Reprise des négo­cia­tions de paix avec Israël : Mahmoud Abbas met Obama devant ses responsabilités

Mokrane Ait Ouarabi, jeudi 12 novembre 2009

Pas de reprise de négo­cia­tions de paix avec Israël sans le gel des colonies. Mahmoud Abbas le fait savoir dans un dis­cours pro­noncé, hier, à Ramallah en Cis­jor­danie, à l’occasion du 5e anni­ver­saire de la mort de Yasser Arafat, leader his­to­rique de la cause palestinienne.

Usant d’un ton ferme, M. Abbas semble décidé à ne plus courber l’échine. Il réclame ainsi un gage de bonne volonté de la part de l’Etat israélien et met son prin­cipal sponsor, à savoir Washington, devant ses res­pon­sa­bi­lités. « Le retour aux négo­cia­tions dépend de l’adhésion d’Israël aux termes de réfé­rence de la paix, et cela com­prend l’arrêt de toutes les colonies, y compris la crois­sance natu­relle dans les implan­tions et incluant Jéru­salem », a clamé M. Abbas. S’exprimant devant des dizaines de mil­liers de mani­fes­tants ras­semblés pour rendre hommage au défunt Yasser Arafat, le pré­sident de l’Autorité pales­ti­nienne a ajouté : « Il est de notre droit de demander le déman­tè­lement de toutes les colonies car elles sont illé­gales. » Mahmoud Abbas, qui a annoncé sa volonté de ne pas briguer un nouveau mandat lors des pro­chaines élec­tions géné­rales en janvier 2010, cherche, selon toute vrai­sem­blance, à ter­miner son mandat la tête haute, lui qui a été accusé par ses adver­saires, notamment le Hamas, de n’avoir rien fait pour faire avancer la cause palestinienne.

Ce revi­rement spec­ta­cu­laire du pré­sident Abbas est considéré par nombre de Pales­ti­niens comme un réveil tardif – mais néces­saire – de l’Autorité pales­ti­nienne. « Le moment de vérité est venu et nous devons être francs avec le peuple pales­tinien et lui dire que nous ne sommes pas par­venus à une solution à deux Etats (israélien et pales­tinien) après 18 ans de négo­cia­tions », a indiqué à la presse le négo­ciateur pales­tinien Saëb Erakat. Selon lui, « le pré­sident Abbas est arrivé au point où il faut dire qu’Israël ne veut pas de solution ou de pro­cessus de paix menant à l’établissement d’un Etat pales­tinien indépendant ».

Jeu et enjeux

Cinq ans après la mort de Yasser Arafat, fon­dateur de l’Organisation de libé­ration de la Palestine (OLP), le pro­cessus de paix israélo-​​palestinien se trouve au point mort. Les négo­cia­tions sont blo­quées depuis plus d’un an en dépit des efforts de la com­mu­nauté inter­na­tionale pour le relancer. La pour­suite de la poli­tique israé­lienne de la colo­ni­sation avec la construction de nou­velles colonies en Cis­jor­danie constitue un véri­table frein à l’initiative de paix entre les deux Etats. Même le gel partiel de la construction, proposé par l’Etat hébreu, ne se concrétise tou­jours pas sur le terrain. La demande du pré­sident pales­tinien va-​​t-​​elle être prise en compte ? Il faut rap­peler que le gou­ver­nement de Benyamin Neta­nyahu refuse tout préa­lable à la reprise des négo­cia­tions. Et le pré­sident amé­ricain, Barack Obama, qui a beaucoup parlé du pro­cessus de paix israélo-​​palestinien, n’a jusque-​​là rien apporté de nouveau. Son appel au gel des colonies est com­plè­tement ignoré par les Israé­liens qui lui demandent de recon­si­dérer sa position.

