Rupture de l’accord Orange /​ Partner - Lettre de Jean-​​Claude Lefort

Jean-​​Claude Lefort, samedi 15 octobre 2011

Paris, le 13 octobre 2011

M. Stéphane Richard PD-​​G de France Télécom-​​Orange 6, place Alleray 75015 Paris

Monsieur le Président Directeur -Général,

J’ai appris que France Télécom a récemment signé un nouvel accord de par­te­nariat avec l’entreprise israé­lienne Partner Com­mu­ni­ca­tions : · Partner pourra continuer à uti­liser la marque Orange en échange d’une rede­vance ; · Partner pourra uti­liser les conseils de FT pour amé­liorer son réseau de télé­phonie ; · Par l’intermédiaire de FT, Partner pourra se joindre au consortium FT-​​Deutsche Telekom récemment mis en place pour l’achat de maté­riels. Partner pourra ainsi béné­ficier ainsi d’économies d’échelle importantes.

Cet accord fait de FT un par­te­naire stra­té­gique de Partner Com­mu­ni­ca­tions. Or Partner – tout comme les autres opé­ra­teurs israé­liens en télé­phonie – a des infra­struc­tures, des antennes érigées dans les ter­ri­toires pales­ti­niens occupés (TPO). Une étude de l’organisation israé­lienne Yesh Din révèle que ces maté­riels, qui sont ins­tallés dans les colonies israé­liennes, sont fré­quemment implantés sur des terres privées pales­ti­niennes confis­quées à cet effet par l’occupant.

Grâce à cela elles four­nissent des ser­vices aux colons et aux mili­taires israéliens.

De plus ces sociétés opèrent aussi sur le marché palestinien.

L’occupation mili­taire leur assure un avantage com­pé­titif certain sur les opé­ra­teurs pales­ti­niens. Ces der­niers ne sont pas auto­risés à ins­taller des antennes dans près de 60% de la Cis­jor­danie, dont Jérusalem-​​Est, entiè­rement sous contrôle israélien. En outre l’attribution de fré­quences à un opé­rateur pales­tinien est plus que limitée.

En consé­quence, un rapport de la Banque Mon­diale publié en janvier 2008 indique que 20% à 45% du marché de télé­phonie mobile pales­ti­nienne était, à l’époque, entre les mains des entre­prises israéliennes.

Même en uti­lisant des four­nis­seurs pales­ti­niens, les clients pales­ti­niens doivent compter sur les entre­prises israé­liennes en raison des res­tric­tions sur la construction des infra­struc­tures de télé­com­mu­ni­cation. Les opé­ra­teurs pales­ti­niens doivent passer par des opé­ra­teurs israé­liens pour tout appel inter­na­tional ainsi que pour ceux reliant la Cis­jor­danie et Gaza et même pour des appels entre dif­fé­rentes régions de Cis­jor­danie. Et bien sûr les entre­prises israé­liennes per­çoivent un pour­centage sur tous les revenus d’interconnexion des appels entre des opé­ra­teurs pales­ti­niens et israéliens.

En vio­lation des Accords d’Oslo ces entre­prises israé­liennes, dont Partner, ne paient pas d’impôts à l’Autorité pales­ti­nienne (AP) pour leur activité com­mer­ciale sur le marché pales­tinien. Le rapport de la Banque mon­diale, déjà cité, estime que la perte de recettes fis­cales annuelles de l’Autorité pales­ti­nienne s’élève de ce fait à 60 mil­lions de dollars. L’Autorité pales­ti­nienne a pris la décision de bannir les opé­ra­teurs israé­liens des villes palestiniennes.

Partner, tout autant que les autres opé­ra­teurs, béné­ficie de l’occupation. Il dis­posait en août 2009 de 165 antennes et ins­tal­la­tions de com­mu­ni­cation en Cis­jor­danie et dans les hau­teurs du Golan occupés mili­tai­rement et en 2011 ce nombre est passé à 176. Partner dispose de bou­tiques dans plu­sieurs colonies de Cis­jor­danie, notamment à Ariel, Beithar Illit, Modi’in Illit et Mishor Adoumim.

Partner viole ainsi le droit inter­na­tional et les Conven­tions de Genève qui condamnent « la des­truction et l’appropriation de biens, non jus­ti­fiées par des néces­sités mili­taires et exé­cutées sur une grande échelle de façon illicite et arbitraire ».

L’accord de par­te­nariat entre FT et Partner est donc inac­cep­table Le soutien apporté par FT à Partner rend votre entre­prise com­plice de toutes les vio­la­tions du droit com­mises par Partner dès lors qu’il y a par­ti­ci­pation à la com­mission de ces infrac­tions graves notamment à la qua­trième Convention de Genève (article 121-​​7 du Code Pénal). Il doit donc être dénoncé.

Ainsi qu’il a été relevé, il résulte, en effet de l’article 46 du règlement de La Haye de 1907, que lors d’une occu­pation, la pro­priété privée doit être « res­pectée » et « ne peut pas être confisquée » et de l’article 147-​​de la 4e Convention de Genève que consti­tuent une infraction grave à cette Convention « la des­truction et l’appropriation de biens, non jus­ti­fiées par des néces­sités mili­taires et exé­cutées sur une grande échelle de façon illicite et arbitraire."

La Cour Pénale Inter­na­tionale, définit comme « crimes de guerre », les vio­la­tions de ces dis­po­si­tions lorsqu’elles visent des per­sonnes ou des biens pro­tégés par les dis­po­si­tions des Conven­tions de Genève. Dans la Charte déon­to­lo­gique de votre groupe il est indiqué :

« Nos valeurs et prin­cipes d’action et de com­por­tement s’inscrivent dans le cadre de prin­cipes fon­da­mentaux tels ceux de la Décla­ration Uni­ver­selle des Droits de l’Homme … ».

Comment concilier cette affir­mation avec ce par­te­nariat conclu avec une société qui profite de la colo­ni­sation et d’une occu­pation mili­taire illé­gales et illégitimes ?

A l’heure où le peuple pales­tinien demande enfin pouvoir dis­poser de son État dans les fron­tières de 1967 avec Jérusalem-​​est comme capitale, confor­mément au droit inter­na­tional, vous ne pouvez ignorer que la colo­ni­sation israé­lienne est l’obstacle majeur à la création de cet Etat.

Un récent sondage effectué par l’IFOP à la demande de l’ONG Avaaz confirme que 82% des Français sou­tiennent la création d’un Etat pales­tinien. Et 69% sont pour sa recon­nais­sance et son admission à l’ONU alors que seulement 9% sont contre.

Je sou­haite pouvoir exa­miner avec vous les moda­lités pos­sibles pour que soit mis fin à ce par­te­nariat, dans l’intérêt du droit, dans l’intérêt de la paix.

Veuillez recevoir, Mon­sieur le Pré­sident Directeur-​​ Général, l’expression de mes salu­ta­tions distinguées.

Jean-​​Claude Lefort