Rapport du CICR : 1,5 million de Palestiniens affectés par le blocus

NouvelObs, lundi 29 juin 2009

Selon le Comité inter­na­tional de la Croix-​​Rouge, le blocus de la bande de Gaza par Israël ralentit la recons­truction du ter­ri­toire ravagé par l’opération mili­taire de l’Etat hébreu menée de décembre à janvier.

Le Comité inter­na­tional de la Croix-​​Rouge (CICR) estime dans un rapport publié lundi 29 juin que le blocus de la bande de Gaza mené par Israël depuis deux ans a épuisé les forces des quelque 1,5 million d’habitants du ter­ri­toire palestinien [1].

"Le rapport iden­tifie les sévères res­tric­tions imposées au dépla­cement des per­sonnes et des biens vers et hors de Gaza au cours des deux der­nières années comme étant une des prin­ci­pales causes de la crise dans le ter­ri­toire", détaille le CICR dans un communiqué.

Israël a imposé un blocus de la bande de Gaza quand le mou­vement isla­miste Hamas en a pris le contrôle en juin 2007.

Le blocus ralentit de plus, selon le CICR, la recons­truction du ter­ri­toire ravagé par l’opération mili­taire israé­lienne menée de décembre à janvier en réponse aux tirs de roquettes pales­ti­niennes contre l’Etat hébreu, et qui a fait plus de 1.400 morts palestiniens.

Six mois après la fin de l’opération "plomb durci", "les habi­tants de Gaza n’arrivent pas à recons­truire leur vie et plongent tou­jours plus dans le désespoir", juge l’organisation huma­ni­taire basée à Genève.

Manque de matériel dans les hôpitaux

"Les habi­tants les plus démunis ont épuisé leurs méca­nismes de survie et bon nombre sont contraints de vendre leurs biens pour pouvoir s’acheter de quoi manger", explique le res­pon­sable de la sous-​​délégation du CICR dans le ter­ri­toire, Antoine Grand, cité dans le com­mu­niqué. Par ailleurs, beaucoup de malades ne reçoivent pas les trai­te­ments dont ils ont besoin "faute de matériel dans les hôpitaux". Enfin, à cause du blocus qui com­plique l’arrivée de maté­riaux de construction, des mil­liers d’habitants de Gaza n’ont tou­jours pas pu recons­truire de logement décent.

Selon CICR, l’économie de la bande de Gaza est en piteux état avec un chômage record, entraînant une baisse du niveau de vie affectant dura­blement la popu­lation dont la moitié est constituée d’enfants. L’organisation huma­ni­taire avertit que les quelque "4,5 mil­liards de dollars promis par les pays dona­teurs pour la recons­truction seront de peu d’utilité tant que maté­riaux de construction et autres articles essen­tiels ne pourront être importés dans la bande de Gaza".

La réouverture des terminaux demandée

Le CICR appelle donc "les États, les auto­rités poli­tiques et les groupes armés orga­nisés concernés à faire le néces­saire pour rouvrir la bande de Gaza et assurer une vie digne à sa popu­lation civile". "Israël a le droit de pro­téger sa popu­lation contre les attaques", a déclaré Antoine Grand ajoutant : "mais est-​​ce que cela signifie que 1,5 million de per­sonnes à Gaza n’ont pas le droit de mener une vie normale ?"

L’agence demande, dans son rapport, de faci­liter les impor­ta­tions de matériel médical ainsi que l’entrée de maté­riaux de construction (ciment et acier), la levée les res­tric­tions aux expor­ta­tions en pro­ve­nance de Gaza, la réou­verture des ter­minaux pour amé­liorer le passage des per­sonnes et des biens, l’autorisation pour les agri­cul­teurs d’accéder à leurs terres dans la zone tampon, et le réta­blis­sement d’un accès sûr aux eaux pro­fondes pour les pêcheurs.

[1] voir aussi sur Aloufok

Gaza : 1,5 million de per­sonnes en proie au désespoir

lundi 29 juin 2009, par Comité inter­na­tional de la Croix Rouge (CICR)

Six mois après qu’Israël a lancé son opé­ration mili­taire de trois semaines à Gaza le 27 décembre 2008, les Gazaouis ne peuvent tou­jours pas recons­truire leur vie. La plupart d’entre eux ont du mal à joindre les deux bouts. Les patients gra­vement malades ont de la dif­fi­culté à obtenir le trai­tement dont ils ont besoin. Nombre d’enfants souffrent de pro­blèmes psy­cho­lo­giques graves. Les civils dont les foyers et les biens ont été détruits durant le conflit n’arrivent pas à se relever.

