Retrait de Gaza : La stratégie du chaos

Claire Moucharafieh - Pour La Palestine n°42, vendredi 30 juillet 2004

L’assassinat du fon­dateur du Hamas cheikh Yassine puis de son suc­cesseur Abdel-​​Aziz Ran­tissi, les incur­sions san­glantes et répé­ti­tives de l’armée dans l’extrême sud de la bande de Gaza, le long de la fron­tière égyp­tienne, sont les deux faces d’un même dispositif…

Ils font partie inté­grante du projet israélien de retrait uni­la­téral de Gaza - réduit à une peau de chagrin après le vote gou­ver­ne­mental du 6 juin. La prin­cipale visée stra­té­gique de ce plan est de faci­liter l’annexion de la majeure partie de la Cis­jor­danie et d’empêcher dura­blement la création d’un Etat palestinien.

De mar­chan­dages en char­cu­tages, de chan­tages en revi­re­ments, le Conseil des ministres israélien a fina­lement accouché d’une souris. Du « plan de sépa­ration uni­la­térale  » de Gaza, défendu becs et ongles par Ariel Sharon depuis le 2 février dernier, il ne reste plus qu’une copie édul­corée et ficelée de condi­tions. Le 6 juin, après plus d’un mois de tem­pêtes, la coa­lition gou­ver­ne­mentale menacée d’éclatement a réussi son prin­cipal pari : gagner du temps. Par 14 voix contre 7, elle a adopté le principe d’un retrait éche­lonné de Gaza, mais a repoussé le vote de la « phase opé­ra­tion­nelle  » à dans dix-​​huit mois, lorsque les « travaux pré­pa­ra­toires » seront achevés. Dis­socier le principe de l’évacuation de son effec­tivité, telle est l’acrobatie que les ministres fron­deurs du Likoud - Benyamin Neta­nyahou, Silvan Shalom et Limor Livnat - sont par­venus à imposer, mon­nayant ainsi leur soutien. Pour l’heure, le gou­ver­nement israélien n’est donc autorisé qu’à entamer les pré­pa­ratifs d’une période inté­ri­maire. Le pré­ambule de l’accord précise bien que l’approbation du projet ne constitue en rien un feu vert au déman­tè­lement phy­sique des vingt-​​et-​​une colonies de Gaza. Les lettres échangées par Sharon et Bush sont d’ailleurs adjointes en tant que « rappel » et non plus en tant qu’« annexe » enga­geant le gouvernement [1]. En clair, car rien n’est plus volon­tai­rement alam­biqué que le vote du 6 juin, il n’y aura donc pas d’évacuation effective avant mars 2005. Dans le meilleur des cas. Autre reculade de taille : le retrait ne se fera plus en une seule fois mais en quatre étapes, chaque phase étant condi­tionnée par la pré­cé­dente et soumise à l’approbation de l’exécutif israélien. D’abord les colonies isolées de Morag, Net­zarim et Kfar Darom ; ensuite, quatre implan­ta­tions insi­gni­fiantes en Cis­jor­danie sep­ten­trionale dont nul ne connaissait le nom avant (Kadim, Ganim, Homesh et Sanur) ; puis le bloc stra­té­gique de Goush Katif dans le sud de Gaza ; et enfin les trois der­nières colonies for­te­resses au nord de la bande, en bordure de frontière.

Compte-​​tenu de « l’expertise » israé­lienne incom­pa­rable en matière de gestion des pro­cessus inté­ri­maires sans cesse recon­duits, le doute est permis concernant la mise en œuvre de ces déci­sions. Quant à la date butoir du pro­cessus - « Il n’y aura plus de juifs (sic) dans la bande de Gaza, fin 2005 » a promis Sharon -, elle suscite sep­ti­cisme ou railleries. « Dans notre pays, dix-​​huit mois, c’est la moitié d’une éternité, se moque Uri Avnery. « La situation change chaque semaine. Avant la fin 2005 tant de choses peuvent arriver : Bush peut perdre les élec­tions, une catas­trophe peut anéantir l’Irak, (…) des événe­ments san­glants (en Israël) peuvent atteindre de telles pro­por­tions qu’ils nous feraient oublier même le sou­venir du plan. » [2]

Les par­tisans des colons, déchaînés, ne s’y sont pas trompés : ils ont promis que le délai serait utilisé à bon escient pour saboter le plan.

Un plan modulable

Faut-​​il croire au sérieux d’un projet qui a subi tant de revi­re­ments ? Du dis­cours d’Herziliya du 18 décembre sur la « sépa­ration uni­la­térale », à la pré­sen­tation du plan d’origine début février dans Haaretz et soumis offi­ciel­lement à George W. Bush, le 14 avril, à sa version amendée du 28 mai - en réponse au camouflet du Likoud [3] - , jusqu’à la der­nière mouture défi­nitive adoptée le 6 juin, le plan de Sharon n’a pas cessé de valser.

