Rapport d’orientation

AFPS, vendredi 1er août 2003

Assemblée générale 24 et 25 mai 2003

I-​​CONSTRUIRE UN MOUVEMENT LARGE ET EFFICACE

Après l’agression uni­la­térale contre l’Irak sans aval inter­na­tional, une nou­velle période s’ouvre. Elle est carac­té­risée par des chan­ge­ments inter­na­tionaux (ten­ta­tives de délé­gi­ti­mation de l’ONU et du droit inter­na­tional) et régionaux (ten­ta­tives, notamment, d’éviter tout Etat arabe fort, face à la puis­sance israé­lienne), s’inscrivant dans des stra­tégies amé­ri­caine et israé­lienne conver­gentes (dénon­ciation uni­la­térale du ter­ro­risme auquel est assi­milée toute résis­tance par une force d’occupation pour se « légi­timer » ; guerre pré­ventive etc). Cette période, qui a vu aussi se des­siner des rup­tures stra­té­giques fortes entre les Etats-​​Unis et cer­tains pays euro­péens dont la France, ouvre pour la Palestine une période dif­ficile. Disons d’emblée que la nou­veauté, la com­plexité et la dif­fi­culté de la situation à laquelle nous sommes confrontés nous obligent à accorder une grande attention à la fois à notre débat interne et aux prio­rités que nous choi­sissons pour nos ini­tia­tives. Il nous faut donc inventer des moda­lités de fonc­tion­nement col­lectif qui soient démo­cra­tiques et res­pec­tueuses des différences.

Un mouvement en réseau structuré autour de plusieurs campagnes

Nous béné­fi­cions d’un patri­moine col­lectif, fruit de plu­sieurs décennies d’existence des deux asso­cia­tions (AMFP et AFP). C’est un patri­moine très riche, fait de connais­sance sérieuse de la Palestine mais aussi d’Israël, de l’histoire, des poli­tiques de l’ONU, de la France, de l’Europe comme des Etats-​​Unis ; fait de par­te­na­riats construits selon des cri­tères de respect de l’autodétermination, d’efficacité et de démo­cratie ; d’expérience mili­tante tant sur les ter­rains huma­ni­taires que poli­tiques ; fait de col­lectifs d’individus. Depuis la fusion de nos deux asso­cia­tions et la nais­sance de l’AFPS, il s’est agi à la fois de tenter de faire fruc­tifier ce patri­moine, de tenter de le faire par­tager à l’ensemble des nou­veaux membres de l’association jusqu’à sa Pré­si­dence, et en même temps d’intégrer les besoins nou­veaux liés à la fois aux exi­gences de la nou­velle situation en Palestine post-​​échec pro­grammé de Camp David, d’Intifada, d’offensive colo­niale, post-​​11 sep­tembre 2001, et aux poten­tia­lités nou­velles ouvertes par l’accroissement quan­ti­tatif et qua­li­tatif sans pré­cédent du mou­vement de soli­darité dont nous sommes une com­po­sante essentielle.

En même temps, s’est déve­loppé autour de nous - sans que nous en soyons néces­sai­rement le centre - un vaste mou­vement de soli­darité, un vaste réseau qui s’articule sur deux piliers nationaux (Pla­te­forme des ONG fran­çaises pour la Palestine, Coor­di­nation nationale des orga­ni­sa­tions pour une paix juste entre Israé­liens et Pales­ti­niens) qui, à travers la mobi­li­sation et le débat, a pu fixer et mener des cam­pagnes pré­cises pour la force de pro­tection inter­na­tionale et pour la sus­pension de l’accord d’association Union européenne-​​Israël. Notons que l’AFP a été à l’origine avec 7 autres ONG de la fon­dation de la Pla­te­forme, et à l’origine, notamment dans la pré­pa­ration de la mani­fes­tation du 7 octobre 2000, de la Coor­di­nation nationale pour une paix juste entre Pales­ti­niens et Israé­liens. Cela ne saurait en aucun cas nous conférer d’objectif hégé­mo­nique. Cela en revanche sou­ligne notre res­pon­sa­bilité par­ti­cu­lière pour contribuer à la fois aux orien­ta­tions de ces deux coor­di­na­tions et pour res­pecter la richesse que constitue la diversité de ses membres. La Pla­te­forme, par exemple, constituée au len­demain des accords d’Oslo pour mettre en cohé­rence nos ini­tia­tives, s’est voulu un mou­vement de soutien à une paix juste, donc fondée sur le Droit, pour que les pro­messes esquissées à Oslo ne restent pas lettre morte. La nature même de ses com­po­santes en a fait une coor­di­nation fondée sur trois piliers indis­so­cia­blement liés : la défense poli­tique du droit du peuple pales­tinien à l’autodétermination, la défense de ses droits humains, la soli­darité avec les projets de déve­lop­pement (en l’occurrence dans les domaines de l’éducation, de la santé, de l’agriculture sur sa terre). En quelque sorte ce sont là les fon­de­ments de notre propre engagement.