Durant les 22 jours de l’opération mili­taire israé­lienne, les civils étaient nulle part en sécurité à Gaza. Les hôpitaux étaient saturés par l’afflux de blessés, notamment de jeunes enfants, de femmes et de per­sonnes âgées. Le per­sonnel médical a fait preuve d’un courage et d’une déter­mi­nation incroyables, tra­vaillant 24 heures sur 24 pour sauver des vies dans des condi­tions extrê­mement dif­fi­ciles. Entre temps, des tirs de roquettes quo­ti­diens lancés de Gaza ont menacé des mil­liers d’habitants dans le sud d’Israël. Les agents de santé en Israël ont dis­pensé des soins à la popu­lation trau­ma­tisée, et ont traité et évacué les blessés.

Bon nombre de per­sonnes à Gaza ont perdu un enfant, un parent, un proche ou un ami. L’opération mili­taire israé­lienne a laissé des mil­liers de foyers par­tiel­lement ou tota­lement détruits. Les démo­li­tions ont trans­formé des quar­tiers entiers en ruines. Les écoles, les jardins d’enfants, les hôpitaux et les postes incendie et ambu­lance ont été endom­magés par les bombardements.

Cette petite bande côtière est coupée du monde exté­rieur. Même avant les der­nières hos­ti­lités, des res­tric­tions très impor­tantes imposées au dépla­cement des per­sonnes et des biens par les auto­rités israé­liennes, en par­ti­culier depuis octobre 2007, avaient pro­voqué un accrois­sement de la pau­vreté, une aug­men­tation du chômage et une dété­rio­ration des ser­vices publics tels que soins de santé, appro­vi­sion­nement en eau et assai­nis­sement. La coopé­ration insuf­fi­sante entre l’Autorité pales­ti­nienne à Ramallah et l’administration du Hamas à Gaza avait aussi touché l’acheminement des ser­vices essen­tiels. De ce fait, les Gazaouis étaient déjà plongés dans une crise majeure tou­chant tous les aspects de la vie quo­ti­dienne bien avant l’intensification des hos­ti­lités en décembre dernier.

Six mois plus tard, les res­tric­tions sur les impor­ta­tions empêchent les Gazaouis de recons­truire leur vie. Les quan­tités de biens qui entrent aujourd’hui à Gaza sont très loin de satis­faire les besoins de la popu­lation. En mai 2009, seuls 2 622 camions de biens sont entrés à Gaza en pro­ve­nance d’Israël, soit une dimi­nution de presque 80 pour cent par rapport aux 11 392 camions auto­risés à entrer en avril 2007, avant que le Hamas ne prenne le contrôle du territoire.

Aucune autorisation de reconstruire, risque pour la santé publique

Les quar­tiers de Gaza qui ont été par­ti­cu­liè­rement touchés par les tirs israé­liens conti­nueront de res­sembler à l’épicentre d’un puissant trem­blement de terre à moins que des quan­tités de ciment, d’acier et d’autres maté­riaux de construction n’aient l’autorisation d’entrer le ter­ri­toire pour per­mettre la recons­truction. En attendant, des mil­liers de per­sonnes qui ont tout perdu seront contraintes de vivre à l’étroit avec des proches. D’autres conti­nueront de vivre dans des tentes, n’ayant nulle part ailleurs où aller. Des acti­vités de répa­ration d’urgence ont été menées lorsque l’opération mili­taire a permis de rétablir les ser­vices eau et assai­nis­sement, mais uni­quement au niveau insuf­fisant qui pré­valait avant décembre 2008. L’infrastructure est sur­chargée et peut à tout moment tomber en panne. Bien que le chlore soit utilisé pour dés­in­fecter l’eau, les eaux usées et autres déchets qui s’infiltrent dans le réseau d’alimentation en eau font peser de sérieux risques sur la santé publique.