Pourtant, Barack Obama s’était montré ferme lors de son dis­cours « his­to­rique » au Caire. Ayant reçu, l’un après l’autre, en mai dernier, le Premier ministre israélien, Benyamin Neta­nyahu, et le pré­sident de l’Autorité pales­ti­nienne, Mahmoud Abbas, à la Maison-​​Blanche, le pré­sident amé­ricain a demandé à Israël de faire un effort sur la question des colonies. Mais voilà que quelques mois après, c’est la Maison-​​Blanche qui cède devant le lobby sio­niste. Il y a quelques jours, la secré­taire d’Etat amé­ri­caine, Hillary Clinton, a appelé Israé­liens et Pales­ti­niens à relancer le pro­cessus de paix « sans condi­tions ». Ainsi, Washington ne fait plus du gel des colonies la condition sine qua non d’un retour à la table des négo­cia­tions. Mahmoud Abbas se sent-​​il trahi par l’Administration Obama ? Sûrement. [1]

[1] voir aussi :

Ce que veut Abbas

S’il n’aime pas l’Intifada et s’il se gausse des roquettes du Hamas, cela ne l’exempte pas d’agir en politique.

Il y a du pathé­tique chez Mahmoud Abbas. Les appa­reils qu’il contrôle à travers le Fatah orga­nisent des mani­fes­ta­tions pour lui demander de revenir sur sa décision de ne pas briguer un deuxième mandat et cela n’a rien de sur­prenant. Ce qui sur­prend par contre, c’est une décla­ration d’une inquié­tante naïveté de celui qui est censé être le dépo­si­taire des aspi­ra­tions pales­ti­niennes et celui qui, au moins depuis Oslo, négocie au nom de son peuple.

Il semble, a-​​​​t-​​​​il dit, en parlant d’Israël, qu’il « ne veut pas la paix, qu’il rejette le concept de deux Etats… Je ne sais donc pas ce qu’ils veulent ». C’est un étrange aveu pour celui qui négocie depuis des années avec les Israé­liens sous le patronage des Amé­ri­cains. Si on n’a pas une idée de ce que veut un adver­saire surarmé, soutenu aveu­glément par les Etats-​​​​Unis qui n’ont rien de parrain « impartial », sur quoi ont porté les négo­cia­tions ? Et qu’y a-​​​​t-​​​​il à négocier quand on constate aussi clai­rement qu’Israël ne « veut pas la paix » et « rejette le concept de deux Etats ». Quand on a énoncé ce constat, comment oser dire qu’on ne sait pas ce que veut Israël !

Etre « modéré » n’est pas une tare, c’est même souvent une qualité. Mais dans l’interminable pro­cessus d’épuration eth­nique et des humi­lia­tions et des vio­lences quo­ti­diennes subies par le peuple pales­tinien, la « modé­ration » est un terme impropre. Dans le meilleur des cas, il est le fait de gens qui ont perdu toute sen­si­bilité à l’égard des souf­frances des Pales­ti­niens. Cela va des diri­geants arabes à une caste de diri­geants pales­ti­niens qui a fait de la « négo­ciation » sans fin sa rente de situation. Ces hommes, à trop fré­quenter les grands hôtels et les chan­cel­leries, se sont trop éloignés des logiques mili­tantes qui consi­dèrent que le soutien de la popu­lation fait partie de l’action poli­tique et diplo­ma­tique. Au point que Mahmoud Abbas n’arrive pas à com­prendre qu’un Etat qui ne veut pas la paix et ne veut pas d’un Etat pales­tinien, ne veut que la guerre.

Quand face à des pré­mices aussi claires, le chef de l’Autorité pales­ti­nienne n’arrive pas à l’inévitable conclusion, cela signifie qu’il continue à « jouer ». Quand le pré­sident israélien Shimon Peres demande « en col­lègue » à Mahmoud Abbas de ne pas partir, on peut consi­dérer qu’il a intérêt à ce faux pro­cessus de paix où, sous couvert d’une Autorité pales­ti­nienne fictive, Israël poursuit sa poli­tique guer­rière. Il faut espérer qu’il reste quelques sou­venirs à Mahmoud Abbas et qu’il ne croit pas un instant Shimon Peres quand il affirme que « connaissant mon peuple et le gou­ver­nement d’Israël, je veux vous dire qu’Israël veut une paix véritable ».

Mahmoud Abbas n’a pas à per­son­na­liser les choses et à rendre les Pales­ti­niens otages de sa propre impasse. S’il n’aime pas l’Intifada et s’il se gausse des roquettes du Hamas, cela ne l’exempte pas d’agir en poli­tique. Quand il constate qu’Israël ne veut pas la paix, il doit en conclure qu’il veut la guerre. Les Pales­ti­niens savent ce que veut Israël. Ils attendent de savoir ce que veut Abbas.

K. Selim

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