Notre enga­gement fon­da­mental est celui du Droit inter­na­tional, dont l’un des fruits est, outre l’ensemble des réso­lu­tions spé­ci­fiques sur la Palestine, le droit des peuples à l’autodétermination. A côté de notre enga­gement financier et humain, c’est lui qui fonde toute notre démarche poli­tique. Durant les deux années que nous venons de vivre, il s’est décliné autour d’une double exigence :

- protection internationale du peuple palestinien ;

- pres­sions sur Israël à la fois contre l’impunité et par souci d’efficacité réelle et concrète. Pour les Etats euro­péens, cette pression poli­tique passe par l’outil dont ils dis­posent : l’outil écono­mique. Nous l’avons pour notre part décliné en deux axes. Un axe poli­tique auprès des acteurs poli­tiques : après le succès de la cam­pagne pour le report de la rati­fi­cation de l’accord d’association UE/​Israël, durant les années Neta­nyahou, puis avec le chèque presque en blanc laissé ensuite à Ehud Barak, il s’est agi d’obtenir la sus­pension de l’application de cet accord. A la fois confor­mément à l’article 2 de cet accord relatif au respect des Droits humains, mais aussi confor­mément à l’intérêt même exprimé par l’UE de zone de paix et de libre-​​échange (quoi qu’on en pense) en Médi­ter­ranée. Un axe citoyen également, lon­guement débattu puis adopté à notre CA, pour le boycott des pro­duits israé­liens, dont l’efficacité recherchée n’est pas écono­mique mais de sen­si­bi­li­sation, reste à penser l’organisation concrète de notre campagne.

Les années 96-​​99 ont été celles d’un travail de lob­bying poli­tique efficace arti­culant local et national (voire par­tiel­lement européen) dans l’unité des ONG de la Pla­te­forme qui à cette occasion est passée de 7 à 30 asso­cia­tions, pour le report de la rati­fi­cation par le Par­lement français de l’accord d’association. Notre force se fondait sur l’articulation entre qualité argu­men­taire et diversité dans l’unité, donc repré­sen­ta­tivité. Presque tous les par­le­men­taires ont été alors ren­contrés, et nous avons étroi­tement tra­vaillé alors en étroite col­la­bo­ration ou bien en lob­bying auprès de la Com­mission des Affaires étran­gères, des Minis­tères concernés, de Miguel Mora­tinos et de la presse au point qu’ils repre­naient presque mot pour mot nos argumentaires.

Acculés à l’urgence durant ces deux der­nières années, entre débats-​​conférences et mani­fes­ta­tions, nous avons quelque peu délaissé ce travail poli­tique militant efficace d’interpellation et de pression, à l’exception notable du meeting de la Mutualité, un vrai succès même si le nombre d’associations asso­ciées était moins important que durant la cam­pagne pré­cé­dente. Il nous faudra donc continuer ce travail et le rendre prio­ri­taire. Le pro­blème d’ensemble était de tra­duire les cri­tiques contre la poli­tique du pouvoir israélien en une cam­pagne poli­tique vaste, diffuse, telle qu’elle devienne incon­tour­nable pour la poli­tique fran­çaise et européenne.

