Rejet par Israël de la résolution de l’ONU

dimanche 11 janvier 2009

Israël sème la mort à Gaza et défie en même temps les Nations unies. Le courage et la justice sup­posent de s’opposer à l’un comme à l’autre.

Le Conseil de sécurité de l’ONU a adopté dans la nuit du 8 au 9 janvier, non sans cer­taines hési­ta­tions de pays comme la France, une réso­lution concernant la situation à Gaza (n°1860).

Cette réso­lution non contrai­gnante appelle à un « cessez-​​le-​​feu immédiat ». Elle été aus­sitôt rejetée par les auto­rités israé­liennes qui ont continué leurs frappes meur­trières contre la popu­lation de Gaza.

Le Hamas, quant à lui, a estimé « ne pas être concerné » par cette réso­lution tout en indi­quant que sa mise en œuvre sup­po­serait qu’on en discute avec lui.

Ce point mérite une attention par­ti­cu­lière : le Hamas n’est pas un Etat tandis que l’Autorité pales­ti­nienne n’est clai­rement pas en mesure d’appliquer les termes de la réso­lution à Gaza. Cela dit, une accep­tation d’Israël impli­querait que ce mou­vement et l’Autorité pales­ti­nienne soient intégrés au pro­cessus de mise en œuvre, à défaut cruel d’unité inter-​​palestinienne.

Le refus d’Israël, un Etat membre de l’ONU, de se sou­mettre à une réso­lution du Conseil de sécurité pose un grave pro­blème sur le terrain où les drames conti­nuent mais aussi pour les Nations unies elles-​​mêmes, en tant qu’organe légitime où se prennent les déci­sions adé­quates rela­tives à la paix et la sta­bilité internationale.

Il est vrai qu’Israël n’en est pas à son coup d’essai. On ne compte plus en effet le nombre des réso­lu­tions non appli­quées par ce pays.

La question est donc main­tenant la sui­vante : l’ONU peut-​​elle se voir ainsi défiée et bafouée une nou­velle fois au risque de perdre toute cré­di­bilité et toute autorité non seulement dans la région mais plus glo­ba­lement. Peut-​​elle accepter sa remise en cause for­melle par un Etat membre et laisser continuer le mas­sacre de Gaza ?

La réso­lution n’étant pas acceptée par Israël est-​​ce pour autant la fin du rôle de l’ONU qui est ainsi signifié ? Abso­lument pas. L’ONU dispose de moyens pour que ses déci­sions soient appli­quées. Pour l’heure le secré­taire général de l’ONU n’a fait qu’exprimer sa « déception » devant le refus israélien. Le Conseil de sécurité de l’ONU peut par­fai­tement, et il doit le faire, passer d’un « appel » à un cessez-​​le-​​feu à la for­mu­lation de son « exi­gence » qu’il en soit ainsi.

Il peut passer du déclaratif à l’impératif. Il le doit.

Cette posture intran­si­geante qui est attendue aujourd’hui de l’organisation s’est déjà mani­festée à plu­sieurs reprises dans d’autres lieux. Et dans ces der­niers cas il n’y avait pas un « passif » dans le refus d’appliquer qui obli­geait. Pour Israël seule l’impunité a été de mise jusqu’à présent. Et cela continue. Olmert ne vient-​​il pas de déclarer pour rejeter la réso­lution que son pays refu­serait tou­jours de se voir imposer le droit de l’extérieur ? On doit rap­peler Israël à ses obli­ga­tions qui découlent de son adhésion à l’ONU qui suppose le respect absolu de la Charte.

Il faut dépasser cette situation aujourd’hui pour arrêter ce qui se passe à Gaza, où la Haute Com­mis­saire de l’ONU pour les droits de l’Homme évoque des « crimes de guerre » pouvant donner lieu à pour­suites judi­ciaires. Il le faut aussi pour le bien du peuple israélien lui-​​même qui ne peut pas vivre dura­blement ainsi dans l’illusion dan­ge­reu­sement entre­tenue qu’il pourrait être constamment au dessus du droit international.

Tout un arsenal est pos­sible pour contraindre Israël à res­pecter les déci­sions, ceci au titre du cha­pitre VII de la Charte des Nations unies.

On n’est donc pas impuis­sants ou réduits à n’être que spec­tateur devant le refus israélien d’obtempérer. Les moyens légaux existent pour lui faire entendre raison et imposer la paix. De même, et dans le même esprit, les pays qui entre­tiennent des rela­tions diver­si­fiées avec Israël ne sont pas sans moyens non plus.

L’Union euro­péenne, en par­ti­culier, qui se plaint aujourd’hui de payer beaucoup pour la construction d’infrastructures, notamment à Gaza, qui son aus­sitôt détruites pas Israël dispose des moyens d’action auprès de ce pays. Il en va ainsi de l’Accord d’association qui prévoit d’être sus­pendu en cas de vio­la­tions des droits de l’homme par Israël (article 2). Il convient d’activer cet article qui est du seul ressort de l’Union européenne.

Israël sème la mort à Gaza et défie en même temps les Nations unies. Le courage et la justice sup­posent de s’opposer à l’un comme à l’autre.

Constatant la non effec­tivité de son appel à un cessez-​​le-​​feu ainsi que des autres mesures incluses dans la réso­lution, l’ONU et tous les pays qui ont des moyens d’influer sur le com­por­tement de l’état hébreu doivent franchir une étape de plus pour que la paix soit enfin une réalité.

Il en va de la situation à Gaza aujourd’hui mais aussi de la paix durable au Proche-​​Orient qui recule un peu plus chaque jour qui passe. Il en va aussi, plus lar­gement, de l’avenir des rela­tions inter­na­tio­nales qui se joue aujourd’hui. Le choix est clair. Il est entre la Civi­li­sation et loi du Talion.