Afp, jeudi 1er juillet 2010
Ankara a confirmé la tenue d’une réunion secrète de deux ministres en vue de surmonter la crise entre les deux pays aggravée par l’affaire de la flottille", alors que le rapport officiel confirme que les militants pacifistes ont été abattus.
Le ministre israélien du Commerce, Benjamin Ben Eliezer, a rencontré secrètement le ministre turc des Affaires étrangères, Ahmet Davutoglu, pour tenter d’améliorer les relations entre les deux pays, actuellement au plus bas, ont révélé mercredi soir des médias israéliens.
La chaîne de télévision turque NTV a elle aussi fait état de la rencontre.
Ces informations ont été confirmées pour l’essentiel par le bureau du Premier ministre Benjamin Netanyahu, qui a déclaré avoir autorisé une telle rencontre. Elles ont en revanche suscité la colère du ministre israélien des Affaires étrangères Avigdor Lieberman, qui a violemment protesté contre le fait que la rencontre avait eu lieu à son insu.
Interrogés par l’AFP, des collaborateurs de M. Davutoglu et du Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan ont refusé de confirmer ou de démentir la tenue d’une rencontre entre MM. Ben Eliezer et Davutoglu.
Selon la télévision israélienne Channel 2, M. Ben Eliezer, qui a de bons rapports personnels avec M. Davutoglu, l’a rencontré il y a quelques jours quelque part en Europe. Channel 2 n’a pas fourni de détails sur la réunion.
Le site internet du quotidien israélien Haaretz a déclaré qu’elle s’était déroulée en Suisse.
Selon la télévision turque NTV, MM. Davutoglu et Ben Eliezer se sont rencontrés pendant plus de deux heures mercredi dans une suite d’un hôtel de Bruxelles, où le chef de la diplomatie turque se trouvait pour discuter des négociations en vue de l’adhésion de son pays à l’Union européenne.
Il s’agit de la première rencontre israélo-turque au niveau ministériel depuis l’arraisonnement le 31 mai par la marine israélienne d’une flottille internationale qui tentait de forcer le blocus de la bande de Gaza. Au cours d’affrontements survenus sur le navire amiral de la flottille, le bateau turc Mavi Marmara, neuf militants turcs avaient été tués [1].
L’affaire de la flottille a encore détérioré les relations déjà très mauvaises entre les deux anciens alliés. Ankara a rappelé son ambassadeur et annulé trois manoeuvres militaires conjointes.
Le bureau de M. Lieberman a déclaré dans la soirée que la rencontre israélo-turque avait eu lieu sans que le ministère israélien des Affaires étrangères en ait été informé et sans son approbation.
« Le ministre des Affaires étrangères considère comme grave le fait que cela s’est produit sans que le ministère en soit informé », indique le communiqué, qui ne mentionne pas les noms de M. Ben Eliezer et de M. Davutoglu.
« C’est une insulte aux normes de comportement communément acceptées et un coup sévère à la confiance entre le ministre des Affaires étrangères et le Premier ministre », déclare le communiqué.
Le bureau de M. Netanyahu a indiqué pour sa part que le Premier ministre avait approuvé une demande de M. Ben Eliezer d’avoir une rencontre non officielle avec « une personnalité turque ». Dans un communiqué, il a attribué à « des raisons techniques » l’absence de coordination avec le ministère des Affaires étrangères.
Selon la télévision turque NTV, MM. Davutoglu et Ben Eliezer sont convenus de garder leur rencontre secrète, de ne communiquer le contenu de leur entretien qu’à leurs Premiers ministres respectifs et de se revoir secrètement à une date indéterminée.
La rencontre a été cachée au négociateur en chef turc Egemen Bagis et au ministre de l’Agriculture Mehdi Eker, qui se trouvaient à Bruxelles avec M. Davutoglu, indique NTV, qui ne cite pas de source.
Selon la chaîne turque, les deux ministres ont discuté des moyens de réparer les relations bilatérales, et M. Davutoglu a réitéré la position d’Ankara selon laquelle Israël doit présenter des excuses pour l’arraisonnement du Mavi Marmara [2].
[1] voir RFI :
L’attaque de la flottille internationale pour Gaza par l’armée israélienne le 31 mai 2010 a fait neuf victimes turques. Ce mardi 29 juin, des rapports d’autopsies effectuées en Turquie montrent que sept des neuf victimes ont été criblées de balles et cinq d’entre elles ont été touchées à la tête. Ces documents ont été remis aux familles des victimes qui ont saisi la justice. Ils accablent l’armée israélienne. Les soldats ont tiré pour éliminer les militants et non pour les maîtriser…
http://www.rfi.fr/europe/20100629-f…
[2] voir aussi
Les répercussions de l’assaut de l’armée israélienne contre la flottille d’aide humanitaire destinée à Gaza sur les relations israélo-turques se multiplient.
La Turquie a interdit à deux avions de l’armée israélienne le survol de son espace aérien à deux reprises.
« Cela [l’interdiction de survol] ne signifie pas que nous allons les refuser à l’avenir, mais nous allons les prendre au cas par cas », a indiqué une source diplomatique turque, parlant sous le couvert de l’anonymat, confirmant que les vols civils ne sont pas concernés.
Lundi, le premier ministre Recep Tayyip Erdogan avait annoncé une interdiction de survol portant sur un avion, et la presse turque avait fait état dans la soirée d’une deuxième interdiction.
Ankara est pourtant liée à Israël par des accords de coopération militaire depuis 1996.
La Turquie, membre de l’OTAN, a déjà exclu Israël, début juin, de manoeuvres aériennes conjointes, et a rappelé son ambassadeur à Tel-Aviv.
Le gouvernement turc réclame d’Israël des excuses, des dommages pour les familles des neuf victimes de l’assaut, une enquête internationale sur le raid, la libération des trois navires turcs saisis pendant l’opération et la fin du blocus de Gaza.
Froid entre Washington et Ankara
M. Erdogan a évoqué cette question avec le président américain Barack Obama en marge du G20, le week-end dernier, à Toronto.
Israël, qui refuse une enquête internationale sur l’assaut meurtrier dans les eaux internationales, a lancé lundi les travaux de sa propre commission d’enquête, récusée par la Turquie.
« Obama est très déçu du vote » de la Turquie, qui a dit non à de nouvelles sanctions contre l’Iran, au Conseil de sécurité des Nations unies. Washington n’a pas compris comment un allié de l’OTAN a pu voter contre les Occidentaux, a expliqué l’analyste et journaliste Mehmet Ali Birand.
Le rapprochement de la Turquie avec l’Iran et la Syrie inquiète les Occidentaux. Ils redoutent de perdre un précieux allié musulman, situé stratégiquement entre l’Europe, le Proche-Orient et l’Asie centrale.
Radio-Canada.ca avec Agence France Presse