Réfugiés palestiniens : revivre les mêmes traumatismes que la génération passée

Près de 95 % des réfugiés palestiniens en Syrie sont dépendants de l’aide humanitaire apportée par l’Office de secours et de travaux des Nations Unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (UNRWA). Son commissaire général Pierre Krähenbühl s’est rendu au Parlement européen cette semaine, appelant notamment à une réponse politique crédible à la situation au Moyen-Orient.

Communiqué du Parlement européen, vendredi 17 juin 2016

Rencontre avec Pierre Krähenbühl à l’issue de sa rencontre avec les députés membres des commissions des affaires étrangères et du développement.

Quel est l’impact du conflit syrien sur la situation des réfugiés palestiniens ?

La Syrie était le seul endroit de la région où les réfugiés palestiniens étaient les bienvenus. Ils y avaient un accès à l’emploi et pouvaient vivre de façon autonome. Aujourd’hui, 95 % des réfugiés palestiniens en Syrie dépendent de l’Office de secours et de travaux des Nations Unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient. 60 % d’entre eux ont été déplacés et environ 120 000 personnes ont dû quitter le pays.

Ces personnes ont été marquées par les déplacements forcés de 1948. Ils ont ensuite connu de nouveaux déplacements en 1967. Aujourd’hui, la nouvelle génération revit les mêmes traumatismes : perte de logements, de revenus et disparition de proches.

Il y a bientôt deux ans débutait la guerre de Gaza de 2014. Quelle est la situation actuelle sur le terrain ?

Certains endroits ont été reconstruits, d’autres non. Sur le plan psychologique, il est difficile d’estimer les séquelles. La zone a été occupée pendant 50 ans et a subi 10 années de blocus. En 2000, l’UNRWA fournissait une aide alimentaire à 80 000 habitants de la bande de Gaza. Aujourd’hui, l’Office vient en aide à près de 900 000 personnes. Une communauté hautement éduquée et par le passé largement autonome se retrouve dépendante d’une assistance alimentaire. Le blocus est illégal au regard du droit international car il s’apparente à une forme de punition collective.

65 % des jeunes vivant à Gaza sont au chômage. 90 % des écoliers de l’UNRWA n’ont jamais la quitté la zone de leur vie. Les quartiers dans lesquels ils vivent sont à moitié détruits, à moitié reconstruits. Ces enfants ont déjà vécu trois guerres consécutives. Sans réelles perspectives d’emploi et sans liberté de circulation, les taux de suicide augmentent. Je ne vois pas comment l’un de ces paramètres peut être compatible avec des problèmes de sécurité, qu’ils soient légitimes ou non.

Le désespoir des Palestiniens risque-t-il d’être utilisé par les extrémistes ?

Lorsqu’on fait face à ce type d’horizon, il peut effectivement y avoir une tentation. Pourtant, malgré tous leurs doutes et leur scepticisme, les Palestiniens ne sont pas beaucoup à être réceptifs à l’extrémisme à ce stade. La plupart d’entre eux continue à espérer une mobilisation de la communauté internationale.

Il faut comprendre que lorsque nous échouons à investir dans le règlement de conflits, nous nous retrouvons face à de longues crises humanitaires qui obligent les gens à fuir. Recréer un horizon politique est la première chose à faire. Les investissements en matière d’éducation et de progrès sont également porteurs d’espoir. Plus de 50 % du budget principal de l’UNRWA provient de l’Union européenne et de ses États membres. Le soutien financier et diplomatique de l’Union européenne est donc essentiel.