Reconnaissance de la Palestine : le chef du gouvernement doit respecter le vote de l’Assemblée nationale

Alors que se tient aujourd’hui la conférence de Paris pour la paix au Proche-Orient, huit députés socialistes regrettent que Manuel Valls ait « cédé » au gouvernement conservateur israélien.

Un collectif de députés socialistes, Libération, vendredi 3 juin 2016

François Hollande lors de l'ouverture de la conférence pour la paix au Proche-Orient à Paris, le 3 juin 2016. Photo : KAMIL ZIHNIOGLU. AFP

Le 2 décembre 2014, une large majorité de députés français a voté une résolution invitant le gouvernement français à reconnaître la Palestine. Ce vote a été suivi, quelques jours plus tard, du vote d’une résolution similaire au Sénat. Laurent Fabius, alors Ministre des Affaires étrangères, avait annoncé devant les députés que la France allait engager une ultime initiative pour la paix au Proche-Orient avec l’ensemble de la communauté internationale et qu’en cas d’échec des négociations, la France reconnaîtrait l’Etat palestinien.

Lors de son déplacement en Israël et en Palestine, le Premier ministre Manuel Valls a remis en cause la position de la France sur la reconnaissance de la Palestine. Quelques jours plus tôt, le Ministre des Affaires étrangères Jean-Marc Ayrault avait déjà nuancé les engagements pris par son prédécesseur à quelques jours du début de l’initiative de paix lancée par la France pour la résolution du conflit israélo-palestinien.

En amorçant un recul sur le positionnement de la France, Manuel Valls cède au gouvernement conservateur israélien, remettant en cause l’impartialité et la crédibilité de la France. Ce recul ne garantit en outre aucunement la participation d’Israël à de nouvelles négociations puisque simultanément l’extrême droite israélienne vient de faire son retour au gouvernement.

Ce recul décrédibilise la France qui est engagée avec force depuis de nombreuses années dans le processus de résolution du conflit israélo-palestinien qui ensanglante et déstabilise le Proche-Orient. La France a toujours défendu l’idée de la constitution de deux Etats, Israël et un Etat palestinien, coexistant pacifiquement comme l’avait stipulé la résolution 181 de l’Assemblée Générale des Nations Unies en 1947 qui prévoyait la création d’un Etat juif et d’un Etat arabe « le 1er octobre 1948 au plus tard ». C’est dans ce sens que la France a voté pour l’adhésion de la Palestine comme Etat membre de l’UNESCO et Etat non-membre de l’ONU. Presque 70 ans après cette résolution, le conflit perdure et il est urgent d’y mettre un terme.

Le processus de paix israélo-palestinien est dans une impasse dangereuse alors que la région est traversée par des conflits majeurs et une instabilité croissante. Le gouvernement israélien de Benyamin Netanyaou continue une politique offensive d’implantation de colonies dans les territoires palestiniens en violation du droit international et refuse à ce jour toute idée de discussion internationale pour la paix. Pour des raisons de politique intérieure, une prime à la radicalité s’installe en Israël, qui est dirigé par le gouvernement le plus à droite de son histoire. Dans ce contexte il est impératif de sortir des discussions bilatérales entre Israéliens et Palestiniens qui n’ont aucune chance d’aboutir et d’imposer au gouvernement israélien et à l’Autorité Palestinienne une conférence internationale pour la paix.

C’est la démarche qu’avait lancée Laurent Fabius alors Ministre des Affaires étrangères à l’issue du vote des parlementaires sur la reconnaissance de la Palestine. Il faut sortir du statu quo qui permet à Israël de poursuivre en toute impunité sa politique de colonisation, qui met en danger la sécurité des Israéliens et des Palestiniens et qui empêche le développement démocratique et économique de la Palestine.

Si Israël refuse de s’inscrire dans une démarche constructive et refuse de saisir l’opportunité historique offerte par la France, le gouvernement français doit prendre ses responsabilités en reconnaissant la Palestine comme il s’y est engagé. La France par son action diplomatique des prochains mois doit permettre à cet Etat palestinien de ne pas être seulement un Etat symbolique mais un Etat reconnu, souverain, démocratique et indépendant sur la base des frontières de 1967.

Reconnaître l’Etat de Palestine ce n’est pas acter dès aujourd’hui l’échec des négociations comme l’a dit Manuel Valls. C’est au contraire, mettre une pression supplémentaire sur le gouvernement israélien qui ne fait à ce jour aucun effort pour la paix et lui imposer des négociations internationales. C’est acter que la seule voie vers la paix et la sécurité des Israéliens et des Palestiniens passe par la constitution de deux Etats et donc par la reconnaissance par la communauté internationale de la Palestine, comme l’ont déjà fait plus de 130 pays. Dire que la France reconnaîtra la Palestine à l’issue de cette ultime tentative de négociation c’est montrer que la France refuse le statu quo.

Alors que se tient la conférence de Paris sur le Proche-Orient, nous souhaitons réaffirmer notre engagement pour la reconnaissance d’un Etat palestinien. Manuel Valls ne peut pas balayer les engagements pris par son gouvernement devant l’Assemblée Nationale ni ignorer le vote des députés invitant à la reconnaissance de l’Etat de Palestine. C’est une atteinte à la démocratie parlementaire qui remet gravement en cause la position historiquement équilibrée de la France sur ce conflit. La parole de la France sur la scène internationale ne peut être affaiblie comme elle l’a été ces derniers jours et le Président de la République doit rappeler que la France, à l’issue de son initiative pour la paix, reconnaîtra la Palestine avec ou sans l’accord du gouvernement israélien.

Premiers signataires : Mathieu Hanotin, Alexis Bachelay, Kheira Bouziane-Laroussi, Yves Daniel, Benoit Hamon, Régis Juanico, Christophe Prémat, Monique Rabin.