Rendez-​​moi ma maison

Michel Warschawski, lundi 9 novembre 2009

Des colons veulent récu­pérer des biens qui auraient appartenu à des Juifs dans les années 30. Sur ce principe, les Pales­ti­niens sont en droit de reven­diquer la pro­priété de mil­liers de maisons à Jérusalem.

Une fois de plus Jéru­salem est au cœur de l’actualité. Une fois de plus, des colons israé­liens, pro­tégés par un grand nombre de poli­ciers armés, ont pénétré l’esplanade des Mos­quées de Jéru­salem pour y pro­voquer non seulement les pra­ti­quants qui s’y trou­vaient, mais le peuple pales­tinien tout entier. Les gaz lacrymos et les gre­nades ont été uti­lisés contre les musulmans qui étaient venus prier, pas contre les assaillants.

C’est exac­tement ainsi qu’avait débuté ce qu’on appelle la seconde Intifada, en sep­tembre 2000, mettant les ter­ri­toires pales­ti­niens occupés à feu et à sang en quelques jours. A l’époque, il s’agissait d’une pro­vo­cation déli­bérée du gou­ver­nement Barak qui cher­chait un pré­texte pour mettre fin à ce qu’on appelait encore « le pro­cessus de paix » et reprendre des mains des Pales­ti­niens les maigres acquis du pro­cessus d’Oslo. Aujourd’hui, il n’y a plus rien à reprendre, si ce n’est ce qui reste de cré­di­bilité au pré­sident Mahmoud Abbas.

Que signifie donc cette agression ? En fait, elle n’est pas isolée, et par­ticipe d’un plan plus général qui vise à ren­forcer la mainmise israé­lienne sur Jérusalem-​​Est à Silwan, des colons – sou­tenus par le gou­ver­nement et la muni­ci­palité israé­lienne – occupent le quartier et, à Sheikh Jarrah, plu­sieurs bâti­ments ont été récemment squattés par des colons pré­textant qu’il s’agissait de maisons ayant appartenu à des Juifs …. Dans les années rente.

Lundi, nous étions quelques dizaines de Pales­ti­niens, d’Israéliens et d’internationaux à mani­fester contre la colo­ni­sation à Silwan, pro­vo­quant rapi­dement l’intervention de la police et l’arrestation de trois per­sonnes, dont une diplomate grecque. Avant l’arrivée des forces de l’ordre, il y a eu quelques propos échangés avec un des colons. Ce dernier expli­quait aux inter­na­tionaux qu’il ne faisait que récu­pérer des biens qui appar­te­naient, il y a plu­sieurs décennies, à des Juifs. Au-​​delà du fait qu’aucun des pro­prié­taires ori­ginels ne lui ait donné le droit de parler – et d’agir – en leur nom, ce colon se tirait une balle dans le pied, et un des rési­dents pales­ti­niens le lui a bien fait comprendre.

« S’il s’agit d’un pro­blème de pro­priété », a-​​t-​​il dit, « je suis d’accord, à condition que ce principe soit appliqué inté­gra­lement à tous, et que nous, les Pales­ti­niens, puis­sions récu­pérer nos biens, ins­crits au cadastre, qui se trouvent à Jérusalem-​​Ouest … »

Pas de doute : non seulement ce serait justice, mais cela repré­sen­terait aussi une excel­lente affaire pour les Pales­ti­niens. Si on appli­quait le principe de réci­procité, les Juifs récu­pé­re­raient quelques immeubles et quelques dizaines d’hectares Cis­jor­danie et à Jérusalem-​​est. Les Pales­ti­niens, eux, pour­raient en échange récu­pérer des mil­liers de maisons et des mil­liers d’hectares à Jéru­salem et en Israël.

Mais arrêtons de rêver. Dans l’état actuel des choses, c’est la colo­ni­sation qui dicte les règles du jeu : s’appuyant sur le droit de pro­priété et sur la loi du plus fort, Israël continue à spolier les Pales­ti­niens de leurs droits et de leurs terres. A Silwan et à Sheikh Jarrah, ces der­niers nous montrent qu’ils ne sont pas prêts à lâcher et s’organisent pour défendre leurs biens, leurs droits et et leur pays. A nous tous de leur prêter main-​​forte.