D’abord, quelques colonies déman­telées, puis dix-​​sept, puis la totalité, puis trois puis à nouveau la totalité ; un retrait en une seule fois, puis en quatre, puis avec des condi­tions ; le maintien de cer­taines ins­tal­la­tions mili­taires, puis leur dépla­cement ; la rétro­cession des maisons des colons et de leurs équi­pe­ments agri­coles aux Pales­ti­niens, puis, au contraire, leur des­truction totale et, enfin, l’option de démé­nager clefs en mains cer­taines colonies en Cis­jor­danie… Un vrai jeu de pistes ! Le calen­drier donne aussi le tournis : il est d’abord question de lancer le pro­cessus de retrait vers la mi-​​2004, puis pas avant mars 2005, puis dès août 2004 pour les colons volon­taires. Depuis le 10 juin dernier, on apprend que les évacua­tions forcées des colons récal­ci­trants ne débu­teront qu’en sep­tembre 2005, selon le Conseil israélien de sécurité national. Il faut pouvoir se retrouver dans ce dédale.

Les constantes, elles, sont connues depuis le début. Et elles sont inquié­tantes. Il s’agit du maintien de la pré­sence mili­taire israé­lienne sans la zone fron­ta­lière de Rafah, à l’extrême sud, du contrôle exclusif de l’espace aérien et maritime pales­tinien, de la démi­li­ta­ri­sation com­plète du ter­ri­toire évacué et, enfin, du droit dis­cré­tion­naire d’Israël à inter­venir mili­tai­rement à l’intérieur de la bande de Gaza, au moment voulu.

Dans ce contexte, les accu­sa­tions de « tra­hison » et la viru­lence des attaques pro­férées contre Sharon, y compris au sein de son propre parti, le Likoud, amal­gamant son plan révisé à « une prime offerte au ter­ro­risme », laissent per­plexe. Que le père de la colo­ni­sation, l’artisan de l’unité 101 [4], l’homme des mas­sacres de Sabra et Chatila, le com­man­di­taire de crimes de guerre aggravés contre des popu­la­tions civiles depuis la seconde Intifada puisse appa­raître de plus en plus comme un « cen­triste » sur l’échiquier poli­tique israélien, débordé par sa droite et son extrême droite, en dit long sur la coa­lition au pouvoir. Il y a là non seulement un signe sup­plé­men­taire de la vision sui­ci­daire d’une classe poli­tique autiste qui réclame tou­jours davantage, mais aussi un ensei­gnement : le mou­vement des colons est beaucoup plus puissant que sa taille démo­gra­phique, c’est lui qui dicte la poli­tique générale de l’Etat.

Un retrait tactique pour une annexion stratégique

Offi­ciel­lement pré­senté comme un moyen de « réduire le ter­ro­risme » et d’« atténuer la pression sur l’armée », le projet de retrait uni­la­téral de Gaza semble motivé par bien d’autres visées.

Pourquoi donc Sharon est-​​il prêt à risquer l’éclatement de sa coa­lition et sa survie poli­tique ? Pourquoi tient-​​il tant à « son » plan ?

Deux ana­lyses, ici, s’opposent. L’une ne veut voir qu’un effet d’annonce, une nou­velle pirouette de la part d’un homme acculé par les scan­dales per­sonnels, la justice, les cri­tiques internes et les pres­sions inter­na­tio­nales (session de la CIJ sur les murs). Usé par le pouvoir, l’homme des volte-​​faces ten­terait de faire diversion en passant à l’offensive, pour reprendre l’initiative, comme il l’a tou­jours fait. Mais il n’aurait pas l’intention de passer à l’acte.

L’autre analyse met l’accent sur les constantes du per­sonnage et sa vision à long terme : Sharon n’a jamais varié dans ses visées expan­sion­nistes, c’est bien le père de la colo­ni­sation et du grand Israël (après Ben Gourion, Golda Meïr et Allon) et le déman­tè­lement de Morag ou de Net­zarim n’y changera rien. Mais l’homme peut aussi se révéler prag­ma­tique, comme le montre l’antécédent de l’évacuation du Sinaï égyptien. Il est disposé à aban­donner un front pour mieux conso­lider l’autre, comme sait le faire tout mili­taire. « C’est comme un joueur d’échec prêt à sacrifier des pièces mineures pour s’emparer de l’avantage stra­té­gique.  » [5] « Il est prêt à sacrifier un doigt (Gaza, qui n’a aucune valeur stra­té­gique) pour sauver tout le corps (l’annexion de la Cis­jor­danie) » [6]. La stra­tégie n’est d’ailleurs pas nou­velle. David Ben Gourion n’avait-il pas aban­donné ces 22% de la terre de Palestine pour s’emparer des 78% res­tants au lieu des 55% que lui allouait l’ONU ? Menahem Begin n’avait-il pas aban­donné l’ensemble du Sinaï pour que l’Egypte renonce à la guerre et pour se concentrer sur la Cisjordanie ?

