Quand les choses vont de mal en pis

Ahmed Loutfi, samedi 20 décembre 2008

UE-​​Israël. Le « rehaus­sement » annoncé des rela­tions euro-​​israéliennes inter­vient à l’heure où les Pales­ti­niens subissent de plus en plus des pres­sions israé­liennes, com­pro­mettant toute chance de règlement.

Le moment est mal venu. Celui de l’annonce d’une future inten­si­fi­cation des rela­tions entre l’Union Euro­péenne (UE) et Israël. Les Euro­péens ont décidé de mul­ti­plier les contacts de haut niveau avec Israël dans le cadre d’un accord qui devrait être adopté en avril 2009, selon une décla­ration approuvée à Bruxelles. Or, il est évident qu’un tel pro­cessus inter­vient à un moment peu favo­rable. C’est que les pres­sions dont font objet les Pales­ti­niens et le déni de leurs droits même les plus élémen­taires par Israël ont atteint leur paroxysme à l’heure.

Paral­lè­lement, le pro­cessus de paix semble s’acheminer vers une voie de garage, avec la période de vide qui va s’installer avec le chan­gement de loca­taire à la Maison Blanche et les élec­tions israé­liennes anti­cipées qui verront, selon les pré­vi­sions, le succès d’un Likoud de plus en plus extré­miste. Les Pales­ti­niens ne veulent cependant pas baisser les bras et l’on essaye de redonner un espoir, qui ne serait qu’un leurre finalement.

Ainsi, la ren­contre prévue du pré­sident de l’Autorité pales­ti­nienne, Mahmoud Abbass, avec le pré­sident amé­ricain George W. Bush, le 19 décembre à la Maison Blanche, ne sera sans doute qu’une for­malité d’adieu en quelque sorte. Elle devrait marquer cependant une sorte de confir­mation d’un maintien du pro­cessus de paix en général, celui né à Anna­polis, en par­ti­culier, bien qu’il n’ait apporté aucune avancée. De plus, l’entretien se déroule à un moment où les choses se com­pliquent de plus en plus dans la région, Israël se sou­ciant peu d’un règlement et des droits fon­da­mentaux des Pales­ti­niens. Ce qui est à relever c’est qu’aucune percée n’a été enre­gistrée dans des dos­siers aussi cru­ciaux que celui de Jéru­salem, des réfugiés pales­ti­niens ou des frontières.

Outre l’absence de percée, l’incertitude sur l’issue des négo­cia­tions a été ren­forcée par la pers­pective d’une vic­toire du Likoud (oppo­sition de droite) aux élec­tions anti­cipées israé­liennes prévues le 10 février 2009.

Le Likoud, dirigé par l’ancien premier ministre Benyamin Neta­nyahu, est en effet opposé à des retraits ter­ri­to­riaux en Cis­jor­danie et à la création d’un Etat pales­tinien ayant tous les attributs de sou­ve­raineté, ce qui constitue la reven­di­cation cen­trale des Pales­ti­niens et qui répond d’ailleurs à la légalité inter­na­tionale. Israël a bel et bien conquis la Cis­jor­danie, Jérusalem-​​Est et Gaza lors de l’agression de juin 1967. Et tout règlement devrait consister à les restituer.

D’ailleurs, le dis­cours israélien se fait de plus en plus négatif et anti-​​palestinien de manière que l’on dirait racial, rejetant le Pales­tinien en tant que tel. La ministre israé­lienne des Affaires étran­gères et chef du parti cen­triste Kadima, Tzipi Livni, que l’on dit modérée a sou­ligné qu’une fois l’Etat pales­tinien créé, « nous pourrons dire aux citoyens pales­ti­niens d’Israël, ceux que nous appelons les Arabes d’Israël, la solution à vos aspi­ra­tions natio­nales se trouve ailleurs ». Le député arabe israélien d’opposition, Ahmad Tibi, avait dénoncé ces propos en affirmant que Tzipi Livni « qui brigue le poste de premier ministre se doit de dire les choses clai­rement », en réfé­rence aux élec­tions légis­la­tives du 10 février en Israël. « Propose-​​t-​​elle de laisser ici (en Israël) un million de citoyens sans droits poli­tiques et identité nationale ou bien a-​​t-​​elle l’intention de trans­férer d’ici un million de citoyens arabes vers l’Etat pales­tinien, une fois cet Etat créé ? », s’était interrogé Ahmad Tibi.

Livni a tenté de se rat­traper en disant qu’« il n’est pas question de pro­céder à un transfert ou de les pousser au départ ». Mais rien ne vient cla­rifier ses intentions.

Autre déni des droits pales­ti­niens, celui de Neta­nyahu, pour lui, les négo­cia­tions israélo-​​palestiniennes devraient, à l’heure actuelle, porter sur l’économie pales­ti­nienne et non sur les questions-​​clés du conflit. Le sort de Jéru­salem, les colonies juives en Cis­jor­danie occupée, les réfugiés pales­ti­niens et le tracé des fron­tières figurent parmi ces questions-​​clés du conflit. Que négocier donc ? On le voit bien, Israël ne veut guère res­tituer aux Pales­ti­niens leurs droits et leurs ter­ri­toires. Avec le « rehaus­sement » des rela­tions UE-​​Israël, les choses vont de mal en pis pour les Palestiniens.