Raid américain en Syrie, Damas dénonce la violation de son territoire

Radio Canada (+ communiqué du PCF), mardi 28 octobre 2008

Selon la télé­vision et la presse syrienne, quatre héli­co­ptères amé­ri­cains ont attaqué une ferme dans le village d’Al-Soukkariya, près de la fron­tière ira­kienne, à 550 km au nord-​​est de Damas. Le raid a fait au moins huit morts, tous des civils.

« C’est un raid mons­trueux, qui est contraire au droit inter­na­tional. C’est un crime ter­rible […] », a déclaré l’ambassadeur de la Syrie au Royaume-​​Uni, lundi, quelques heures après un raid amé­ricain contre un village syrien qui a fait au moins huit morts.

Le gou­ver­nement syrien n’exclut d’ailleurs pas de porter cette vio­lation mani­feste de sa sou­ve­raineté devant le Conseil de sécurité des Nations unies.

À Bey­routh, le gou­ver­nement du premier ministre Fouad Siniora a lui aussi condamné avec vigueur un raid décrit comme une « inac­cep­table vio­lation de la sou­ve­raineté syrienne ». Pour le gou­ver­nement libanais, « toute agression mili­taire contre un pays arabe - ou contre un petit État de la part d’un grand - est un acte inac­cep­table et injustifiable ».

L’état-major de l’armée amé­ri­caine dans l’ouest de l’Irak a indiqué qu’il n’était pas impliqué dans cette attaque, ce qui laisse à penser que l’intervention a été menée par les forces spé­ciales américaines.

L’armée amé­ri­caine a indiqué à l’AFP qu’elle avait ouvert une enquête sur cet événement. Un res­pon­sable mili­taire amé­ricain à Washington a confirmé à l’Associated Press que cette attaque avait bel et bien eu lieu. Il a affirmé que le raid visait un présumé réseau de com­bat­tants étrangers.

Offi­ciel­lement cependant, ni le Pentagone, ni la Maison-​​Blanche, ni la CIA n’ont confirmé ou infirmé quoi que ce soit. Ils n’ont pas davantage émis le moindre com­men­taire à ce sujet [1].

Selon l’AP, qui cite des sources sécu­ri­taires ira­kiennes et amé­ri­caines, le village syrien serait situé près d’un point de passage important de com­bat­tants, d’armes et d’argent pour sou­tenir l’insurrection sunnite en Irak. L’administration de George W. Bush a souvent accusé la Syrie d’être une porte d’entrée pour les ter­ro­ristes en Irak [2].

La France vivement préoccupée

La France a pour sa part exprimé sa « vive pré­oc­cu­pation » après le raid amé­ricain mené en terre syrienne.

Un com­mu­niqué de l’Élysée déplore la perte de civils syriens et appelle à la retenue, tout en sou­li­gnant l’attachement de Paris « au strict respect de l’intégrité ter­ri­to­riale des États ».

La France sou­haite enfin que « toute la lumière soit faite sur cette opé­ration qui a coûté la vie à plu­sieurs per­sonnes, dont des enfants ». Le pré­sident de la Répu­blique Nicolas Sarkozy a pré­senté ses condo­léances aux familles des vic­times et à leurs proches.


voir aussi le com­mu­niqué du Parti com­mu­niste français :

Washington pousse à la guerre au Proche et au Moyen-​​Orient

Le Parti com­mu­niste français exprime sa grande inquiétude sur la dégra­dation subite de la situation au Proche et au Moyen-​​Orient. Le raid des forces mili­taires des Etats-​​Unis sur un village syrien, avec des vic­times civiles, suscite indi­gnation et condamnation.

Dans la même journée, l’armée amé­ri­caine a procédé à un bom­bar­dement au Pakistan faisant une ving­taine de morts. Les diri­geants de Washington exa­cerbent les ten­sions dans toute cette région en élar­gissant la guerre. L’administration Bush ne vise-​​t-​​elle pas à mul­ti­plier les opé­ra­tions pour créer des ten­sions nou­velles et un contexte plus favo­rable au can­didat répu­blicain Mac Cain ? Un tel calcul serait de la plus grande irresponsabilité.

Au Proche-​​Orient comme en Asie, les conflits sont aujourd’hui dans une impasse dra­ma­tique et toute forme d’exacerbation com­porte des dangers en chaîne pour les peuples de Palestine, d’Israël ou du Liban, comme pour les peuples du Pakistan et d’Afghanistan…

L’urgence est au contraire à la sta­bi­li­sation, à la recherche de la sécurité et des règle­ments poli­tiques par la négo­ciation et le respect du droit. C’est dans cette voie que la France et l’ Union euro­péenne doivent agir en exprimant avec force leur refus de la mili­ta­ri­sation et de la guerre.

Parti communiste français Paris, le 27 octobre 2008.