La seconde analyse semble être la bonne. Rui­neuses écono­mi­quement, enserrées dans un tissu de villes, de vil­lages et de camps de réfugiés pales­ti­niens sur­peuplés, les colonies israé­liennes de Gaza sont indé­fen­dables à tous points de vue. Sharon en est convaincu. Depuis leur conception, ces zones de peu­plement juif, qui « ne font pas partie de notre patrimoine » comme ne cesse de le clamer depuis peu le général « ultra » Saul Mofaz, ont tou­jours constitué une monnaie d’échange, dans la pers­pective d’un règlement final.

On ne com­prend rien, en effet, au plan de retrait de Gaza si on l’isole du projet de main mise sur la Cis­jor­danie : c’est un couple abso­lument indis­so­ciable. On ne com­prend pas davantage en pro­fondeur ce binôme, si on ne l’insère pas dans le plan Sharon-​​Bush, concocté miavril. C’est bien l’ensemble du dis­po­sitif, l’articulation de tous les éléments, qui rend ce projet si inquiétant, jus­ti­fiant son appel­lation de « seconde décla­ration Balfour », lourde en conno­ta­tions his­to­riques. Il n’y a pas de retrait uni­la­téral de Gaza sans finition des murs, sans remise en cause des fron­tières de 1967, sans annexion d’une partie de la Cis­jor­danie et sans négation du droit de retour des réfugiés. Tout s’emboîte. La caution ines­pérée - his­to­rique - de George Bush à l’ensemble de ce « package-​​deal », et en par­ti­culier au tracé des murs de Cis­jor­danie (« un impé­ratif de sécurité »), enterre de facto la « feuille de route » de la com­mu­nauté inter­na­tionale. C’est ce soutien aveugle qui explique le passage en force de Sharon, quitte à faire éclater sa coa­lition. Tout plutôt que de risquer une crise de confiance avec les Etats-​​Unis et en par­ti­culier avec le pré­sident Bush, son meilleur allié.

Le 2 mai au soir, toute la presse israé­lienne en convenait, Sharon est aba­sourdi par le rejet du Likoud, par l’aveuglement de son propre parti. Pendant un mois, il ne cessera de mar­teler deux choses : « nous avons l’appui des Amé­ri­cains  » et « Mon plan (pour Gaza) nous permet de reprendre l’initiative pour défendre des intérêts nationaux vitaux ». En sourdine cette fois, de façon à être moins entendu, il répète, dans un entretien à Haaretz, au moment de la Pâque juive : « Ce retrait frappera les aspi­ra­tions pales­ti­niennes pour les années à venir. Dans l’intervalle, ils ne pourront pas édifier leur Etat » . Voilà qui est dit.

Le désen­ga­gement de Gaza a d’autres « avan­tages ». Il se réclame haut et fort « uni­la­téral ». Cette invo­cation est cen­trale : il est essentiel de faire la démons­tration qu’il n’y a pas de par­te­naire pales­tinien. Pierre angu­laire de l’argumentaire de Sharon, martelé sur tous les tons depuis 2001, cette pré­tendue absence d’interlocuteur permet de « prouver » a pos­te­riori l’inapplicabilité de la feuille de route, ce qui explique qu’Israël ne se sente plus lié au seul ins­trument inter­na­tional existant. Le tournant est important : Sharon met ainsi en miettes les der­niers lam­beaux de l’architecture d’Oslo. Certes, son gou­ver­nement ne négocie plus depuis belle lurette avec Yasser Arafat, mais un nouveau palier est introduit : désormais, il traitera direc­tement avec les Etats-​​Unis, qui pren­dront la place des prin­cipaux inté­ressés. Là aussi, la méthode a une his­toire. Elle s’inscrit dans la conti­nuité des pro­cessus colo­niaux clas­siques mais aussi de l’unilatéralisme his­to­rique du mou­vement sio­niste. « Ce qui compte, ce n’est pas ce que les goyim disent, mais ce que les Juifs font » avait coutume de dire David Ben Gourion.

L’unilatéralité ouvre la voie à d’autres faits accomplis. La décision de détruire tous les équi­pe­ments sophis­tiqués (serres, sys­tèmes d’irrigation etc.) des colonies, se double, depuis début juin, de l’intention de fermer la plus grande zone indus­trielle d’Erez, située à la fron­tière nord de la bande de Gaza. Ce parc indus­triel, où près de cinq mille Pales­ti­niens sont employés dans les usines tex­tiles, sidé­rur­giques et d’ameublement est l’un des seuls exemples de coopé­ration bila­térale depuis la seconde Intifada. Il est vital dans un contexte où le chômage caracole à près de 50%. « Il n’est pas accep­table que les Israé­liens se désen­gagent sans qu’il y ait concer­tation avec les Pales­ti­niens et ainsi ajoutent à la souf­france de tra­vailleurs. » Le ministre du Travail, Ghassan Khatib, peut s’égosiller, qui l’écoute ?