Il ne s’agissait pas de rechercher le plus petit déno­mi­nateur commun (P.P.D.C) mais bien de rechercher le plus grand déno­mi­nateur commun et mul­tiple (P.G.D.C.M.) et de déter­miner en même temps la cam­pagne qui doit per­mettre d’impliquer des couches plus larges de popu­lation qui consi­dèrent avec sym­pathie cer­tains de nos thèmes avancés par le « mou­vement » mais qui ne s’identifient pas à tout ou ne par­ti­cipent pas à nos mani­fes­ta­tions. Il s’agit de com­biner dia­lec­ti­quement nos actions coor­données avec les autres asso­cia­tions, partis, syn­dicats, quand un commun déno­mi­nateur peut être trouvé. Mais aussi ne pas hésiter à avancer nos mots d’ordre et nos pro­po­si­tions d’action quand nous les pensons justes, effi­caces et réalisables.

Il nous faut aussi tra­vailler à trans­former des colères qui pour­raient se four­voyer dans une soli­darité de type com­mu­nau­taire ou une lecture confes­sion­nelle du conflit en mobi­li­sa­tions arti­culées sur la com­pré­hension du fon­dement poli­tique du conflit.

- De ce point de vue, l’événement poli­tique central de l’année 2002 a été le vote du Par­lement européen du 10 avril sur la sus­pension de l’accord d’association entre l’Union euro­péenne et Israël.

Depuis nous sommes entrés dans une nou­velle phase his­to­rique avec la guerre en Irak et la mobi­li­sation citoyenne euro­péenne contre cette guerre.

Quant à la pro­tection inter­na­tionale du peuple pales­tinien, il nous faut appro­fondir notre travail en par­ti­culier, mais pas seulement, en nous appuyant sur l’expérience accu­mulée par les volon­taires inter­na­tionaux des mis­sions civiles pour la pro­tection du peuple pales­tinien, dont la visi­bilité en France ou en Europe est très en deçà du pos­sible et du souhaitable.

Un contexte radicalement nouveau

Désormais notre lutte s’insère dans un contexte de glo­ba­li­sation marqué par trois évène­ments poli­tiques déter­mi­nants et nouveaux :

- l’invasion de l’Irak par l’unilatéralisme américain ;

- la montée du mou­vement alter­mon­dia­liste plus par­ti­cu­liè­rement centré sur ses objectifs anti­guerre et de défense du Droit ;

- la contradiction croissante entre les Etats-​​Unis et l’Union européenne.

Comment faire franchir un saut qua­li­tatif au mou­vement de soli­darité avec la Palestine qui lui per­mette de peser suf­fi­samment pour amener l’Europe à une ini­tiative poli­tique forte, qui exerce une pression efficace sur le gou­ver­nement israélien ?

Ce qui suppose pour nous de réins­taller la question pales­ti­nienne dans ce cadre mouvant qui peut aussi ouvrir de nou­velles pers­pec­tives offertes par la mobi­li­sation de l’opinion contre la guerre et par le pro­cessus de dif­fé­ren­ciation entre Etats-​​Unis et Europe.

Ce qui suppose donc de :

1-​​ conso­lider les réseaux déjà constitués de la société civile euro­péenne (en pro­posant une sorte de « pacte de travail commun » portant sur la force de pro­tection inter­na­tionale et sur la sus­pension de l’accord d’association)

2-​​ ren­forcer cette relation avec le monde poli­tique qui a marqué un « sursaut d’attention » (vote du Par­lement européen, recons­ti­tution en France d’un groupe d’études par­le­men­taire « France-​​Palestine », meeting de la Mutualité et ses suites ).

Non réa­li­sable ? On le dit souvent au départ pour les grands enjeux. Rappelons-​​nous la C.P.I. qui est en train d’expérimenter l’idée d’une justice admi­nistrée non au nom des Etats mais au nom des droits fon­da­mentaux de l’Humanité et qui pourrait fina­lement mettre sous accu­sation les dic­ta­teurs du monde entier. Des ini­tia­tives sont en ges­tation pour reprendre à propos du conflit israélo-​​palestinien et des vio­la­tions mul­tiples per­pé­trées par le gou­ver­nement israélien, le tri­bunal Russell pour le Vietnam. Notre asso­ciation doit les soutenir.