Chaque jour, 69 mil­lions de litres d’eaux usées par­tiel­lement traitées ou non traitées  –  l’équivalent de 28 pis­cines olym­piques  –  sont rejetés direc­tement dans la Médi­ter­ranée faute de pouvoir être traités.

Seuls quelques mil­liers de foyers ont accès à l’eau cou­rante cer­tains jours. Ne pouvant être conve­na­blement entretenu, le réseau d’approvisionnement en eau fuit, ce qui com­plique le maintien d’une pression d’eau suf­fi­sante. Même lorsqu’il y a de l’eau dans les conduites, de nom­breux foyers n’ont pas suf­fi­samment d’électricité pour pomper l’eau dans les réser­voirs situés sur les toits. Les robinets de dizaines de mil­liers de per­sonnes sont secs lorsque les puits muni­cipaux de Gaza sont en panne, ce qui se produit fré­quemment faute d’approvisionnement suf­fisant en nou­velles conduites d’eau, en pièces déta­chées élec­triques, en pompes et en transformateurs.

Le CICR a parfois trouvé les moyens de réparer l’infrastructure sans avoir à être tri­bu­taire d’importations. Par exemple, il a utilisé des maté­riaux recyclés (dont des conduites d’eaux usées et des mor­ceaux de béton pro­venant de l’ancien mur de la fron­tière de Rafah détruit en janvier 2008) pour remettre en état une station d’épuration des eaux usées qui dessert 175 000 per­sonnes à Rafah.

Cela n’est, tou­tefois, guère suf­fisant. D’autres projets de répa­ration et de recons­truction s’imposent d’urgence pour pré­venir toute dégra­dation du système d’approvisionnement en eau, effectuer l’entretien essentiel et stopper la dété­rio­ration constante du système eau et assai­nis­sement dans la bande de Gaza. Le fait que les ser­vices eau et assai­nis­sement risquent de s’effondrer à tout moment brandit le spectre d’une crise majeure de la santé publique.

Le seul moyen de résoudre cette crise est de lever les res­tric­tions aux impor­ta­tions de pièces déta­chées, les conduites d’eau et les maté­riaux de construction tels que le ciment et l’acier pour per­mettre la recons­truction des maisons, l’entretien et l’amélioration de l’infrastructure vitale.

Accès insuffisant aux soins de santé

Le système de soins de santé de Gaza ne peut assurer le trai­tement requis par l’état de nom­breux patients souf­frant de maladies graves. Il est tra­gique que bon nombre de patients n’ont pas le droit de quitter la bande de Gaza à temps pour se faire soigner ailleurs. Les ques­tions de santé à Gaza sont souvent poli­tisées et les patients se trouvent pris dans un dédale bureau­cra­tique. Les pro­cé­dures de demande d’autorisation de sortie du ter­ri­toire sont com­pli­quées et impliquent à la fois les auto­rités pales­ti­niennes et israé­liennes. Il arrive que des patients gra­vement malades doivent attendre des mois avant que les auto­rités com­pé­tentes les auto­risent à quitter la bande de Gaza. Même lorsque les patients obtiennent les permis de sortie néces­saires, le transfert par le point de passage d’Erez peut être ardu. Il faut faire sortir les patients sous appareil res­pi­ra­toire des ambu­lances, les placer sur des civières, puis les porter sur 60-​​80 mètres par le point de passage vers les ambu­lances qui les attendent de l’autre côté. Les patients qui peuvent marcher de manière autonome courent le risque d’avoir à répondre à de nom­breuses ques­tions avant d’obtenir l’autorisation de tra­verser pour suivre le trai­tement médical  –  ou, comme cela se produit quel­quefois, avant de se voir refuser leur entrée en Israël et d’avoir à faire marche arrière.

La pénurie de médi­ca­ments essen­tiels est un pro­blème récurrent dans les hôpitaux et les dis­pen­saires de Gaza, qui dépendent d’un appro­vi­sion­nement, en temps voulu et fiable, de médi­ca­ments en pro­ve­nance du ministère de la Santé de l’Autorité pales­ti­nienne en Cis­jor­danie, or la chaîne d’approvisionnement est souvent en panne. La coopé­ration entre les auto­rités sani­taires en Cis­jor­danie et à Gaza est dif­ficile. Les pro­cé­dures com­plexes et longues d’importation d’Israël entravent aussi l’approvisionnement fiable même des articles les plus essen­tiels, comme les anal­gé­siques et les révé­la­teurs de films radio­gra­phiques. Par consé­quent, cer­tains patients, notamment ceux qui souffrent de cancer ou d’insuffisance rénale, ne dis­posent pas tou­jours des médi­ca­ments essen­tiels dont ils ont besoin.