Affaiblir davantage l’Autorité palestinienne

Tou­jours la même logique de terre brûlée et de punition col­lective pour affaiblir davantage et le peuple, et l’Autorité pales­ti­nienne, exsangue finan­ciè­rement et déjà en situation de quasi impuis­sance après trois ans de des­truction métho­dique de son appareil de sécurité. Mais les prin­cipaux objectifs sont poli­tiques. Il s’agit d’abord de saper défi­ni­ti­vement l’option que le gou­ver­nement pales­tinien incarne : la solution négociée et le projet poli­tique de coexis­tence. « Dès lors qu’Israël dénie en même temps à l’ANP la moindre fonction régu­la­trice, la manœuvre (du retrait de Gaza) consacre la vic­toire du Hamas, qui a tou­jours mis en avant la supé­riorité de l’affrontement sur la négo­ciation. » [7]

Il s’agit ensuite de sus­citer, par le vide ainsi créé sur le terrain, convoi­tises, luttes de pouvoir et, si pos­sible, affron­te­ments inter­pa­les­ti­niens. La jour­na­liste amé­ri­caine Char­maine Seitz sou­ligne, pour sa part, le jeu pervers israélien consistant tour à tour à pousser l’ANP à écraser le Hamas en pré­tendant, à tort, que ce dernier est prêt à prendre le pouvoir ou, au contraire, à dénoncer le refus de l’Autorité de recourir à la répression comme un aveu sup­plé­men­taire de fai­blesse, tout en insistant sur cette déli­ques­cence pour inciter les isla­mistes à rétablir l’ordre et à contrôler la bande. [8]

Orga­niser le chaos à Gaza pour rendre le ter­ri­toire ingou­ver­nable n’a pas qu’un intérêt local : le désordre et la vio­lence seraient le pré­texte rêvé pour jus­tifier, demain, l’impossibilité d’un retrait de la Cis­jor­danie, déjà annexée. Il faut donc créer l’anarchie et … la fureur.

C’est dans ce cadre pré­ci­sément que s’inscrit l’assassinat du fon­dateur du Hamas, le 22 mars dernier, et de son suc­cesseur, vingt-​​six jours plus tard.

La mort pro­grammée de cheikh Yassine : un élément central dans l’après-retrait

Tous les obser­va­teurs et connais­seurs en conviennent : cet assas­sinat ne prend son véri­table sens qu’au regard d’un triple calen­drier : local, régional et inter­na­tional. L’attentat d’Ashdod, motif offi­ciel­lement invoqué, ne trompe per­sonne. Quelques heures après la mort du fon­dateur et chef spi­rituel du Hamas, le meilleur chro­ni­queur mili­taire israélien, Ze’ev Schiff, conclut que cette élimi­nation « fait partie inté­grante du retrait » et rap­pelle, inci­demment, la tenue de la pro­chaine réunion de la Ligue arabe. Sur le plan inter­na­tional, Israël exploite immé­dia­tement « l’après-onze mars » (attentats de Madrid) comme il avait su tirer avantage de « l’après-onze sep­tembre ». A l’échelle globale, « les offen­sives amé­ri­caines sont fondées sur une notion quasi pro­vi­den­tielle pour Israël, à savoir que la véri­table dyna­mique autour de laquelle la poli­tique amé­ri­caine devrait être axée n’est plus le conflit israé­lo­pa­les­tinien, mais bien le besoin de contrer le ter­ro­risme isla­mique ». [9] Les condi­tions sont réunies pour passer à l’acte.

La poli­tique israé­lienne d’assassinats a plus de trente ans. Pourtant un nouveau palier poli­tique et qua­li­tatif vient d’être franchi. Comme le rap­pelle Robert Fisk, dans The Inde­pendent, « pendant des années, une loi tacite non écrite pré­valait dans la guerre entre le gou­ver­nement (israélien) et la gue­rilla : on peut tuer des hommes dans la rue, des fabri­cants de bombes, des francs-​​tireurs (…) » mais on ne touche pas aux diri­geants. Cette ligne rouge, franchie, teste aussi le niveau des réac­tions inter­na­tio­nales : le monde tempête mais n’agit pas. La voie est libre : c’est au tour de Ran­tissi, le 17 avril.

Avec ce nouvel assas­sinat, le gou­ver­nement israélien s’assure dura­blement d’une chose : C’est la guerre ouverte, sans fin, avec Hamas et c’est pré­ci­sément le but recherché.