Certes aujourd’hui il est dif­ficile d’être opti­miste, mais quelque chose de sem­blable pourrait arriver sur le front de la Palestine à condition que face à la situation tou­jours plus dra­ma­tique des Pales­ti­niens, à la conso­li­dation du régime d’occupation israélien et au refus du gou­ver­nement Sharon d’envisager un véri­table pro­cessus de paix, l’opinion inter­na­tionale euro­péenne, en par­ti­culier dans la foulée de la mobi­li­sation contre la guerre en Irak, se mobilise suf­fi­samment pour imposer à l’UE qu’elle prenne des ini­tia­tives poli­tiques en les accom­pa­gnant de pres­sions néces­saires sur Israël.

Tels sont les axes cen­traux, à côté de notre soutien financier aux ONG pales­ti­niennes, qui ont structuré notre mou­vement et qui consti­tuent les points d’appui de notre futur enga­gement tout en les réajustant aux nou­veautés du contexte au Moyen-​​Orient et dans les rap­ports entre les Etats-​​Unis et l’Europe.

Un mouvement à construire

Le mou­vement de soli­darité avec la Palestine en France a connu un déve­lop­pement remar­quable au cours des deux années écoulées, à l’image de l’AFPS, seul mou­vement national global sur ce sujet mais qui ne repré­sente qu’une partie de la réalité d’un mou­vement très segmenté.

En l’état, ce mou­vement qui se construit est plu­ra­liste, inter­gé­né­ra­tionnel, même si cela se voit peu à l’AFPS, inter­cul­turel (avec une forte com­po­sante de culture ou d’origine arabe, avec une com­po­sante faible mais réelle de réfé­rence juive), socia­lement très com­posite, poli­ti­quement très diver­sifiée (d’une partie de l’extrême gauche à des sec­teurs de l’U.M.P.). Ce mou­vement en réseau ne peut être qu’indépendant des partis. A tous les niveaux, la future AFPS devrait refléter cette plu­ralité et cette diversité.

Un pro­blème pour l’AFPS est de trouver des for­mules uni­taires qui à l’instar de la Pla­te­forme des ONG fran­çaises pour la Palestine et de la « Coor­di­nation nationale » puissent servir de support à ce plu­ra­lisme et lui garan­tissent une effi­cacité poli­tique. Il conviendra donc à l’avenir, d’être par­ti­cu­liè­rement attentif au fait d’aller vers des couches et des tranches d’âges de la popu­lation avec qui nous n’avions pas for­cément l’habitude de tra­vailler ou pas suf­fi­samment. En par­ti­culier, il y a urgence à aller vers ces quar­tiers popu­laires délaissés de tous et dans les­quels frus­tra­tions et ranc ?ur se déve­loppent. Il y va de l’efficacité de notre lutte, mais aussi de notre res­pon­sa­bilité de citoyens. La question pales­ti­nienne peut et doit devenir un facteur de ras­sem­blement et de lutte contre les frac­tures et l’intolérance autour de valeurs universelles.

D’où la nécessité pour l’AFPS, en par­ti­culier, de pro­poser rune stra­tégie claire et une ligne d’action commune qui servent de ciment pour ce mou­vement désormais vaste mais qui a encore besoin d’une dyna­mique d’élargissement.

Aujourd’hui le mou­vement pour la Palestine tend à avoir une com­pé­tence poli­tique plus grande que le poli­tique organisé, ce qui du même coup accroît sa cré­di­bilité auprès des ins­ti­tu­tions fran­çaises et européennes.

C’est dans cette pers­pective que doit continuer à se mener une cam­pagne comme celle visant à la sus­pension de l’accord d’association, autour de laquelle peut se déve­lopper une série d’activités et de cam­pagnes de mobi­li­sation et de sen­si­bi­li­sation qui, à leur tour, peuvent élargir l’éventail des forces mises en mou­vement (Cam­pagne inter­na­tionale pour la pro­tection du peuple pales­tinien, cam­pagne ICAHD pour la recons­truction de maisons, cam­pagne pour la libé­ration de Marwan Bar­ghouti et des pri­son­niers poli­tiques ?). L’enjeu stra­té­gique reste tou­jours l’exigence d’une appli­cation du droit inter­na­tional et de l’intervention-pression de l’Union européenne.

