Quand d’autres se sacrifient en notre nom

Joharah Baker, dimanche 22 mars 2009

Chaque année des dizaines d’Internationaux cou­rageux viennent en Palestine défendre les droits des Pales­ti­niens et faire face avec eux à la brutale machine mili­taire israélienne.

Le concept que l’on puisse donner sa vie pour une cause est révéré dans l’histoire par les nations, les reli­gions et les sys­tèmes poli­tiques. Dans la culture pales­ti­nienne, c’est le statut le plus élevé qui soit, le sacrifice ultime. Devenir un "shahid" (un martyr) est parfois voulu avec tant de force que cela pousse des jeunes hommes et femmes vers l’action mili­taire alors qu’ils sont beaucoup trop jeunes et trop mal préparés.

Pourtant, dans notre société et au cours de l’Histoire, se battre pour son pays, sa religion ou une cause juste est l’honneur ultime, le Purple Heart des nations [1]. Mais ce qui continue à nous stu­péfier c’est que quelqu’un offre sa vie pour le pays d’un autre, la cause d’un autre, au nom de de la justice sociale, poli­tique et humaine dans le monde. Les Pales­ti­niens ont une longue his­toire de sacrifice. Par cen­taines de mil­liers ils sont morts au nom de la Palestine, même avant qu’Israël ne soit créé. Lors de la Révolte arabe de 1936 et en 1939 contre le Mandat bri­tan­nique et les groupes juifs, 5000 Pales­ti­niens au moins furent tués. En 1948 et 1967, des dizaines de mil­liers encore ont péri dans les guerres qui ont mené à la création d’Israël puis, plus tard, à l’occupation de la Cis­jor­danie, et de Jéru­salem, de la bande de Gaza, et des Hau­teurs du Golan syrien.

Si l’on y ajoute la pre­mière et deuxième Intifada et toutes les autres situa­tions inter­mé­diaires où des Pales­ti­niens sont morts, le nombre de vic­times par rapport à la popu­lation pales­ti­nienne est énorme, Bien sûr on pourrait dire que ceux qui sont morts sont tombés au nom de leur pays, dans l’espoir que leur mort ne seraient pas vaine, en rêvant que l’Etat pales­tinien indé­pendant verrait le jour sur le lieu de leur sacrifice ultime.

Si ceci est noble -et on ne peut pas l’interpréter différemment-​​ qu’en est-​​il de ceux qui viennent d’autres pays et parlent d’autres langues mais mettent leur vie en cause pour la Palestine ? La semaine der­nière, Tristan Anderson , qui a 38 ans, a été frappé en pleine tête par un pro­jectile -une grenade lacry­mogène à longue portée et haute vélocité-​​ tiré par les soldats de l’occupation à Nil’in.

Appa­remment il s’agit d’une nou­velle version amé­liorée des anciennes gre­nades lacry­mo­gènes israé­liennes, car selon des témoins ocu­laires, Anderson et un autre mani­festant se tenaient à une dis­tance consi­dé­rable des soldats quand il fut frappé.

La force de l’impact a causé des dégâts très impor­tants à la tête, aux yeux et au cerveau de Tristan qui est actuel­lement tou­jours incons­cient dans un hôpital de Tel Aviv, sans qu’on sache ce qui va se passer ensuite.

Selon une décla­ration faite pas ses parents le 15 mars, Tristan se battait pour la justice sociale dans le monde. La Palestine était son combat le plus récent et peut-​​être le dernier.

En ce jour de malheur, le ven­dredi 13 mars, Tristan s’était rendu à Nil’in en Cis­jor­danie pour pro­tester, avec les vil­la­geois et d’autres inter­na­tionaux, contre le Mur qu’Israël y construit.

Les vil­lages jumeaux de Bilin et Nilin sont chaque semaine le lieu de mani­fes­ta­tions non vio­lentes contre le mur qui, quand il sera achevé, aura confisqué plus de 40 % de leurs terres.

En plus des vil­la­geois et d’autres Pales­ti­niens qui viennent chaque semaine se joindre aux mani­fes­ta­tions, des Inter­na­tionaux et quelques mili­tants de la Paix israé­liens sont pré­sents, se mettant parfois en danger.