Radicaliser Hamas 

Or, depuis le début mars, toutes les fac­tions pales­ti­niennes négo­ciaient la mise en place d’une coor­di­nation pour faci­liter une éven­tuelle pas­sation de pouvoir à Gaza, dans de bonnes condi­tions. Le dia­logue national entre l’ANP et Hamas, mille fois rompu, puis repris, sem­blait aussi repartir sur de bonnes bases. Cheikh Yassine s’était pro­noncé, à nouveau, solen­nel­lement, pour l’arrêt de toutes les opé­ra­tions mili­taires à partir de Gaza si le retrait israélien était total [10]. Et il appelait de ses vœux une direction pales­ti­nienne unifiée. En fait, depuis deux ans, et de façon répétée, le guide spi­rituel était régu­liè­rement fait le porteur de pro­po­si­tions de trêve. En rupture avec les posi­tions tra­di­tion­nelles de son mou­vement, pré­co­nisant un Etat musulman de la Médi­ter­ranée au Jourdain, il se disait prêt à accepter une « paix tem­po­raire » pro­longée - une hudna de trente ans - si un Etat pales­tinien voyait le jour en Cis­jor­danie et dans la bande de Gaza. « Le reste des ter­ri­toires, disait-​​il, sera laissé à l’histoire.  » Une manière de recon­naître, non la légi­timité, mais le fait israélien.

De fait, chef incon­testé et res­pecté par tous, il était le seul capable d’imposer ses choix aux mili­taires, mais aussi aux ultras de la direction exté­rieure à Damas. Tout le monde en convenait : Yassine était la face modérée, prag­ma­tique, de Hamas. Incar­nation de la ten­dance des Frères musulmans, il plaçait d’ailleurs le poli­tique et le mili­taire au second plan, et pri­vi­lé­giait l’option du repli sur l’associatif et le cari­tatif [11].

Pourquoi s’en prendre à lui ? Pourquoi se priver de l’interlocuteur dont Israël avait logi­quement tel­lement besoin pour assurer, demain, sa sécurité ?

C’est incom­pré­hen­sible. Sauf s’il s’agit, pré­ci­sément, d’une poli­tique : désor­ga­niser la tête pour favo­riser la ligne la plus dure au sein de Hamas, ali­menter la soif de ven­geance pour un cycle sans fin d’attentats. Comme le rap­pelle encore Uri Avnery, le mou­vement poli­tique sio­niste sait mieux que qui­conque qu’« il n’y a pas meilleure arme qu’un martyr pour une orga­ni­sation com­bat­tante ». Et si Sharon avait besoin abso­lument de la vio­lence pales­ti­nienne ? Et si l’ennemi était pré­ci­sément toute ten­tative de modé­ration et d’unité nationale ?

Enfin, l’un des buts recherchés pourrait être aussi de vouloir changer le rapport de forces interne dans Hamas, entre la direction « légitime » de l’intérieur (Gaza), plus prag­ma­tique, et celle de l’extérieur (Amman et aujourd’hui Damas, où vit Khaled Mechaal), plus idéo­lo­gique et par­tisane de la seule vio­lence, y compris interne.

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Sharon se débat dans des jeux de cartes qui repré­sentent les por­traits de Pales­ti­niens assas­sinés depuis des décennies.

Pour Elias Sanbar, il n’y a pas de doute : « Il y a (de la part d’Israël) une pas­sation de pouvoir très habile et cal­culée au Hamas, contrai­rement à toutes les ana­lyses qui pré­tendent que l’assassinat viserait à déca­piter le mou­vement et à l’affaiblir mor­tel­lement. » [12]. De fait, le mou­vement isla­mique semble béné­ficier aujourd’hui d’une popu­larité inégalée ; jamais son statut à la fois de victime et de champion de la lutte contre l’occupation n’a semblé aussi soli­dement implanté.

Changer la nature du conflit

Les risques de cette stra­tégie incen­diaire sont connus. « Au niveau inter­na­tional, c’est jouer la carte de Ben Laden et la logique du clash des civi­li­sa­tions. » [13]

C’est jouer aussi avec le feu en voulant trans­former la nature du conflit (national) en conflit reli­gieux. Les décla­ra­tions de feu Ran­tissi - « C’est la guerre à l’islam (…) ce sont des tueurs de pro­phètes  » - ou les réflexions d’un Ghassan Khatib redoutant le « retour à un conflit exis­tentiel » ne sont pas faits pour ras­surer. « C’est le début d’un nouveau cha­pitre du conflit israélo-​​palestinien. Le conflit passe du niveau d’un conflit national soluble à celui d’un conflit reli­gieux, qui, par sa nature même, est inso­luble. » [14]

Plus dan­gereux encore est « le signal fort donné, à dessein, à l’ensemble du monde musulman, écrit Jean-​​François Legrain. Sous l’autorité de cheikh Yassine, le Hamas avait, en effet, cir­conscrit sa lutte aux strictes limites de la Palestine. Privé de son guide spi­rituel et en l’absence de toute solution poli­tique viable de son point de vue, l’hypothèse de l’adhésion du mou­vement aux thèses du dji­ha­disme inter­na­tio­na­liste doit être envi­sagée (…) Le « martyre » du guide spi­rituel du Hamas peut désormais servir à n’importe quel groupe armé sur la planète pour légi­timer un attentat. » [15]