Il nous faut pro­poser au mou­vement qui s’est mobilisé contre la guerre en Irak un pro­lon­gement dans la soli­darité avec la Palestine, articulé sur la défense de la légalité inter­na­tionale et d’une paix fondée sur le Droit. C’est un travail à mener notamment au sein du mou­vement alter­mon­dia­liste et de FSE.

II-​​LES AXES DE NOTRE INTERVENTION : LA PAIX PAR LE DROIT

Une situation toujours plus dramatique

L’essence du conflit israélo-​​palestinien, comme nous l’avons très souvent écrit (cf. nos bro­chures sur la colo­ni­sation écrites durant les années « Oslo ») repose à la fois sur un double transfert de popu­lation (transfert de Pales­ti­niens hors de leur terre ; transfert vers la Palestine d’abord de juifs d’Europe après le génocide et puis de juifs du monde entier), et sur une dépos­session de ces terres au profit de la colo­ni­sation israé­lienne. D’où le fait qu’au moins jusqu’à la pre­mière Intifada en 1987, le droit au retour a été l’axe central prio­ri­taire de la Résis­tance pales­ti­nienne. La pre­mière Intifada a recentré le conflit sur le ter­ri­toire pales­tinien lui-​​même, et mis en évidence à la fois la jus­tesse de la reven­di­cation nationale pales­ti­nienne et la réalité de la colo­ni­sation israé­lienne qu’Israël envisage comme un fait accompli. Depuis la conquête des ter­ri­toires occupés en 1967, Israël a tout tenté pour accroître son contrôle des terres et pour modifier la com­po­sition démo­gra­phique à travers l’occupation mili­taire et la création pro­gressive de colonies. Toute cette poli­tique constitue une vio­lation globale des réso­lu­tions du Conseil de sécurité. Aujourd’hui existent 357 colonies avec une popu­lation de 385 000 Israé­liens en Cis­jor­danie, à Gaza et à Jérusalem-​​est.

Les colonies, les terres confis­quées, les routes de contour­nement et autres terres contrôlées avec la construction du mur par l’armée israé­lienne com­prennent désormais 55% des ter­ri­toires occupés.

La vie quo­ti­dienne pour le peuple pales­tinien est insup­por­table : couvre-​​feu, check-​​points, exé­cu­tions ciblées, puni­tions col­lec­tives de toutes sortes, des­truc­tions de maisons, vio­la­tions sys­té­ma­tiques des conven­tions de Genève sur la pro­tection des civils sous occupation ?

Les accords d’Oslo ouvraient une pers­pective : celle de l’échange de « la paix contre les ter­ri­toires ». Les négo­cia­tions se situaient hors du cadre des Nations unies mais se fon­daient sur les réso­lu­tions 242 et 338 qui reposent sur le principe d’illégalité de l’acquisition de ter­ri­toires par la force. Cela sup­posait un rééqui­li­brage notamment inter­na­tional, du rapport de forces, qui n’a pas eu lieu. Israël n’a pas res­pecté les accords signés et la colo­ni­sation a doublé en dix ans. A Camp David, lors de la négo­ciation sur les dos­siers cen­traux du conflit (réfugiés, Jéru­salem, colonies, ter­ri­toire, Etat), Ehud Barak (qui au sein du parti tra­vailliste s’était battu contre Oslo) a refusé le principe d’une négo­ciation sur les moda­lités d’application du Droit inter­na­tional. Il a tout sim­plement rejeté le Droit inter­na­tional, pour délé­gi­timer l’ANP, les par­tisans israé­liens de la négo­ciation, et toute idée même de négo­ciation. La guerre colo­niale, après la « provoc » co-​​organisée (Barak-​​Sharon) à Jéru­salem pouvait com­mencer. Pour Ariel Sharon, l’objectif maintes fois réaf­firmé est clair : achever ce qui ne l’a été en 1948, à savoir expulsion-​​dépossession-​​annexion, déjà lar­gement entamée de facto. Dans son gou­ver­nement d’extrême droite, des ministres prônent la puri­fi­cation eth­nique. Il a tout fait pour éradiquer l’ANP. L’historien pales­tinien Saleh Abdel Jawad parle de « sociocide ».