On estime à 100-​​150 le nombre de per­sonnes qui ont perdu des membres lors de la récente opé­ration mili­taire et qui attendent d’être appa­reillées. Le centre d’appareillage ortho­pé­dique et de prise en charge de la polio­myélite (Arti­ficial Limb and Polio Centre) est le seul centre de réadap­tation phy­sique à Gaza qui peut les appa­reiller avec des appa­reils de réadap­tation phy­sique adé­quats et pro­fes­sionnels adaptés à chaque cas. Étant le seul centre d’appareillage dans la bande de Gaza, il doit répondre à toute les demandes de membres arti­fi­ciels. Cependant, l’importation de maté­riaux et de com­po­sants pour les pro­thèses reste encore un pro­cessus dif­ficile et long.

Les hôpitaux de Gaza sont délabrés. La plupart des équi­pe­ments sont peu fiables et doivent être réparés. Les pro­cé­dures d’obtention de l’approbation des pièces de rechange étant com­pli­quées, il est dif­ficile de faire entrer et d’entretenir des équi­pe­ments hos­pi­ta­liers comme les scanners CT, et les pièces de rechange  –  même pour les machines à laver des hôpitaux, et cela prend beaucoup de temps. Le CICR a dû attendre au moins cinq mois avant de pouvoir importer du matériel médical pour les salles d’opération, comme les fixa­teurs externes en chirurgie orthopédique.

Chaque jour, des cou­pures et des fluc­tua­tions de courant conti­nuent d’endommager l’équipement médical. La plupart des hôpitaux sont tri­bu­taires de géné­ra­teurs de secours plu­sieurs heures par jour, sans jamais savoir s’il y aura assez de com­bus­tible pour les faire fonctionner.

Les per­sonnes gra­vement malades doivent être en mesure de quitter rapi­dement et en toute sécurité la bande de Gaza afin de béné­ficier de soins médicaux spé­cia­lisés qu’ils ne peuvent recevoir à l’intérieur du ter­ri­toire. Des articles médicaux essen­tiels tels que les médi­ca­ments, les articles jetables et les pièces déta­chées doivent pouvoir entrer dans la bande de Gaza sans délai et en quan­tités suf­fi­santes pour assurer des ser­vices de santé essen­tiels pour la population.

Une économie étouffée

Une des consé­quences les plus graves du bou­clage est l’augmentation du chômage, qui atteignait 44 pour cent en avril 2009, selon la chambre de com­merce de Gaza. Les res­tric­tions imposées aux impor­ta­tions et expor­ta­tions de biens depuis juin 2007 ont mis fin à 96% des opé­ra­tions indus­trielles à Gaza, entraînant une perte d’environ 70 000 emplois. Elles ont aussi eu un impact grave sur la pos­si­bilité d’exporter les pro­duits vers Israël et la Cis­jor­danie, qui est désormais quasi nulle. Les tunnels sous la fron­tière entre l’Égypte et Gaza ne pré­sentent aucune autre issue au déve­lop­pement écono­mique et n’assurent pas un appro­vi­sion­nement suf­fisant en biens acces­sibles pour la population.

L’effondrement écono­mique de Gaza a conduit à une aggra­vation extrême de la pau­vreté. Selon une étude du CICR sur les ménages, réa­lisée en mai 2008, il ressort que, même alors, plus de 70 pour cent des Gazaouis vivaient dans la pau­vreté, avec des revenus men­suels infé­rieurs à 250 dollars US pour une famille de 7 à 9 membres (un dollar par membre d’un ménage par jour), à l’exclusion de la valeur de l’éventuelle assis­tance huma­ni­taire qu’ils rece­vaient. Quelque 40 pour cent des familles de Gaza sont très pauvres et vivent avec un revenu mensuel de moins de 120 dollars (0,5 dollar par membre du ménage par jour). En moyenne, chaque per­sonne qui tra­vaille  –  qu’elle soit employé rémunéré ou ayant sa propre affaire  –  doit sub­venir aux besoins de sa famille immé­diate de 6 à 7 per­sonnes et de quelques membres de sa famille élargie.