Redessiner les frontières

Sur le terrain, alors que la feuille de route n’est plus qu’une vague incan­tation et que le plan pour Gaza, salué comme un « progrès » par le G8, absorbe la diplo­matie inter­na­tionale, Sharon a les coudées franches. Depuis sa pro­cla­mation fin 2003 de « sépa­ration uni­la­térale », quatre graves incur­sions mili­taires san­glantes ont eu lieu sur le ter­ri­toire de Gaza, dont la plus récente à la mi-​​mai, où des crimes de guerre aggravés ont été commis [16]. Le moins qu’on puisse dire pour citer le chef de la diplo­matie fran­çaise, Michel Barnier est que « se retirer de Gaza après avoir détruit Gaza ne parait pas être la bonne solution.  » Alors, pourquoi ces opé­ra­tions ? Beaucoup a été dit sur la volonté de ras­surer l’état-major de Tsahal, hostile à l’évacuation et sou­cieux de priver le Hamas de la moindre vic­toire sym­bo­lique per­mettant aux isla­miques pales­ti­niens de se com­parer au Hez­bollah libanais. Ou encore sur la « soif de revanche » et la nécessité de remonter le moral des troupes, à terre après les scènes de ramassage de débris humains (suite aux attentats des 11 et 12 mai). Tout cela est vrai. On pourrait aussi évoquer la morgue colo­niale et les décla­ra­tions du général Moshe Yaalon - « il faut marquer au fer rouge la conscience des Pales­ti­niens » et les convaincre qu’« ils ne peuvent pas vaincre l’armée israé lienne  ». Mais comme le rap­pelle très jus­tement Elias Sanbar, « dans toutes les opé­ra­tions israé­liennes, il y a tou­jours un deuxième volet : les mas­sacres, les châ­ti­ments col­lectifs, ne visent pas qu’à frapper et punir ceux qui tiennent tête à l’occupation, mais aussi à pro­voquer des dépla­ce­ments de popu­lation », sur fond de « visées et de réamé­na­ge­ments territoriaux. » [17]

Que la zone fron­ta­lière de Rafah reste aux mains des Israé­liens, même s’il y a retrait, n’est pas anodin. Le camp de réfugiés de la ville occupe une position tout à fait par­ti­cu­lière puisqu’il s’étend de part et d’autre de la fron­tière telle qu’elle a été déli­mitée par les accords de paix avec l’Egypte : son tracé divise phy­si­quement des familles entières de réfugiés pales­ti­niens, séparées par des rangées de bar­belés et un no man’s land : le fameux « couloir » dit de « Phi­la­delphie ». C’est ce couloir stra­té­gique qui explique les opé­ra­tions répétées contre cette zone. Bien plus que les tunnels et les ache­mi­ne­ments d’armes. Redes­siner les fron­tières, encore et tou­jours, hier comme aujourd’hui, ici à Gaza comme en Cis­jor­danie, avec les murs, et demain la vallée du Jourdain. La section V du plan retrait de Gaza prévoit nom­mément qu’un « élar­gis­sement phy­sique de la route (Phi­la­delphie) pourrait être néces­saire pour la mise en œuvre d’actions mili­taires. » L’analyste mili­taire et fin connaisseur, Alex Fishman, constate que « la réa­li­sation d’un vieux rêve - élargir la route " Phi­la­delphia " jusqu’à la porter à un kilo­mètre de largeur au minimum - est en cours depuis déjà deux ans. » [18] Il confirme que le creu­sement de ce fossé géant et l’allongement du mur d’acier face à la zone urbaine de Rafah fait partie inté­grante du « retrait ». Voilà qui donne un nouvel éclairage aux des­truc­tions mas­sives et répétées de maisons pales­ti­niennes dans la région de Rafah. Et qui prédit de nou­velles opé­ra­tions de "net­toyage" pour pousser les habi­tants sans abri plus haut, plus loin. On voit bien comment, faute de coopé­ration avec l’Autorité pales­ti­nienne, la bande de Gaza, même évacuée, restera dans l’orbite d’une armée israé­lienne, pré­sente partout, sur terre, en mer et dans l’air. C’est ce que Gilles Paris, dans Le Monde, appelle l’obsession d’« une volonté de contrôle absolu. »

Enterrer l’Etat palestinien

Pendant que les chan­cel­leries occi­den­tales s’obstinent à dis­socier le volet « Gaza » de son pendant expan­sion­niste cis­jor­danien, entre­tenant la vir­tualité d’un illu­soire déblocage poli­tique, les travaux sur les Murs cara­colent. Que peuvent les avis de la Cour inter­na­tionale de justice face à la caution amé­ri­caine donnée au pro­cessus d’annexion ? Fort de cet appui, Sharon a d’ailleurs promis à son rival Neta­nyahou qu’aucune colonie de Gaza ne serait évacuée avant que les travaux d’érection des murs soient entiè­rement achevés. Selon un récent rapport de l’Onu, la portion nord du Mur (144 km) et la section sud (365 km) iso­leront 274.000 Pales­ti­niens les enfermant dans de minus­cules enclaves. Quatre cent mille Pales­ti­niens n’auront plus accès librement à leurs champs, à leurs emplois, à leurs écoles, à leurs hôpitaux… qui pas­seront sous le contrôle de l’armée israé­lienne ou des colons. A terme, l’Onu prédit que le tracé défi­nitif des murs pourrait annexer à Israël environ la moitié de la Cisjordanie.