Depuis le début de ces pro­tes­ta­tions heb­do­ma­daires, 4 Pales­ti­niens ont été tués par les soldats israé­liens, dont le petit Ahmad Moussa, 10 ans, en juillet 2008. Des cen­taines d’autres Pales­ti­niens et Inter­na­tionaux ont été blessés.

Mal­heu­reu­sement, Tristan Anderson n’est pas le seul militant de la soli­darité inter­na­tionale a sentir dans sa chair l’oppression mili­taire sans dis­cri­mi­nation qu’Israël inflige aux Pales­ti­niens et à ceux qui les soutiennent.

Cette semaine mar­quait aussi le sixième anni­ver­saire de la mort de Rachel Corrie, la jeune mili­tante amé­ri­caine qui a trouvé une mort brutale quand un bull­dozer israélien l’a écrasée à Gaza. Rachel Corrie, avec d’autres mili­tants de la Paix, tentait alors d’empêcher la démo­lition de maisons pales­ti­niennes à Rafah.

En avril 2003, Tom Hurndall, un Bri­tan­nique de 22 ans, a lui aussi reçu une balle dans la tête, tirés par un tireur d’élite israélien à Rafah, dans la bande de Gaza, alors qu’il essayait, par sécurité pour des enfants pales­ti­niens, de les accom­pagner chez eux dans la zone fron­tière souvent dan­ge­reuse qui sépare Gaza de l’Egypte [2] Après 9 mois passés dans un état végé­tatif, Hurndall est mort dans un hôpital de Londres.

Le même mois de cette même année, à Jénine, un char israélien a tiré sur l’ Amé­ricain Brian Avery et l’a gra­vement blessé au visage. Il en est resté défiguré.

Chaque année des dizaines d’Internationaux cou­rageux viennent en Palestine défendre les droits des Pales­ti­niens et faire face avec eux à la brutale machine mili­taire israé­lienne. C’est tou­jours un acte de courage de se tenir sans armes devant une armée très lour­dement équipée et qui a souvent le doigt sur la gachette.

Pra­ti­quement tous les jour, les Pales­ti­niens qui vivent sous l’occupation font cou­ra­geu­sement face aux soldats et aux colons israé­liens et ils paient souvent le prix ultime pour cela.

Dans ce contexte ce n’est que justice que de rendre hommage à ceux qui prennent aussi sous leur aile la cause pales­ti­nienne. Ces indi­vidus uniques consi­dèrent que la cause pales­ti­nienne est liée à toutes les autres causes pour la justice dans le monde. Se battre pour la Palestine et la justice sociale en Palestine c’est se battre pour la justice sociale partout. Et c’est pré­ci­sément pour cela que l’on doit honorer ces êtres cou­rageux car leur cause n’est pas seulement d’améliorer la situation en Palestine mais également dans tous les endroits du monde où l’injustice est pré­sente. Mal­heu­reu­sement, se battre pour la justice pour la Palestine implique souvent que l’on risque sa vie.

Des gens comme Tristan, Rachel, Brian et Tom l’ont appris à leurs dépens [3].

[1] La Purple Heart (de l’anglais : cœur violet) est une médaille mili­taire amé­ri­caine, décernée en nom du Pré­sident des États-​​​​Unis d’Amérique, accordée aux per­sonnes blessées ou tuées au service de l’armée amé­ri­caine après le 5 avril 1917. Wiki­pedia http://​fr​.wiki​pedia​.org/​w​i​k​i​/​P​u​r​p​l​e​_​Heart

[2] cette zone était alors occupée par les chars, jeeps et autres bull­dozers de l’armée israé­lienne qui avait très lour­dement bom­bardé tout le sud de la région pour en faire un no man’s land, un champ de ruines, et qui pour­suivait les démo­li­tions des maisons des civils palestiniens.

[3] de même des jour­na­listes, pales­ti­niens et étrangers, ont été régu­liè­rement pris pour cibles par les soldats israé­liens aux ordres. Ainsi James Miller, tou­jours à Gaza et tou­jours en 2003