C’est contre l’occupation que s’est orga­nisée l’Intifada, qui a pris suc­ces­si­vement des phases bien diverses. La logique de la vio­lence qu’entraîne la guerre de Sharon ne s’arrêtera pas tant que dure l’occupation. Il en découle deux objectifs cen­traux com­plè­tement liés : la fin de l’occupation des ter­ri­toires pales­ti­niens et l’établissement d’un Etat pales­tinien plei­nement souverain.

Contre l’occupation, pour un Etat pales­tinien viable sou­verain et dans les fron­tières de 67.

Notre soli­darité avec les Pales­ti­niens se fonde sur des prin­cipes uni­versels qui sont ceux du droit inter­na­tional et des réso­lu­tions de l’ONU. Celles-​​ci affirment que sur la terre de Palestine vivent désormais deux peuples : un peuple israélien et un peuple pales­tinien et tous les deux ont droit à un Etat. Elles recon­naissent aussi le droit des Pales­ti­niens au retour.

Or aujourd’hui, il y a un peuple occupant et un peuple occupé, lequel se voit refuser l’exercice du droit à l’autodétermination.

Ainsi, le droit inter­na­tional actuel fixe et légitime le droit du peuple pales­tinien à l’autodétermination et constitue la pla­te­forme de lutte du mou­vement national palestinien.

Cette situation découle du rôle par­ti­culier que l’ONU a joué dans la question pales­ti­nienne. Ce qui a contrario signifie aussi que toute ten­tative de sortir du cadre ONU - comme le font les Etats-​​Unis avec Israël - vise tou­jours à remettre en cause les droits reconnus au peuple pales­tinien par la com­mu­nauté internationale.

L’AFPS soutien la lutte de libé­ration nationale du peuple pales­tinien qui demande la création d’un Etat pales­tinien sur les ter­ri­toires occupés par Israël en juin 1967 (Cis­jor­danie, Gaza, Jérusalem-​​est), des fron­tières sûres et reconnues par les deux Etats et la paix entre Israël et ses voisins arabes, pour une solution poli­tique à Jéru­salem à égalité, pour la recon­nais­sance du droit au retour des réfugiés dont les moda­lités d’application ne sont négo­ciables que si le Droit est reconnu.

Ces exi­gences légi­times sup­posent la fin de l’occupation des ter­ri­toires pales­ti­niens, le retrait de toutes les colonies, une totale sou­ve­raineté de l’Etat pales­tinien sur son ter­ri­toire, ses res­sources et ses fron­tières, et Jéru­salem comme capitale, une solution juste à la question des réfugiés fondée sur le droit au retour des Pales­ti­niens et la réso­lution 194.

L’AFPS déve­loppe une soli­darité poli­tique, morale, écono­mique et humaine avec l’ensemble du peuple pales­tinien et de ses com­po­sants, en Palestine occupée , en exil forcé et en Israël même.

L’AFPS sou­tient de même le mou­vement anti-​​colonialiste israélien, à com­mencer par les soldats qui refusent de servir dans les ter­ri­toires pales­ti­niens occupés.

Dans l’immédiat : protection internationale du peuple palestinien

Aujourd’hui la conti­nuation et l’aggravation de l’occupation mili­taire israé­lienne des ter­ri­toires pales­ti­niens, le début d’une mise en ?uvre d’une logique de déportation-​​transfert rendent tou­jours plus urgente et néces­saire l’exigence d’un déploiement d’une force de pro­tection internationale.

C’est tout l’enjeu de la Cam­pagne inter­na­tionale pour la pro­tection du peuple pales­tinien qui vient de se mettre en place à Paris et où l’AFPS doit prendre toute sa place.

