Rapport Goldstone ; Affaire à suivre

Abir Taleb, dimanche 14 février 2010

Le flou per­siste sur une éven­tuelle saisine par la Cour Pénale Inter­na­tionale (CPI) du dossier des crimes de guerre commis par Israël contre Gaza fin 2008. Ban Ki-​​moon a, en effet, émis des doutes sur la cré­di­bilité des enquêtes menées par Israël et l’Autorité palestinienne.

Plus d’un an après l’offensive israé­lienne contre Gaza, la question des crimes qui ont eu lieu au cours de ce conflit continue à faire des remous. Et les résultats des enquêtes menées de part et d’autre restent insuf­fi­sants. La guerre menée par l’Etat hébreu contre la bande de Gaza fin 2008 a fait plus de 1 400 morts côté pales­tinien, dont des cen­taines de civils. C’est pro­ba­blement la seule infor­mation sûre à l’heure qu’il est. Du moins pour les Nations-​​Unies, qui accusent les deux parties, à savoir Israël et l’Autorité pales­ti­nienne, de ne pas avoir mené avec jus­tesse leurs enquêtes concernant ce conflit. Ce week-​​end, le secré­taire général de l’Onu, Ban Ki-​​moon, a ainsi mis en doute la cré­di­bilité des enquêtes dili­gentées par Israël et l’Autorité pales­ti­nienne sur les accu­sa­tions de crimes de guerre durant le conflit de 2008-​​2009 dans la bande de Gaza.

Dans un message adressé à l’Assemblée générale de l’Onu, Ban reconnaît que les deux camps exa­minent le com­por­tement des soldats israé­liens d’un côté et des acti­vistes pales­ti­niens de l’autre, comme le demandait une réso­lution votée en novembre dernier par l’Assemblée. Mais quant à savoir si ces enquêtes sont bien « indé­pen­dantes, cré­dibles et conformes aux normes inter­na­tio­nales », il a choisi de réserver son jugement. « Aucun jugement ne peut être établi sur l’application de la réso­lution par les parties concernées », écrit le diplomate sud-​​coréen dans cette lettre, qui accom­pagne des docu­ments remis par Israël et l’Autorité pales­ti­nienne sur leurs enquêtes respectives.

Accusé d’avoir eu recours à une force excessive et de ne pas avoir dis­tingué les com­bat­tants des civils, Israël répond que les acti­vistes se sont servis des popu­la­tions comme de bou­cliers humains. Une réponse qui cache mal les forces dis­pro­por­tionnées uti­lisées par les deux parties, et dont témoigne le nombre de vic­times des deux parties : 1 400 côté pales­tinien contre 13 seulement côté israélien. Sans parler de l’usage par Israël des bombes à phos­phore contre les civils, des engins explosifs interdits internationalement.

Blocage de l’administration américaine

La réaction pales­ti­nienne aux allé­ga­tions israé­liennes ne s’est pas fait attendre. Le ministre de la Justice du gou­ver­nement Hamas, Mohamad Faraj Al-​​Ghoul, a affirmé que les « allé­ga­tions » selon les­quelles les groupes armés pales­ti­niens avaient tué ou blessé des civils israé­liens dans ce conflit, avaient « besoin d’être sou­tenues par des preuves ». De plus, le Hamas veut que l’Onu transfère le dossier de l’offensive israé­lienne sur la bande de Gaza à l’hiver 2008-​​2009 à la CPI. C’est ce qu’a déclaré samedi à l’AFP Mohamad Faraj Al-​​Ghoul. Il a cependant dit s’attendre à un blocage de l’administration amé­ri­caine dans ce processus.

Le 27 janvier, le Hamas avait absous les groupes armés pales­ti­niens, dont son bras armé, de tout crime de guerre durant le conflit à Gaza, en indi­quant avoir mené ses propres enquêtes confor­mément aux recom­man­da­tions du rapport Gold­stone, com­mis­sionné par l’Onu. Le rapport Gold­stone recom­mande la saisine de la CPI si Israël et les Pales­ti­niens, accusés de « crimes de guerre » voire de « crimes contre l’humanité » durant la guerre, n’annonçaient pas d’ici fin janvier leur intention de mener des enquêtes « cré­dibles » sur la manière dont le conflit a été conduit.

Dans un rapport officiel remis fin janvier à l’Onu, Israël s’est efforcé de réfuter les accu­sa­tions de la com­mission Gold­stone et a refusé jusqu’à présent la création d’une com­mission d’enquête réclamée par l’Onu. Aussi bien l’Etat juif que le Parti isla­miste du Hamas, qui contrôle la bande de Gaza, ont rejeté toute accu­sation de crimes de guerre. Le Hamas a indiqué avoir remis à l’Onu une réponse rejetant toutes les accu­sa­tions portées contre ses com­bat­tants. Ce document ne figure pourtant pas dans le dossier envoyé par Ban Ki-​​moon à l’Assemblée générale.

Quant à Israël, il avait ini­tia­lement refusé de coopérer avec le juriste sud-​​africain Richard Gold­stone, auteur du rapport sur le conflit que l’Etat juif a bien sûr jugé erroné. Mais Israël a fini par décider de fournir des infor­ma­tions au secré­taire général de l’Onu. Et Tel-​​Aviv, qui ne voit que ce qu’il veut voir, s’est félicité cette semaine de la décla­ration du secré­taire général, estimant qu’elle tenait compte d’un rapport com­mu­niqué par Israël. Dans ce rapport, Israël affirme avoir ouvert des enquêtes sur 150 inci­dents séparés, dont 36 font l’objet d’une enquête cri­mi­nelle. Deux offi­ciers supé­rieurs ont reçu un blâme et une seule condam­nation a été pro­noncée, selon l’armée : contre un soldat qui avait volé une carte de crédit. C’est dire à quel point l’enquête israé­lienne est loin d’être juste.