[1] Ils ont depuis reconnu l’attaque. voir le Nou­velObs : http://​tempsreel​.nou​velobs​.com/​a​c​t​u​a​l​i​t​e​s​/​i​n​t​e​r​n​a​t​i​o​n​a​l​/​p​r​o​c​h​e​_​m​o​y​e​n​o​r​i​e​n​t​/​20081027​.​O​B​S​7866​/​l​e​s​_​u​s​a​_​c​o​n​f​i​r​m​e​n​t​_​a​v​o​i​r​_​m​e​n​e​_​l​a​t​t​a​q​u​e​_​e​n​_​s​y​r​i​e​.html

[2] voir aussi AFP :

Raid amé­ricain en Syrie : un "succès" côté amé­ricain, du "ter­ro­risme" selon Damas

Damas a qua­lifié lundi d’"agression ter­ro­riste" l’opération héli­portée menée la veille contre un village syrien et qui, de sources ira­kienne et amé­ri­caine, a visé avec "succès" des com­bat­tants étrangers se servant de la Syrie comme "base-​​​​arrière" pour opérer en Irak. Lire la suite l’article

"Nous consi­dérons cela comme une agression cri­mi­nelle et ter­ro­riste. Nous en rejetons la res­pon­sa­bilité sur le gou­ver­nement amé­ricain", a déclaré à la presse le chef de la diplo­matie syrienne Walid Al-​​​​Mouallem, en visite à Londres et qui venait de ren­contrer son homo­logue bri­tan­nique David Miliband.

Aupa­ravant, un res­pon­sable amé­ricain avait confirmé sous couvert d’anonymat que le raid, lors duquel huit per­sonnes seraient mortes, avait été mené par les Etats-​​​​Unis. Il avait assuré qu’il s’agissait d’un "succès" dans la lutte contre les com­bat­tants étrangers opérant en Irak.

"Quand se pré­sente une impor­tante oppor­tunité, on la prend, a encore com­menté cette source. C’est ce que les Amé­ri­cains attendent, par­ti­cu­liè­rement lorsqu’il s’agit de com­bat­tants étrangers entrant en Irak et menaçant nos forces armées".

Offi­ciel­lement, la porte-​​​​parole de la Maison Blanche Dana Perino, inter­rogée par courriel, a décliné tout com­men­taire sur l’incident.

Le gou­ver­nement irakien a de son côté indiqué que le site du raid était "le théâtre d’activités d’organisations anti-​​​​irakiennes se servant de la Syrie comme base-​​​​arrière pour des opé­ra­tions en Irak".

"Le gou­ver­nement irakien était en contact avec la partie amé­ri­caine (…) sur cette attaque menée sur la fron­tière syrienne", a expliqué dans un com­mu­niqué le porte-​​​​parole du gou­ver­nement, Ali Al-​​​​Dabbagh.

"L’Irak cherche à avoir de bonnes rela­tions avec la Syrie et avait demandé au gou­ver­nement syrien d’extrader un groupe basé en Syrie qui avait tué récemment 19 membres des ser­vices ira­kiens de sécurité dans un village fron­talier. Ce groupe utilise la Syrie comme base-​​​​arrière pour lancer ces attaques contre l’Irak", a-​​​​t-​​​​il ajouté.

Les médias offi­ciels syriens avaient rap­porté dimanche une attaque de soldats amé­ri­cains débarqués d’hélicoptères venant d’Irak contre un bâtiment d’un village syrien, à huit kilo­mètres de la fron­tière, qui aurait fait huit morts.

Lundi, la presse syrienne parlait de "crime de guerre", de "ter­ro­risme" et d’"assassinats".

"Les forces amé­ri­caines venant d’Irak ont commis un assas­sinat de sang froid. Il ont commis un crime de guerre qui a entraîné la mort de huit res­sor­tis­sants syriens civils dans un village calme à huit kilo­mètres de la fron­tière ira­kienne", dénonçait le journal gouvernemental Techrine.

La télé­vision d’Etat syrienne a montré lundi des images d’un bâtiment en 0construction, avec du sang sur le sol, des matelas déchirés et filmé les vic­times dans la morgue.

Dès dimanche, le ministère syrien des Affaires étran­gères avait convoqué les chargés d’affaires amé­ricain et irakien à Damas, faisant porter aux Etats-​​​​Unis "la res­pon­sa­bilité et toutes les consé­quences qui en découleront".

Il avait demandé à l’Irak d’ouvrir une enquête et d’interdire que son ter­ri­toire soit le point de départ d’agressions contre la Syrie.

La télé­vision a aussi montré des blessés racontant, de l’hôpital, le raid.

"J’ai entendu des tirs, j’ai couru pour récu­pérer mon fils et ils m’ont tiré dessus", a dit une femme.

"Je pêchais quand j’ai vu quatre héli­co­ptères. Une pluie de balles s’est abattue. J’ai essayé de fuir, j’ai été touché", a dit un homme.

Damas et Washington sont en froid, l’administration Bush accusant la Syrie d’être souvent la porte d’entrée des "ter­ro­ristes étrangers" venant com­battre au côté du réseau extré­miste Al-​​​​Qaïda en Irak.

L’armée amé­ri­caine, depuis l’invasion de 2003, a mené plu­sieurs opé­ra­tions contre des com­bat­tants étrangers, notamment arabes, qui s’infiltrent à partir du poste fron­talier irakien d’Al-Qaëm, juste en face de la frontière syrienne.

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