Cette aggra­vation de la pau­vreté a eu des réper­cus­sions graves sur la façon de se nourrir de la popu­lation. Bon nombre de familles ont été contraintes de réduire les dépenses de leurs ménages à des niveaux de survie. D’une manière générale, les per­sonnes ont les calories dont elles ont besoin, mais rares sont celles qui peuvent se per­mettre d’avoir un régime ali­men­taire sain et équi­libré. Les familles pauvres rem­placent souvent les solu­tions bon marché comme les fruits, les légumes et le poisson par des céréales, du sucre et de l’huile, ce qui entraîne des carences en fer, en vitamine A et vitamine D pour des dizaines de mil­liers d’enfants. Cette situation risque de pro­voquer un retard de crois­sance (os et dents), une mau­vaise résis­tance aux infec­tions, de la fatigue et des dif­fi­cultés de concentration.

Les plus démunis ont, pour la plupart, épuisé leurs méca­nismes de survie. Bon nombre n’ont plus d’économies. Ils ont vendu leurs biens per­sonnels, comme les bijoux et les meubles, et ils ont com­mencé à vendre des biens de pro­duction (animaux de ferme, terre, bateaux de pêche ou voi­tures servant de taxis). Ils ne peuvent abso­lument pas réduire davantage leurs dépenses ali­men­taires. Les niveaux de vie en baisse auront une inci­dence sur la santé et le bien-​​​​être de la popu­lation sur le long terme. Les per­sonnes les plus tou­chées seront vrai­sem­bla­blement les enfants qui consti­tuent plus de la moitié de la popu­lation de Gaza.

La pau­vreté alar­mante de Gaza est direc­tement liée au bou­clage strict imposé au ter­ri­toire. L’industrie locale et les autres entre­prises doivent recevoir une auto­ri­sation pour pouvoir recons­truire, importer des biens essen­tiels et exporter leurs pro­duits. Mais même cela va prendre du temps. La crise est devenue si aiguë et si pro­fon­dément enra­cinée que même si tous les pas­sages étaient rou­verts demain, l’économie aurait besoin d’années pour se relever.

Agriculture dans la zone dangereuse

Le bou­clage a aussi durement frappé les agri­cul­teurs qui consti­tuent plus d’un quart de la popu­lation de Gaza. Les expor­ta­tions de fraises, de tomates cerises et de fleurs coupées consti­tuaient une source impor­tante de revenus. Elles sont tota­lement arrêtées. De nom­breux agri­cul­teurs ont vu leurs revenus réduits de moitié ayant eu du mal à vendre toute leur récolte à l’intérieur de Gaza. Même s’ils y arrivent, le prix qu’ils obtiennent n’est qu’une fraction de ce qu’ils tou­che­raient nor­ma­lement des expor­ta­tions vers Israël ou l’Europe.

Durant la der­nière opé­ration mili­taire, l’armée israé­lienne a déraciné des mil­liers de citron­niers, oli­viers et pal­miers, y compris ceux situés à l’intérieur de la bande de Gaza. L’armée a aussi détruit les sys­tèmes d’irrigation, les puits et les serres.

De nom­breux agri­cul­teurs n’ont effec­ti­vement pas accès à des parties de leurs terres à cause de la zone « interdite » imposée par Israël au côté de Gaza de la bar­rière fron­ta­lière avec Israël. Au moins 30 pour cent des terres arables à Gaza se trouvent dans cette zone tampon, qui peut s’étendre jusqu’à un kilo­mètre de la bar­rière. Un agri­culteur ne peut jamais savoir dans quelle mesure il est dan­gereux ou non de tra­vailler sa terre ou de récolter dans la zone. Les agri­cul­teurs risquent d’être tués lorsqu’ils s’occupent de leur terre et les incur­sions de l’armée détruisent souvent les champs et des parties de la récolte. La remise sur pied de la pro­duction agricole est dif­ficile non seulement à cause des démo­li­tions, mais aussi parce qu’Israël n’autorise pas l’importation d’engrais adaptés et car de nom­breux types de jeunes plants sont dif­fi­ciles voire impos­sibles à trouver à Gaza.

