Réponse de la mère de Salah Hamouri à la lettre scandaleuse de Rama Yade

Denise Hamouri, vendredi 23 mai 2008

"Vous ne pouvez vous trans­former en avocate de la justice mili­taire israé­lienne, Madame la Secré­taire d’Etat aux droits de l’Homme en France !"

Madame Annick-​​ Denise Hamouri Po box 19587 Jérusalem

Jérusalem, le 20 mai 2008

Madame la Secrétaire d’Etat,

Je me permets de vous adresser ce courrier suite à votre lettre datée du 13 mai que m’a transmis bien évidemment Mon­sieur Jean-​​Claude Lefort, député hono­raire, concernant la situation de mon fils Salah Hamouri détenu injus­tement en Israël.

Je dois vous avouer, Madame, que votre lettre m’a pro­fon­dément choquée. Vous y donnez en effet cer­taines « infor­ma­tions » qui méritent cor­rec­tions et rectifications.

Tout d’abord, je rap­pelle que c’est dans le cadre d’une Cour de justice mili­taire que Salah et nous-​​mêmes ses parents avons du accepter un « plea bargain » (un com­promis). Nous n’avions pas d’autres choix. C’était « soit vous acceptez 7 ans de prison, soit vous prenez la res­pon­sa­bilité d’encourir une peine plus lourde ». C’est à la suite de ce chantage et dans ce cadre tout par­ti­culier, qui ne vous échappera pas, que Salah a déclaré être en « accord » avec l’énoncé des faits et ne rien avoir à déclarer. C’est clair.

Vous appelez une « ten­tative d’assassinat avec pré­mé­di­tation » le fait d’être passé en voiture avec un ami devant la maison du Rabbin Yossef Obadia et d’avoir pensé un moment à le tuer, cela sans aucune arme ni muni­tions et sans que rien de concret n’ait été prouvé. Vous ne pouvez vous trans­former en avocate de la justice mili­taire israé­lienne, Madame la Secré­taire d’Etat aux droits de l’Homme en France !

Vous pré­cisez ensuite que Mousa Darwish a été condamné à 12 années de prison pour ces « faits », sous-​​entendu : Salah doit s’estimer heureux de la clé­mence du juge qui ne lui en a donné que sept…. Peut-​​ être devrions-​​nous aussi le remercier ?

Concernant l’appartenance au FPLP, Salah est accusé (tou­jours dans le cadre de ce « plea bargain » qui ne laisse pas de choix) d’appartenir à un mou­vement de jeu­nesse « proche » du FPLP. Il y a ici une nuance cer­taine (son avocate, Maître Lea Tsemel, pourrait vous l’expliquer)

Vous écrivez plus loin que le 17 avril, Salah ne s’étant pas excusé, le juge l’a donc condamné !!!! Je dois com­prendre que s’il avait pré­senté des regrets ou des excuses, il serait à la maison ? C’est bien mal connaître la justice mili­taire occupante !

Nous avons aus­sitôt posé la question à Maitre Lea Tsemel, en pré­sence du repré­sentant du Consulat Général de France à Jéru­salem qui peut en attester, et nous lui avons demandé si elle était en mesure de nous donner des garanties sur une autre issue s’il s’était excusé. Elle nous a répondu qu’elle ne pouvait évidemment pas en donner (ni peine moins sévère, ni encore moins libé­ration). C’est un « plea bargain » encore une fois, où on se met d’accord par avance sur la sen­tence. C’est peut être étrange pour vous mais c’est courant ici.

Salah ne s’est pas excusé et ne il s’excusera pas dès lorsqu’il n’a rien fait. Le rabbin Obadia Youssef s’est-il excusé auprès des Pales­ti­niens quand il a dit publi­quement que les Arabes étaient des « cafards qu’il fallait exterminer » ?

Madame, on ne s’excuse pas de vivre sous une occu­pation étrangère car là est le pro­blème central que vous occultez. Il n’est pas men­tionné une seule fois dans votre courrier que la Palestine est occupée illé­ga­lement par Israël. Cet « oubli » est pour le moins étrange de la part d’une Ministre qui, de sur­croît, est en charge des droits de l’Homme dans le monde.

Les droits de l’Homme com­mencent par la dignité. Et Salah ne perdra pas la sienne en s’excusant comme un petit garçon honteux auprès d’un repré­sentant de l’occupation.

En conclusion, vous lui sou­haitez de finir sa peine de 7 ans en prison avec, il est vrai, l’assistance des agents consu­laires. Merci beaucoup…

J’ai pourtant lu au point de presse du MAE (24 avril) que la France avait une nou­velle position offi­cielle au sujet de Salah et qu’elle demandait désormais une « issue huma­ni­taire » compte tenu des 3 années déjà passées en prison. C’est d’ailleurs ce que dit aussi l’Elysée. Mais rien de tel dans votre courrier… Pourrais-​​je savoir pourquoi ? Il s’agit pourtant de votre Ministère et de la Présidence ….

En espérant que ces infor­ma­tions vous appor­teront les éclair­cis­se­ments néces­saires, je vous prie d’agréer, Madame la Secré­taire d’Etat, l’expression de mes sen­ti­ments distingués.

Madame Annick-​​ Denise Guidoux –Hamouri


Voici la lettre hon­teuse que la Secré­taire d’Etat, reprenant à son compte les thèses de l’occupant, a osé écrire au député hono­raire Jean Claude Lefort qui l’avait légi­ti­mement inter­pelée. Il a com­mu­niqué cette lettre à la famille de Salah :

Ministère des Affaires étrangères et européennes

Le secré­tariat d’Etat chargé des Affaires étran­gères et des droits de l’homme

N° 1532

Paris, le 13 mai 2008

Monsieur le Député,

Par votre courrier en date du 11 avril, vous avez bien voulu appeler mon attention sur le procès de Mon­sieur Salah Hamouri, res­sor­tissant franco-​​palestinien, accusé d’appartenance au FPLP et de ten­tative d’assassinat d’une per­son­nalité reli­gieuse, et je vous en remercie.

Afin de répondre à vos inquié­tudes sur la situation de Mon­sieur Hamouri, je tenais à vous faire part d’un certain nombre d’informations sur le sujet.

Lors de l’audience le 10 avril dernier, Mon­sieur Hamouri a reconnu avoir été en com­pagnie de Mon­sieur Moussa Darwish, accusé d’avoir voulu assas­siner le rabbin Obadia Yossef et condamné pour cette ten­tative d’assassinat à 12 ans de prison. Mon­sieur Hamouri a reconnu qu’il avait essayé d’expliquer à son camarade qu’il valait mieux reporter cette ten­tative par manque d’armes et de muni­tions. Le juge a alors accusé le prévenu de ten­tative d’assassinat avec pré­mé­di­tation. Mon­sieur Hamouri a déclaré être en accord avec l’énoncé des faits et n’avoir rien à ajouter.

Le 17 avril dernier, le juge a relevé que Mon­sieur Salah Hamouri n’a exprimé aucun regret et l’a condamné à une peine de réclusion assortie d’une peine pro­ba­toire de 3 ans à sa libération.

Des agents consu­laires repré­sentant notre poste ont été pré­sents durant tout le dérou­lement du procès de Mon­sieur Hamouri et ont assisté la famille du prévenu. Natu­rel­lement, notre repré­sen­tation consu­laire conti­nuera de porter assis­tance au détenu et à sa famille dans le cadre de la pro­tection consulaire.

Je vous prie…

Signé : Rama Yade