Eiman Mohammed, lundi 22 septembre 2008
Cette année, alors que la nuit s’installe et que l’appel du muezzin monte dans le soir, les bruits ambiants des rues de Gaza disparaissent et les trottoirs se vident.
A Gaza, en ce Ramadan, les couchers de soleil ne sont pas accueillis par les lanternes scintillantes qui illuminent traditionnellement l’obscurité de ce mois de jeûne difficile. Cette année, alors que la nuit s’installe et que l’appel du muezzin monte dans le soir, les bruits ambiants des rues de Gaza disparaissent et les trottoirs se vident. Pourtant, la différence entre le jour et la nuit n’est pas comme d’habitude.
Ces jours ci on ne voit guère d’activité dans les magasins de Gaza pendant la journée, au moment où les gens sortent en général acheter les légumes et les douceurs du repas de rupture du jeûne ou les nouveaux vêtements, en préparation de la fête de fin du Ramadan.
Cette année, le manque de nourriture implique que nous n’avons même pas notre nourriture quotidienne de base. Alors, les fruits et les pâtisseries du Ramadan…A cause du siège israélien qui se poursuit à Gaza, les clients ne trouvent pas ce qu’il leur faut vraiment pour leurs provisions du Ramadan.
Ca, c’est juste un raccourci de la situation à Gaza ce Ramadan où un rare croissant de lune éclairé, accroché à une fenêtre, n’arrive pas à rasséréner la population frustrée.
« Je n’ai aucune idée de ce que je devrais faire ce mois-ci » dit Ahmed Mousa, père de deux enfants et directeur d’un magasin dans le secteur quasi sinistré du commerce palestinien. “C’est théoriquement un mois de joie, de prière, de visites à la famille, mais rien de ce dont ma famille a besoin ne se trouve au marché et si ça l’était, je n’ai pas les moyens de toute façon. Je ne peux pas m’offrir les produits ici et je ne peux pas rentrer à la maison les mains vides”.
Maïs a 10 ans et elle a dit sa déception de ne pas avoir de lanterne de Ramadan comme l’an passé. “Je ne peux pas m’amuser avec mes amies à la lumière des lanternes comme les autres années ” se lamente-t-elle. “Cette année il n’y a rien de drôle pendant le Ramadan ; je ne suis même pas sûre que ma mère va m’acheter de nouveaux vêtements pour l’Eid Al Fitr (la fin de la fête du Ramadan), elle dit qu’il ne va rien y avoir de gai et que la famille ne viendra pas." La mère de Maïs, qui a 30 ans, confirme les craintes de sa fille : "Presque tous les membres de notre famille sont à Ramallah depuis la tragédie entre le Fatah et le Hamas (le 25 juin), aussi nous n’aurons personne à la table du dîner et ce sera la première fois aussi loin que remontent mes souvenirs.”
Alors que ce Ramadan est particulièrement lugubre, des événements traditionnels comme les feux d’artifice ou les repas très élaborés d’avant le point du jour s’estompent des mémoires après plusieurs Ramadan difficiles de suite. “Les gens de Gaza n’ont plus l’esprit tranquille,” explique Muhammad Ibrahim, “maintenant nous sommes tous préoccupés de ce qui va se passer le lendemain, sans savoir ce qui va mettre en danger l’avenir de nos enfants." “J’ai amené mes quatre petits enfants se promener dans le quartier après l’Iftar (le repas de rupture du jeûne après le coucher du soleil), mais rien n’a paru les rendre heureux ou même les faire sourire car l’ ambiance n’est pas gaie, contrairement aux Ramadans d’avant. "