Et une fois le mur terminé, annonce Sharon, « nous aurons à résoudre la question de la pré­sence de cen­taines de mil­liers de Pales­ti­niens illégaux vivant en Israël », pavant la voie à de futurs dépla­ce­ments de population.

George W. Bush peut faire mine que la feuille de route n’est pas morte, il ne bronche pas devant la construction en cours de la « petite der­nière » : la colonie de Nof Zahav, au centre du village pales­tinien de Jabal Mukhabir, près de Jéru­salem. Elle contre­vient tota­lement à l’esprit et à la lettre de la feuille de route, et alors ? Il est vrai que le plan Bush-​​ Sharon n’aborde même plus la question de Jéru­salem qui passe à la trappe dans la lettre de garantie amé­ri­caine. Or Nof Zahav a un objectif stra­té­gique annoncé : den­sifier encore l’anneau des colonies israé­liennes encer­clant et étran­glant Jérusalem-​​ Est.

« Nous, acti­vistes de paix israé­liens et pales­ti­niens mani­festons contre les men­songes de Sharon. A Herzliya, il a parlé de déman­teler les colonies, et ici, dans le cœur d’un village pales­tinien de 15000 habi­tants (Jabal Mukhaber), une nou­velle colonie est en train d’être construite sous nos yeux », s’indigne Ran Cohen, du Meretz. Il sait de quoi il parle : sur les huit « avant-​​postes » jugés « illégaux » par Sharon et détruits à grands ren­forts de publicité média­tique durant l’été 2003, cinq ont été aus­sitôt recons­truits, mais en catimini. Au total, cinquante-​​six nou­velles colonies ont vu le jour entre 2002 et 2003, relève Mustafa Bar­ghouti, secré­taire général de l’Initiative Nationale Palestinienne.

Même dans la bande de Gaza, les acti­vités de colo­ni­sation ne se sont pas arrêtées. A Net­zarim, vouée prio­ri­tai­rement au déman­tè­lement tant la colonie est isolée, les travaux de ren­for­cement s’intensifient de façon absurde.L’arméeisraélienne construit,àcoupsdemillionsde shekels, une nou­velle bar­rière élec­tro­nique autour de l’implantation. [19]

La der­nière « trou­vaille » israé­lienne : créer des emplois à forte valeur ajoutée dans les colonies absorbées par le Mur, où se mul­ti­plie­raient les parcs indus­triels dont pour­raient béné­ficier… les Pales­ti­niens. Le projet a été exposé fin 2003 par le ministre israélien de la Défense, Shaul Mofaz, lors de sa visite aux Etats-​​ Unis. Qu’un mili­taire se pré­occupe d’économie n’a semblé étonner per­sonne. Sou­cieuse de l’effondrement écono­mique dans les ter­ri­toires pales­ti­niens et de ses consé­quences mor­ti­fères, la Maison Blanche a jugé l’initiative sédui­sante. Si les projets de Mofaz devait voir le jour, les tra­vailleurs pales­ti­niens, faute d’alternative, seraient de facto com­plices de l’annexion, pour nourrir leurs familles. [20]

La solution que Sharon prétend imposer aux Pales­ti­niens n’a pas changé, même s’il consent aujourd’hui à l’appeler « Etat » : des ban­toustans, enserrés dans un cadenas de colonies juives, où les Pales­ti­niens y gére­raient leurs propres affaires, sans aucune forme de sou­ve­raineté ter­ri­to­riale et sous la conduite de diri­geants locaux - « le gou­ver­nement israélien renouant ainsi avec les vieilles pra­tiques de gestion colo­niale des popu­la­tions « autoch­tones » [21] . On reconnaît bien, dans cette négation de l’indépendance pales­ti­nienne, le rêve sio­niste que nourrit Sharon depuis tou­jours. La mani­pu­lation devrait être faci­lement démon­table. Mais « ce qui brouille tota­lement les cartes, c’est le langage. Le monde entier se com­porte comme si un Etat pales­tinien allait voir le jour et en même temps tout un dis­po­sitif est mis en pl1ace pour que cet Etat ne puisse pas (naître) » [22]

