Ramadan sinistre à Gaza, sous blocus israélien

Sakher Abu El-​​Oun, dimanche 7 septembre 2008

Le mois durant lequel les fidèles jeûnent depuis le lever du soleil jusqu’à son coucher, est pour les musulmans, partout dans le monde, l’occasion de repas et fes­ti­vités noc­turnes, de remises de cadeaux et ras­sem­ble­ments fami­liaux. Des choses actuel­lement dif­fi­ciles à réa­liser à Gaza. Reportage.

A l’heure où le monde musulman célèbre le ramadan dans la joie, les Pales­ti­niens de Gaza vont pour la seconde année consé­cutive connaître une fête morose dans un ter­ri­toire sous contrôle du Hamas et soumis au blocus israélien.

Israël main­tient un strict bou­clage de cette région pauvre, où vivent 1,5 million de per­sonnes, depuis que les isla­mistes du Hamas en ont pris le contrôle par la force en juin 2007.

Si le blocus s’est quelque peu allégé après la conclusion d’une trêve en juin avec le Hamas, qui prône la pour­suite de la lutte armée contre Israël, des res­tric­tions dra­co­niennes restent en vigueur pour le passage des mar­chan­dises et encore plus des personnes.

"Fran­chement je ne suis pas d’humeur à accueillir comme il se doit le ramadan, alors que d’année en année la situation empire et que la vie est de plus en plus chère et dif­ficile", confie Dina, une étudiante qui fait son marché à Gaza.

"On ne voit rien de spécial"

Le mois durant lequel les fidèles jeûnent depuis le lever du soleil jusqu’à son coucher, est pour les musulmans, partout dans le monde, l’occasion de repas et fes­ti­vités noc­turnes, de remises de cadeaux et ras­sem­ble­ments fami­liaux - toutes choses actuel­lement dif­fi­ciles à réa­liser à Gaza.

"Le ramadan cette année ne diffère pas des autres mois. On ne voit rien de ce qui le rend nor­ma­lement si spécial", affirme Mohammed Abou Sultan, ren­contré dans une échoppe qui vend des lan­ternes déco­ra­tives. "Chaque année, j’achète des lan­ternes aux petits, mais j’ai été choqué de constater que les prix ont qua­siment doublé", se plaint ce père de quatre enfants, qui reconnaît être regardant sur les cadeaux et même sur les pro­duits de base.

D’autres, encore plus démunis, confec­tionnent eux-​​mêmes ces fameuses lan­ternes tra­di­tion­nelles qui enchantent les enfants.

Pas le droit d’importer des produits typiques

"Mon père est allé me chercher une lan­terne au marché. Mais comme il n’a pas réussi à en trouver à la mesure de ses moyens, je vais en fabriquer une avec une boîte en carton et une bougie à l’intérieur", confie le petit Ahmed, neuf ans.

Les réunions fami­liales seront également limitées au strict minimum, tant à cause du blocus israélien que de la montée des prix des ali­ments et des car­bu­rants consé­cutive au coup de force du Hamas.

"D’habitude, les gens achètent une bonne dizaine de paquets de Qam­reddin (une friandise à l’abricot), et cette année ils n’en achètent pas un seul", constate avec amertume Majid al-​​Safdi, un com­merçant. "La situation écono­mique s’est dégradée, et la façon dont Israël nous traite est hon­teuse car nous ne sommes auto­risés à importer qu’une petite partie des pro­duits typiques du ramadan", ajoute-​​t-​​il.

Les tra­fi­quants pro­fitent de la situation en vendant à des prix pro­hi­bitifs les articles passés en contre­bande depuis l’Egypte par des tunnels creusés sous la frontière.

Le Hamas n’est pas ébranlé par le blocus

"Récemment encore, ces tra­fi­quants n’avaient rien à pro­poser, et à présent il y a de tout à des prix incroyables", se révolte Dina.

Pour Mahmoud Aud, un autre com­merçant, ces prix "ver­ti­gineux" tiennent simul­ta­nément à la glo­ba­li­sation et aux bou­clages israé­liens. Il donne pour exemple les noix de coco vendues moins de deux dollars le kg l’an dernier et qui coûtent désormais environ six dollars.

Le moindre écart de prix peut avoir des consé­quences dra­ma­tiques à Gaza, où plus de 60% des habi­tants vivent sous le seuil de la pau­vreté et dépendent de l’assistance ali­men­taire octroyée par l’Onu.

Autre effet des bou­clages : la plupart des entre­prises du secteur privé à Gaza ont été para­lysées et contraintes de fermer leurs portes ou de réduire leurs acti­vités, notamment dans la construction.

En revanche, le blocus n’a guère ébranlé le Hamas, tou­jours en place dans la région plus d’un an après son san­glant coup de force contre le parti Fatah du pré­sident pales­tinien modéré Mahmoud Abbas.