"Quelques idées simples sur l’Orient compliqué" par Jean-​​Paul Chagnollaud

E.S., samedi 27 septembre 2008

Ce sont les « accords fon­da­mentaux » du Proche-​​Orient et les racines du mal qui le ronge depuis des décennies que Jean-​​Paul Cha­gnollaud se propose de pré­senter dans son dernier ouvrage

« Tout se passe un peu comme dans un prélude de Bach ou une sym­phonie de Bee­thoven : on est fasciné par la puis­sance de l’œuvre et l’insaisissable com­plexité de la construction musicale qui, par ailleurs, n’est jamais tout à fait la même, selon les inter­prètes qui la font redé­couvrir à chaque fois autrement. Der­rière cette foi­son­nante richesse, il n’y a pourtant que quelques accords fon­da­mentaux et une structure har­mo­nique parfois très simple. »

Ce sont les « accords fon­da­mentaux » du Proche-​​Orient et les racines du mal qui le ronge depuis des décennies que Jean-​​Paul Cha­gnollaud se propose de pré­senter dans son dernier ouvrage, Quelques idées simples sur l’Orient com­pliqué. Il n’est pas question, ici, de déve­lopper une nou­velle analyse de la situation régionale, mais de « revenir aux para­digmes de base » sous-​​jacents à la crise du Proche-​​Orient.

De la confé­rence de la paix, à Paris en 1919, à l’invasion amé­ri­caine de l’Irak, en 2003, en passant par le découpage, par la France et la Grande-​​Bretagne, de la région, l’auteur revient en détail sur la marche de l’histoire proche-​​orientale. En chemin, M. Cha­gnollaud, pro­fesseur des uni­ver­sités et directeur de la revue Confluences-​​Méditerranée, s’attarde sur la question israélo-​​palestinienne, le dossier kurde, l’autoritarisme et la démo­cratie – avec un cha­pitre sur le Liban –, ou encore l’islamisme politique.

En che­minant à travers les pages de cet ouvrage, le lecteur trouve la matière et les outils néces­saires pour y voir plus clair sur le pourquoi du comment des crises actuelles. Com­pré­hension qui sera également aidée par la mul­titude de cartes pré­sentées dans un pré­cédent ouvrage de Jean-​​Paul Cha­gnollaud, Les fron­tières au Moyen-​​Orient.

L’auteur par­vient à la conclusion que les para­digmes de la crise convergent vers une idée majeure déclinée sur « plu­sieurs plans », celle de la « quête inachevée » : « des nations en quête d’elles-mêmes puis en quête d’un toit poli­tique » ; « des États à la recherche de leur nation dès lors que le pouvoir en place se trouve face à une société plu­rielle » ; « des peuples en quête de démo­cratie » ; « des jeunes en quête d’avenir » et enfin une « quête d’ingérence et de domi­nation qui vient à la fois de puis­sances exté­rieures au Proche-​​Orient et, comme dans toutes les fables humaines, de cer­tains acteurs de la région qui veulent imposer, par tous les moyens pos­sibles, aux plus fra­giles une vision du monde conforme à leurs intérêts ».