Quand la folie des rollers envahit la corniche de Gaza

Malgré de petits moyens, la jeunesse palestinienne de cette enclave dirigée par le Hamas peine à trouver un endroit où pratiquer ce sport.

L’Orient le jour , lundi 29 août 2016

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Rajab, Mohammad et leurs amis sur la corniche de Gaza. Mahmoud Hams/AFP

Entre les joggeurs matinaux et les familles qui s’installent sur la plage, Rajab, Mohammad et leurs amis glissent, sautent et se faufilent sur la corniche de Gaza, fiers de leurs figures, sur des rollers d’occasion qu’ils ont remis en état eux-mêmes. Depuis quelques années, la folie des rollers a gagné la petite enclave palestinienne, tenue sans partage par le Hamas islamiste et où près de la moitié de la population est au chômage. Mais pratiquer ce sport, qui pourtant nécessite peu d’équipements, reste une gageure dans le territoire palestinien étouffé depuis dix ans par un sévère blocus terrestre, aérien et maritime israélien.

Rajab al-Rifi, 20 ans, a mis une bonne part de ses économies dans l’achat d’une paire de rollers d’occasion et dans leur réparation. Il a longtemps fureté au souk Yarmouk, ce gigantesque marché où chaque semaine des tonnes d’habits, de chaussures et d’accessoires d’occasion venus de l’étranger, en grande partie d’Israël, s’échangent pour une poignée de shekels.

« À Yarmouk, on trouve beaucoup de choses que les Israéliens ont jetées. Nous, on les achète, on les remet en état et après on les utilise », explique-t-il en montrant ses rollers beige et noir. L’un de ses amis, lui, roule sur une chaussure à laquelle une roue manque. Mais une fois les rollers aux pieds, il faut encore trouver un endroit où s’entraîner, explique Mohammad Hajjaj, en jogging noir et t-shirt bordeaux. « Il n’y a pas de clubs, pas même un espace que la mairie ou le gouvernement nous aurait attribué, il n’y a rien du tout pour les rollers à Gaza », déplore ce lycéen de 17 ans.

Les gens « heureux »...

Mais dans la bande de Gaza, où la seule ouverture sur l’horizon est la Méditerranée qui longe l’enclave sur plus de 40 kilomètres, c’est sur la corniche que les adeptes des rollers, du vélo, de la voltige à moto ou à dos de cheval ou de chameau se retrouvent. Le week-end, c’est un véritable festival, une cour des Miracles où chacun vient montrer son habileté et ses figures acrobatiques, souvent dangereuses. Ce matin, Rajab, Mohammad et les autres caracolent, enchaînent les sauts du haut des escaliers qui mènent au bord de mer, n’hésitant pas à retomber, roulettes aux pieds, dans le sable. Sur un petit rond-point, ils s’élancent tous les six en même temps, se croisant dans un savant agencement qu’ils répètent régulièrement.

Autour d’eux, des badauds jettent des regards curieux quand d’autres, tête baissée, s’empressent de rejoindre la plage. Plusieurs employés de la municipalité, balais et sacs poubelles en main, arrêtent leur besogne et s’assoient, ébahis, pour les regarder. « Les gens sont heureux quand ils nous voient et beaucoup aimeraient faire comme nous, assure Mohammad. Mais malheureusement, rien n’existe pour les aider à commencer ce sport. »

(Source : AFP)