La pêche a également été durement frappée par les res­tric­tions imposées au dépla­cement par Israël. En janvier dernier, la zone en mer au sein de laquelle Israël autorise la pêche a été coupée de six à trois milles marins de la ligne côtière de Gaza, réduisant les cap­tures et donc la dis­po­ni­bilité en ali­ments riches en pro­téines. Les gros poissons et les sar­dines, qui consti­tuaient quelque 70 pour cent de la prise avant 2007, se trouvent prin­ci­pa­lement en dehors de la zone de trois milles marins.

Des mesures urgentes doivent être prises pour per­mettre aux agri­cul­teurs de s’occuper de nouveau de leurs cultures en toute sécurité. Les engrais, les pièces déta­chées des machines, les bâches en plas­tique pour les serres et le fourrage doivent béné­ficier de l’autorisation d’entrer dans la bande de Gaza en quan­tités per­mettant de les vendre à des prix abor­dables pour les agri­cul­teurs. Dans le même temps, les agri­cul­teurs doivent être auto­risés à reprendre leurs expor­ta­tions de pro­duits pour pouvoir gagner dignement leur vie. Les récentes res­tric­tions sur la pêche devraient être annulées.

Pris au piège

Les per­sonnes à Gaza sont prises au piège. Comme Israël a fermé les points de passage, les Gazaouis ont peu de pos­si­bi­lités de contact avec leurs proches à l’étranger ou de pour­suivre leur éducation ou une for­mation pro­fes­sion­nelle. Les res­tric­tions à la sortie et à l’entrée de la bande de Gaza s’appliquent également au per­sonnel pales­tinien des orga­ni­sa­tions inter­na­tio­nales comme le CICR. Pire encore, il est très rare de pouvoir uti­liser le point de passage de Rafah avec l’Égypte. Le bou­clage a des inci­dences psy­cho­lo­giques par­ti­cu­liè­rement visibles chez les familles dont des proches sont détenus en Israël. En juin 2007, Israël a mis fin aux visites sou­tenues par le CICR de 900 familles de Gaza à leurs proches détenus. Bon nombre d’enfants ont de ce fait perdu le seul lien qui leur restait avec un parent ou un frère détenu. Il faut que leurs familles aient l’autorisation de reprendre leurs visites à leurs proches en détention en Israël.

Il est fré­quent que les étudiants qui ont reçu une bourse pour aller étudier dans une uni­versité à l’étranger ne puissent pas quitter Gaza. Ceux qui ne peuvent pas sortir n’ont que des pos­si­bi­lités très limitées de pour­suivre leur cursus d’enseignement supé­rieur dans l’enclave côtière. Les pro­fes­seurs d’université, les ensei­gnants et les pro­fes­sionnels sont souvent empêchés de par­ti­ciper à l’étranger aux cours de for­mation et aux sémi­naires qui leur per­met­traient d’améliorer leurs com­pé­tences et leurs qua­li­fi­ca­tions. Over the last two years, the 1.5 million Pales­ti­nians living in the Gaza Strip have been caught up in an unending cycle of depri­vation and despair as a result of the conflict, and par­ti­cu­larly as a direct conse­quence of the closure of the crossing points.

Rompre le cycle du désespoir et de la misère

Ces deux der­nières années, 1,5 million de Pales­ti­niens vivant dans la bande de Gaza ont été pris dans un cercle sans fin de dénuement et de désespoir à la suite du conflit, et en par­ti­culier comme consé­quence directe du bou­clage des points de passage.

Le CICR n’a eu de cesse de sou­ligner la nécessité de concilier les pré­oc­cu­pa­tions légi­times d’Israël en matière de sécurité avec le droit de la popu­lation à Gaza à mener une vie normale et digne. Confor­mément au droit inter­na­tional huma­ni­taire, Israël a l’obligation de s’assurer que les besoins essen­tiels de la popu­lation en termes de vivres, d’abris, d’eau et de secours médicaux sont satisfaits.

Le CICR appelle une fois de plus à une levée des res­tric­tions imposées au dépla­cement des per­sonnes et des biens comme pre­mière mesure et la plus urgente pour mettre un terme à l’isolement de Gaza et per­mettre à ses habi­tants de recons­truire leur vie.