La maturité palestinienne

Pour l’heure, le « trem­blement de terre » promis par Hamas pour se venger n’a pas eu lieu. Ni les bri­gades Ezzeddine Al-​​ Qassam, ni les ser­vices de sécurité de l’ANP - pourtant en pleine ébul­lition et révolte - ne sont tombés dans le piège. Le spectre de la guerre civile obsède tout le monde. Il faut sou­ligner ici la maturité de la réaction pales­ti­nienne. Les pour­parlers pour intégrer les mou­ve­ments isla­miques au sein d’une direction unifiée se pour­suivent, dif­fi­ciles mais pro­met­teurs. S’ils arri­vaient à terme, en dépit des ten­ta­tives israé­liennes de sabotage, la nou­velle entité res­sem­blerait à s’y méprendre à l’ancienne OLP, cha­peautant l’ensemble des forces natio­nales. Il res­terait alors à cette direction à tout mettre en œuvre pour répondre au prin­cipal défi stra­té­gique : comment agir effi­ca­cement contre la colo­ni­sation pour sauver la terre pales­ti­nienne et par-​​delà tout le projet poli­tique de la coexis­tence entre deux Etats porté par l’OLP depuis trois décennies. Des­serrer l’étau autour de Yasser Arafat, la pro­chaine cible annoncée des diri­geants israé­liens, est aussi une priorité fon­da­mentale. Le jeu des Egyp­tiens, réin­tro­duits sur la scène diplo­ma­tique depuis le lan­cement du plan de retrait de Gaza, est inquiétant. Les allées et venues à Ramallah de leur émis­saire, le général Omar Suleiman, chargé d’obtenir que l’Autorité pales­ti­nienne se décide à engager des réformes ins­ti­tu­tion­nelles néces­saires cachent autre chose. Petit à petit se met en place le projet de mise à l’écart, en douceur, de Yasser Arafat. Sans réforme, l’Egypte prétend qu’elle ne pourra désormais plus garantir la sécurité phy­sique du pré­sident. « Un message très pro­ba­blement amé­ricain : si Arafat ne cède pas aux demandes, les Etats-​​Unis lèveront l’interdit et la ligne rouge imposée aux Israé­liens concernant son élimi­nation. » [23] En attendant, sur le terrain, le recen­trage très net des opé­ra­tions mili­taires du Hamas depuis plus de deux mois à l’intérieur des ter­ri­toires occupés contre des cibles mili­taires et les colons armés, est la seule bonne nou­velle du moment. Il faut espérer qu’il s’agit bien là d’une ligne stra­té­gique et non d’un aveu de fai­blesse, résultant du dis­po­sitif sécu­ri­taire israélien dra­conien. L’avenir le dira.

[1] Dans sa lettre solen­nelle du 14 avril adressée à Bush, Sharon s’engageait à évacuer toutes les colonies de Gaza. La lettre de garantie de Bush s’appuie sur cette promesse.

[2] Chro­nique d’Uri Avnery, « Boire la mer à Gaza », 5 juin 2004.

[3] Par 59,5% des voix, les 193 000 membres du Likoud consultés par réfé­rendum rejettent, le 2 mai 2004, le plan de retrait de Gaza. Sûr de l’emporter, Sharon avait dit : « Ceux qui voteront contre mon plan voteront contre moi ».

[4] De 1953 à 1954, l’unité 101, com­mandée par le général Sharon, s’est rendue célèbre par la bru­talité de ses crimes. Le plus connu d’entre eux demeure le mas­sacre de Qibya (14 octobre 1953) où 69 civils pales­ti­niens, dont la moitié de femmes et d’enfants, ont été mitraillés et 45 maisons dynamitées.

[5] Peretz Kidron, « Sharon’s Sights on Stra­tegic Objective », MERIP, 14 avril 2004.

[6] id. note 2.

[7] Gilles Paris, Le Monde, 28 mai 2004

[8] Char­maine Seitz, « A New kind of killing » MERIP, 30 mars 2004.

[9] Yossi Alpher, « Israël tire profit des actions amé­ri­cains, c’est le moins qu’on puisse dire », Daily Star, 5 mai 2004.

[10] Décla­ration repro­duite notamment sur le site de la branche armée du Hamas, le 11 mars 2004.

[11] Jean-​​​​François Legrain, L’Humanité, 24 mars 2004.

[12] Elias Sanbar, chro­nique sur Radio­Mé­di­ter­ranée inter­na­tionale, 26 mars 2004.

[13] Jean-​​​​François Legrain, Le Figaro du 29 mars 2004.

[14] Jean-​​​​François Legrain, Le Figaro du 29 mars 2004.

[15] Chro­nique d’Uri Avnery, « Trois généraux, un martyr », 27 mars 2004.

[16] Raids san­glants du 12 février 2004, du 8 mars, du 17 au 21 mars et du 14 au 27 mai à Rafah.

[17] Elias Sanbar, chro­nique du 21 mai 2004, radio MEDI.

[18] in Yediot Aha­ronot, du 19 mars 2004

[19] Tanya Reinart, sur Zmag​.org, 21 mars.

[20] Joel Beinin, « Sharon’s Uni­la­teral Steps », MERIP, 31 décembre 2003.

[21] Alain Gresh, Le Monde diplo­ma­tique, avril 2004.

[22] Elias Sanbar, chro­nique du 16 avril 2004, radio MEDI.

[23] Al-​​​​Quds al-​​​​Arabi in Le Cour­rie­rIn­ter­na­tional du 7 juin et Elias Sanbar, chro­nique du 4 juin 2004, radio MEDI.