Qui est terroriste ?

Henrik Lindell, jeudi 6 juillet 2006

Les auto­rités israé­liennes ont-​​elles commis des actes ter­ro­ristes ? Poser ouver­tement cette question-​​là revient nor­ma­lement à se dis­qua­lifier dans les dis­cus­sions entre gens bien-​​pensants.

Dans les cercles des édito­ria­listes des grands médias, des repré­sen­tants de la « com­mu­nauté inter­na­tionale » et des offi­ciels de l¹Etat hébreu, il convient de répéter inlas­sa­blement tel un mantra qu’« Israël est une démo­cratie, un État de droit ». Le bien, quoi.

Le ter­ro­risme, comme chacun le sait, est l’apanage des Pales­ti­niens, par­ti­cu­liè­rement de son nouveau gou­ver­nement dirigé par les isla­mistes du Hamas. L’horreur donc.

Peu importe la trêve du Hamas, res­pectée depuis dix-​​huit mois. Peu importe l¹énorme avancée du 27 juin dernier, où des délégués de ce même mou­vement confrontés à la dure réalité de l¹exercice du pouvoir ont signé un document recon­naissant impli­ci­tement Israël. Ils sont ter­ro­ristes, vous dit-​​on !

Considérons maintenant quelques faits.

Le 28 juin, l’armée israé­lienne a détruit la prin­cipale cen­trale élec­trique de la bande de Gaza. En même temps, elle a bouclé tous les ter­ri­toires. Environ 830 000 Pales­ti­niens se sont retrouvés pra­ti­quement sans élec­tricité et en grande partie sans eau potable.

Le gou­ver­nement israélien a soutenu que c’était une façon de faire pression sur le com­mando qui avait enlevé le soldat Gilad Shalit quelques jours plus tôt.

Pour beaucoup d’observateurs, le gou­ver­nement vise en réalité la chute du gou­ver­nement élu du Hamas. À la limite, peu importe ses raisons !

Cette stra­tégie relève de la punition col­lective. Alors que les assas­sinats pas tou­jours ciblés [1], les bom­bar­de­ments de bâti­ments d’utilité publique, les arres­ta­tions arbi­traires de huit ministres et vingt députés et la des­truction des moyens de survie pour la popu­lation ne sont rien d’autres que des crimes de guerre.

Ce n’est pas nous qui le disons, ni, hélas, le quai d’Orsay ou l’Union euro­péenne, habi­tuel­lement si prompts à condamner les fau­teurs en la matière, mais le gou­ver­nement suisse, dépo­si­taire des Conven­tions de Genève.

Israël est avec les Etats-​​Unis le pays « démo­cra­tique » qui les res­pecte le moins.

Il faut main­tenant arrêter cette hypo­crisie cou­pable ! Il n’est pas contes­table que cer­taines orga­ni­sa­tions pales­ti­niennes se livrent à des actes ter­ro­ristes. Le gou­ver­nement pales­tinien a tout intérêt à les stopper, mais n’y arri­verait plus.

Pendant ce temps-​​là, son homo­logue israélien se livre impu­nément à des actes qu¹on peut qua­lifier de ter­ro­ristes. Défiant maintes réso­lu­tions inter­na­tio­nales, ce pouvoir colonial ne reconnaît pas l’Etat du peuple occupé (alors qu’Israël exige, lui, d’être reconnu), il se livre à une vio­lence folle, il affame ­ par blocus et gel d’avoirs ­ des popu­la­tions civiles.

Est-​​ce par naïveté ou cynisme que l’Union euro­péenne par­ticipe à cette poli­tique en sus­pendant son aide directe au gou­ver­nement pales­tinien [2] ?

Rai­sonner ainsi n’est pas délé­gi­timer Israël. Au contraire. C’est faire preuve du respect à l’égard des Israé­liens en leur disant la vérité, comme le font les vrais amis.

Si la plupart d’entre eux ignorent tout des condi­tions de vie des Pales­ti­niens, beaucoup contestent la poli­tique de leur gou­ver­nement. Ils voient bien qu’elle mène au désastre.

Tous ces Israé­liens qui ont gardé le sens de la raison ont besoin d’être sou­tenus et encou­ragés. Par l’Europe. Par nous tous. Toute autre attitude relève de la lâcheté.

[1] Plu­sieurs familles ont été décimées sur la bande de Gaza, les 20 mai, 9 et 13 juin

[2] Lire notre appel « De l’oxygène pour les Pales­ti­niens » sur notre site internet