L’Orient le Jour, lundi 5 mai 2008
La secrétaire d’État américaine, Condoleezza Rice, a prolongé hier ses entretiens à Jérusalem, n’ayant obtenu aucun engagement d’Israël sur la levée de ses barrages militaires en Cisjordanie ou la colonisation.
La chef de la diplomatie américaine, qui avait annoncé son intention de demander à Israël la levée d’autres barrages routiers en Cisjordanie, estimant que ceux qui l’ont été récemment n’amélioraient pas suffisamment la vie quotidienne des Palestiniens [1], a eu hier une série d’entretiens avec les dirigeants israéliens, notamment le ministre de la Défense, Ehud Barak.
« L’une des choses que nous sommes en train d’examiner, c’est l’impact qualitatif et non quantitatif de certaines améliorations aux mouvements et accès », a-t-elle expliqué lors d’une conférence de presse commune avec le président palestinien Mahmoud Abbas, qu’elle venait de rencontrer à Ramallah, en Cisjordanie.
Mais lorsqu’on lui a demandé si Israël s’était engagé à lever d’autres barrages en Cisjordanie, elle s’est abstenue de parler d’accord. « C’était la première fois que je soulevais cette question. La discussion va maintenant porter sur la façon de procéder », a-t-elle simplement répondu. Selon un rapport de l’ONU, Israël a levé 44 « obstacles » en Cisjordanie sur les 61 qu’il s’était engagé à supprimer. Mais la plupart n’ont que peu ou pas d’importance.
Sur la question de la poursuite des activités de colonisation israélienne, l’un des principaux obstacles aux négociations de paix israélo-palestiniennes, Mme Rice n’a pas non plus obtenu d’engagement d’Israël. Alors que le quartette pour le Proche-Orient (États-Unis, Union européenne, Russie et ONU) a appelé vendredi Israël à « geler toute activité (d’extension) des colonies, y compris la croissance naturelle », la chef de la diplomatie israélienne, Tzipi Livni, s’est gardée de s’engager publiquement. « Il est clair que nous devons nous occuper de la situation sur le terrain, d’un côté. De l’autre, Israël respectera ses obligations de la “feuille de route” », a-t-elle simplement déclaré, laissant entendre que l’arrêt de la colonisation dépendrait de la sécurité sur le terrain. Mme Livni a cependant reconnu que la colonisation provoquait « des frustrations, et peut-être un malaise » parmi les Palestiniens, assurant qu’Israël n’avait « pas d’objectifs inavoués ».
Mme Rice, qui avait prévu en début de soirée une table ronde avec les journalistes qui l’accompagnent dans sa tournée, l’a annulée pour poursuivre ses entretiens, a-t-on appris auprès du département d’État US. Elle a cependant réaffirmé son optimisme sur les chances d’obtenir un accord d’ici à la fin de l’année, se déclarant « impressionnée par le sérieux et la profondeur des discussions » entre Israéliens et Palestiniens. Elle a défendu la « confidentialité » des négociations, semblant écarter la possibilité de la publication d’un document intérimaire faisant le point des progrès accomplis, envisagé de source israélienne. Mais le porte-parole de M. Abbas, Nabil Abou Roudeina, a fait état d’un « écart toujours très large » avec la partie israélienne. Et le ministre égyptien des Affaires étrangères, Ahmad Aboul Gheit, a démenti des propos sur un « progrès » réalisé dans les négociations israélo-palestiniennes, qui lui avaient été attribués par un journal qatari.
Sur le plan de la médiation du Caire, le chef du renseignement égyptien, Omar Souleimane, se rendra prochainement en Israël pour évoquer la possibilité d’une trêve à Gaza entre l’État hébreu et le Hamas, a déclaré hier le président égyptien, Hosni Moubarak, sans toutefois fournir de date précise. Il a relevé que cette visite interviendrait après la conclusion d’un « accord au Caire avec des délégations du Hamas, de l’OLP et d’autres factions palestiniennes ». Enfin, le Premier ministre israélien, Ehud Olmert, doit rencontrer M. Abbas aujourd’hui à Jérusalem.
[1] en illustration de l’"amélioration" : Israël ferme des points de passage avec Gaza
L’armée israélienne a fermé hier le terminal de carburants de Nahal Oz et le point de passage de Karni, à la frontière entre Gaza et Israël, après que des obus de mortier tirés par des groupes palestiniens furent tombés à proximité. « Le point de passage de Karni et le terminal de carburants de Nahal Oz, qui est à côté, ont été fermés pour des raisons de sécurité, après qu’un obus de mortier est tombé dans Nahal Oz et deux autres à proximité des points de passage », a déclaré à l’AFP une porte-parole de l’armée. « Les points de passage sont fermés jusqu’à nouvel ordre. Ils seront réouverts dès que le contrôle de sécurité sera terminé, comme cela a eu lieu plusieurs fois depuis l’attaque de Nahal Oz », a ajouté la porte-parole.
Le terminal de Nahal Oz a été fermé à plusieurs reprises depuis une attaque menée le 9 avril par un commando palestinien, tuant deux civils israéliens. Hier, six roquettes et sept obus de mortier ont été tirés de la bande de Gaza sur le territoire israélien, selon l’armée. Trois des six roquettes et la plupart des obus se sont abattus sur Israël. Les Brigades d’al-Qods, la branche armée du Jihad islamique, ont revendiqué la plupart des tirs.
En outre, l’ONU va suspendre aujourd’hui ses distributions d’aide alimentaire dans la bande de Gaza, faute de carburants, a annoncé hier un porte-parole de l’Agence pour les réfugiés palestiniens (Unrwa). « Nous avons épuisé nos stocks de carburants et sommes donc contraints de stopper, à compter de lundi matin, nos distributions de nourriture à 1,5 million d’habitants dans la bande de Gaza (…) C’est la seconde fois en une semaine que nous sommes acculés à cette situation et, à plus long terme, les problèmes humanitaires seront très graves », a affirmé à l’AFP ce porte-parole, Chris Guinness. L’Unrwa avait suspendu pendant quatre jours fin avril la distribution d’aide alimentaire à 650 000 réfugiés palestiniens à Gaza, en raison du manque de carburant pour ses camions de livraison.
D’autre part, un Palestinien a été tué et cinq autres blessés lors d’une opération des forces israéliennes, dans la nuit de samedi à dimanche, dans le sud de la bande de Gaza, à Khan Younès.