C’est notamment à ce niveau de pro­tection de la vie tou­jours plus menacée des Pales­ti­niens qu’il faut dénoncer for­tement la détention illégale de Marwan Bar­gouthi et de tous les pri­son­niers poli­tiques pales­ti­niens et de continuer à assurer leur défense. En effet, le maintien en détention pro­longée de mil­liers de Pales­ti­niens constitue déjà une pre­mière forme d’expulsion de Pales­ti­niens de leur ter­ri­toire et s’intègre dans une logique de dépor­tation de masse et même de transfert.

En même temps, pour le pouvoir israélien il s’agit à travers le procès de M.Barghouti de détruire la nou­velle géné­ration poli­tique démo­cra­tique et laïque du mou­vement national pales­tinien. Par consé­quent, la défense poli­tique de M.Barghouti et des pri­son­niers doit être un axe essentiel de notre travail car c’est l’avenir poli­tique de la Palestine qui est en jeu.

Le rôle de la France

L’AFPS se félicite de la position offi­cielle de la France en faveur de la légalité inter­na­tionale et de la recon­nais­sance de la légi­timité de l’ANP et de son pré­sident élu. Il convient de pour­suivre sur cette voie, sans renon­ciation, sans com­pro­mission, sans ambi­guïté ni demi-​​mesure. Cette position doit se tra­duire par des actes forts .Au-​​delà des pro­tes­ta­tions offi­cielles, la France doit peser de manière déter­minée pour faire pré­valoir le Droit Inter­na­tional, elle doit mobi­liser tous ces moyens pour l’envoi d’une force de pro­tection inter­na­tionale du peuple pales­tinien et pour que les pres­sions sur Israël, réclamées par le par­lement européen lui-​​même ne restent pas lettre morte dans le mépris de la démo­cratie. La France doit sus­pendre sa coopé­ration mili­taire avec Israël.

La France peut et doit :

- inter­venir auprès des ins­tances exé­cu­tives euro­péennes pour que soit mise en ?uvre la réso­lution adoptée le 10 avril 2002 par le par­lement européen, comme l’ont fait les conseils d’administration d’universités, en pro­posant la sus­pension des accords de coopé­ration en matière de recherche scien­ti­fique. Il est scan­daleux que les ministres de l’Education Nationale et des Affaires Etran­gères aient désa­voués le CA de Paris 6 comme ils l’ont fait.

- Demander au Secré­taire Général des Nations Unies la convo­cation d’une assemblée générale pour que soient étudiées les sanc­tions à imposer à Israël en raison du mépris absolu avec lequel ce pays traite les réso­lu­tions votées par l’ONU depuis 1967 et pour que la Cour Pénale Inter­na­tionale soit saisie des crimes de guerre commis par l’armée israélienne.

Cette exi­gence mul­ti­forme de la « pro­tection » des droits des Pales­ti­niens - à com­mencer par le droit à la vie - pose la question de la capacité du mou­vement de soli­darité à obliger la France et l’Europe à mener une poli­tique de pression-​​sanction suf­fi­sante sur le pouvoir israélien.

C’est tout l’enjeu de la bataille pour la sus­pension de l’accord d’association UE-​​Israël qui reste l’enjeu central.

Réaffirmer les fondements éthiques et politiques de notre solidarité

Notre asso­ciation se réclame des prin­cipes des droits humains (égalité, anti-racisme,laïcité) et du droit des peuples à dis­poser d’eux-mêmes. C’est dans ce cadre qu’elle agit pour la recon­nais­sance des droits des Palestiniens.

La défense intran­si­geante de ces valeurs doit accom­pagner notre soli­darité sous peine d’affaiblissement ou de dis­crédit moral et poli­tique de cette soli­darité elle-​​même.

De ce point de vue, pour conquérir dura­blement une majorité de l’opinion publique fran­çaise déjà acquise selon tous les son­dages à la cause pales­ti­nienne, le mou­vement de soli­darité ne peut esquiver cer­tains problèmes.

