable dans le caractère juste de la cause pales­ti­nienne. Mais la ténacité a ses limites.

Ce blocus doit cesser com­plè­tement et défi­ni­ti­vement pour que les 1,5 mil­lions d’habitants, qui ont enduré une sorte de sup­plice col­lectif, puissent avoir une chance de res­pirer. Pour que cela se pro­duise, les diri­geants poli­tiques de Ramallah et de Gaza doivent faire porter leurs efforts moins sur les règle­ments de comptes que sur les besoins des citoyens qu’ils repré­sentent, dif­fuser des mes­sages clés aux opi­nions publiques euro­péennes et amé­ri­caines, et définir une stra­tégie souple, argu­mentée et inflexible pour négocier avec Israël.