Les quelque 4,5 mil­liards de dollars US que les pays dona­teurs ont promis pour la recons­truction lors d’un sommet inter­na­tional en Égypte en mars 2009 seront de peu d’utilité si les maté­riaux de construction et autres articles essen­tiels ne peuvent être importés dans la bande de Gaza.

En tout état de cause, la recons­truction à elle seule n’offre pas à Gaza un moyen viable de se relever. Un retour à la situation anté­rieure, telle qu’elle pré­valait avant la der­nière opé­ration mili­taire serait inac­cep­table, car il ne ferait que per­pétuer les souf­frances de Gaza.

Une solution durable passe par des chan­ge­ments fon­da­mentaux dans la poli­tique israé­lienne, tels que l’autorisation d’importations et d’exportations vers Gaza et en pro­ve­nance de Gaza, un passage accru de biens et de per­sonnes au niveau de mai 2007, per­mettant aux agri­cul­teurs d’accéder à leurs terres et dans la zone tampon de facto et de rétablir l’accès des pêcheurs aux eaux profondes.

L’action huma­ni­taire ne peut se sub­stituer aux mesures poli­tiques cré­dibles qui s’imposent pour apporter ces chan­ge­ments. Seul un pro­cessus poli­tique honnête et cou­rageux impli­quant tous les États, les auto­rités poli­tiques et les groupes armés orga­nisés concernés peut apporter une réponse à la situation très dif­ficile dans la bande de Gaza et per­mettre une vie digne à ses habitants.

Sans cela, la spirale de la misère ira chaque jour en s’accentuant.

( Rapport du CICR - 29 juin 2009 )

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Activités du CICR à Gaza

Le CICR est présent de manière per­ma­nente dans la bande de Gaza depuis 1968. Il compte aujourd’hui 109 col­la­bo­ra­teurs, dont 19 expatriés.

Les col­la­bo­ra­teurs du CICR sont restés à Gaza durant toute l’opération mili­taire lancée le 27 décembre 2008. En coopé­ration avec le Croissant-​​​​Rouge pales­tinien, ils ont évacué des cen­taines de per­sonnes  –  dont cer­taines ont été gra­vement blessées lors des combats. De plus, ils ont dis­tribué aux hôpitaux des médi­ca­ments et autres secours vitaux, et les chi­rur­giens de guerre du CICR ont aidé à effectuer des opé­ra­tions à l’hôpital Shifa de Gaza.

Tra­vaillant avec les auto­rités locales, le CICR a aussi procédé à des répa­ra­tions d’urgence des lignes élec­triques et des réseaux d’approvisionnement en eau.

Au len­demain de l’opération mili­taire, le CICR et le Croissant-​​​​Rouge pales­tinien ont dis­tribué des secours tels que des bâches en plas­tique, des usten­siles de cuisine, des matelas, des cou­ver­tures et des articles d’hygiène à plus de 72 000 Gazaouis dont les maisons ont été par­tiel­lement ou tota­lement détruites. Les délégués du CICR ont également recueilli des infor­ma­tions pour voir si Israël et les groupes pales­ti­niens ont conduit des hos­ti­lités confor­mément au droit inter­na­tional huma­ni­taire. Les conclu­sions du CICR sont exa­minées bila­té­ra­lement avec les autorités concernées.

Aujourd’hui, le CICR appro­vi­sionne huit hôpitaux en médi­ca­ments et autres articles et matériel médicaux et pièces de rechange, et les aide à entre­tenir et réparer les ambu­lances. De plus, le CICR appa­reille les amputés avec des membres arti­fi­ciels et leur pro­digue des soins de phy­sio­thé­rapie. Il apporte son concours à la remise en état des ser­vices eau et assai­nis­sement et au maintien du réseau d’approvisionnement en eau. L’institution sou­tient les agri­cul­teurs et autres per­sonnes dans le besoin par divers pro­grammes incluant la remise en état des terres, la pro­duction de compost et des pro­grammes « argent contre travail ».

Le CICR continue de visiter des détenus dans la bande de Gaza et de pro­mouvoir la connais­sance et le respect du droit inter­na­tional huma­ni­taire auprès des auto­rités et por­teurs d’armes. http://​www​.aloufok​.net/​s​p​i​p​.​p​h​p?art…