C’est le cas des dérives anit-​​juives qui peuvent appa­raître à l’occasion des mani­fes­ta­tions de soutien à la cause pales­ti­nienne. La dénon­ciation de notre part de tout com­por­tement anti­sémite s’impose dans le cadre de la réaf­fir­mation de notre condam­nation sans concession de toutes les formes de racisme. L’AFPS n’a pas à se jus­tifier. Nos décla­ra­tions, nos écrits sont là pour le confirmer. Nous conti­nuerons à dénoncer et com­battre les dérives et mani­fes­ta­tions racistes. Par ailleurs, devant les menaces phy­siques , morales et juri­diques exercées par cer­tains réseaux incon­di­tionnels de Sharon, visant à baillonner la soli­darité gran­dis­sante avec les Pales­ti­niens, l’AFPS prendra la défense des mili­tants et orga­ni­sa­tions qui vien­draient à être la cible de ces incon­di­tionnels, dans la mesure, bien entendu, où leurs textes ou actions res­pectent les prin­cipes de notre charte.

L’autre pro­blème posé est celui du rapport entre résis­tance ter­ro­risme et lutte armée. Là aussi un certain nombre de défi­ni­tions et de prin­cipes doivent uti­lement être rap­pelés. Le droit inter­na­tional reconnaît la légi­timité et la légalité de la résis­tance, y compris armée, à l’occupation étrangère - quand il n’existe plus d’autre pos­si­bilité d’exprimer ses reven­di­ca­tions. De ce point de vue, il ne fait aucun doute que les Pales­ti­niens ont le droit d’utiliser la vio­lence dans leur lutte. En même temps tout mou­vement de libé­ration doit réfléchir sur le coût des moyens qu’il choisit dans sa lutte, sur leur effi­cacité politique.

Quoi qu’il en soit la légi­timité de la résis­tance ne peut per­mettre de trans­gresser le Droit Inter­na­tional. L’ANP, privée de ses moyens, condamne sans ambi­guïté les attentats sui­cides contre les civils israé­liens en Israël.

En même temps on ne peut sim­plement ren­voyer dos-​​à-​​dos deux pro­ta­go­nistes sous pré­texte que les deux violent le droit huma­ni­taire ? . En effet, la bataille que mènent les Pales­ti­niens est une « lutte juste », une résis­tance légitime à une occu­pation illé­gitime, alors que le gou­ver­nement israélien déve­loppe une stra­tégie de maintien d’une occu­pation illégale et de ter­ro­risme d’Etat.

Annexe :

AFPS AG 24 /​25-​​ 05-​​ 2003

ANNEXE AU RAPPORT D’ORIENTATION

LA MOTION SUI­VANTE A ÉTÉ PRO­POSÉE ET VOTÉE CONDI­TION­NEL­LEMENT PAR L’AG (sous réserve que les condi­tions finan­cières le permettent) :

Dans les cir­cons­tances dif­fi­ciles que connaît le peuple pales­tinien, l’AFPS doit, dans tous les domaines où elle inter­vient, élever ses pos­si­bi­lités d’action à la hauteur des enjeux. C’est pourquoi l’AG décide les mesures sui­vantes qu’elle charge la nou­velle direction de mettre en ?uvre dès maintenant :

- Consti­tution d’un comité de par­rainage de per­son­na­lités des milieux poli­tiques, culturels, scien­ti­fiques et de repré­sen­tants de la société civile. L’existence de ce comité devrait ren­forcer la visi­bilité de l’AFPS vis à vis de l’opinion publique et des médias, ainsi que nos pos­si­bi­lités d’accès aux hautes sphères de l’Etat. (9 contre et 8 abstentions)

- Recru­tement d’un per­manent de l’AFPS à plein temps ACCOM­PA­GNANT LE TRAVAIL du Bureau national et res­pon­sable devant lui. Le pro­chain CA en déter­minera les fonc­tions. (4 contre et 16 abstentions)

Affec­tation des fonds reçus par l’AFPS sans spé­ci­fi­cation par­ti­cu­lière (par­rai­nages ou projets précis) pour des acti­vités poli­tiques et pour leur visi­bilité sous réserve des pos­si­bi­lités financières.

Déve­lop­pement de la stra­tégie de com­mu­ni­cation déjà mise en ?uvre (internet, journal) en insistant d’une part sur les compte-​​rendus des acti­vités des mili­tants et des groupes, les forums de dis­cussion, et d’autre part en ren­forçant notre stra­tégie de suivi et de com­mu­ni­cation avec les dif­fé­rents médias.