Qu’attend Mahmoud Abbas de ses entretiens à Paris ?

René Backmann, jeudi 5 juillet 2012

Alors que sa popu­larité est en chute libre en Cis­jor­danie et à Gaza, le pré­sident pales­tinien Mahmoud Abbas va s’efforcer jeudi et ven­dredi, à Paris, de convaincre ses inter­lo­cu­teurs que le moment est venu de relancer les négo­cia­tions de paix, avec une par­ti­ci­pation plus active de l’Europe

Au cours de son séjour qui coïn­cidera avec la réunion, à Paris, de la confé­rence inter­na­tionale sur la Syrie à laquelle doivent par­ti­ciper une cen­taine de pays occi­dentaux et arabes, Mahmoud Abbas doit ren­contrer la secré­taire d’Etat amé­ri­caine Hillary Clinton, le chef de la diplo­matie euro­péenne Catherine Ashton, les ministres des Affaires étran­gères français, bri­tan­nique, nor­végien et allemand, avant d’être reçu ven­dredi vers 19 heures par François Hollande.

Alors que la situation en Cis­jor­danie et à Gaza, est jugé "pré­oc­cu­pante" par un diplomate pales­tinien en raison de la crise finan­cière que tra­verse l’Autorité pales­ti­nienne, dans l’impossibilité de payer à temps ses fonc­tion­naires, Mahmoud Abbas doit affronter la colère de ses com­pa­triotes qui pro­testent depuis la semaine der­nière contre la bru­talité de sa police. Samedi dernier, plu­sieurs jeunes mani­fes­tants qui défi­laient à Ramallah pour pro­tester contre un projet de ren­contre entre Mahmoud Abbas et le vice-​​premier ministre israélien Shaul Mofaz avaient été vio­lement frappés par les poli­ciers. Sept d’entre eux avaient été inter­pellés et trois autres avaient dû être hos­pi­ta­lisés à la suite des coups reçus, tandis que plu­sieurs jour­na­listes avaient été agressés. Une brise de "prin­temps pales­tinien" souf­flait sur Ramallah.

La colère des Palestiniens

Moins de dix mois après avoir été accueilli en héros à son retour de New York où il avait plaidé devant l’Assemblée générale des Nations unies pour l’admission de la Palestine, Mahmoud Abbas est confronté à la mau­vaise humeur de la popu­lation pales­ti­nienne, déçue de l’indifférence de la com­mu­nauté inter­na­tionale, lasse de la confron­tation avec des dif­fi­cultés écono­miques récur­rentes, exas­pérée par les rumeurs de cor­ruption et d’enrichissement qui visent de nouveau cer­tains diri­geants, et surtout, déses­pérée devant l’interminable agonie du pro­cessus de paix. A cela s’ajoute l’activisme, sur le terrain poli­tique, social et diplo­ma­tique du Hamas, encouragé par l’élection en Egypte d’un pré­sident membre des Frères musulmans, c’est-à-dire issu de la même matrice politico-​​religieuse que les res­pon­sables du Hamas.

Désormais convaincus que l’administration Obama, qui a mul­tiplié ces der­niers mois les conces­sions à Ben­jamin Neta­nyahou – malgré les véri­tables pro­vo­ca­tions que consti­tuent les déci­sions du gou­ver­nement israélien en matière de déve­lop­pement de la colo­ni­sation – ne prendra aucune ini­tiative spec­ta­cu­laire avant l’élection pré­si­den­tielle amé­ri­caine de novembre, les diri­geants pales­ti­niens estiment que l’Union euro­péenne et les nou­veaux res­pon­sables français pour­raient – devraient ? - passer à l’offensive sur le terrain diplo­ma­tique en sou­tenant la can­di­dature de la Palestine à l’ONU et en avançant leur propres pro­po­si­tions pour la reprise du pro­cessus de paix, s’il est encore temps.

Un plan Mofaz ?

La rumeur a même circulé, au début de cette semaine que l’ancien général Shaul Mofaz, nouveau chef du parti Kadima, qui vient de rejoindre la coa­lition gou­ver­ne­mentale de Neta­nyahou, pourrait aussi se rendre dans les pro­chains jours à Paris pour y ren­contrer Mahmoud Abbas. Pour l’instant, cette rumeur n’a reçu aucune confir­mation.

Les diplo­mates Pales­ti­niens font observer que le "plan" de négo­cia­tions évoqué à plu­sieurs reprises par Shaul Mofaz est fondé sur le principe des "fron­tières tem­po­raires", qu’ils jugent inac­cep­table. Ils relèvent aussi que le Premier ministre israélien ne partage pas, sur ce point les posi­tions de son nouvel allié et que les deux hommes se sont récemment accrochés à plu­sieurs reprises à ce sujet.

La presse israé­lienne révelait aussi mer­credi qu’un autre conten­tieux oppose aujourd’hui les deux hommes : Mofaz entend faire adopter par le gou­ver­nement les conclu­sions d’une com­mission qui se pro­nonce en faveur de l’enrôlement dans l’armée et dans le service civil des juifs ultra-​​orthodoxes et des arabes israé­liens. Neta­nyahou, qui est hostile à cette mesure, dif­ficile à faire accepter à son élec­torat reli­gieux, a purement et sim­plement décidé de dis­soudre la com­mission en question. Décision qui a conduit Mofaz à menacer de quitter la coalition…

Le moins que l’on puisse dire est que les condi­tions ne sont pas réunies, côté israélien, pour une percée diplo­ma­tique de nature à res­sus­citer le pro­cessus de paix. Mahmoud Abbas parviendra-​​t-​​il, comme il l’espère, à convaincre les Euro­péens et l’administration Obama, confrontés au san­glant dossier syrien et aux consé­quences parfois dérou­tantes, voire inquié­tantes, des révoltes arabes, que la solution du pro­blème pales­tinien est dans l’intérêt de la région, de la com­mu­nauté inter­na­tionale et pas seulement des peuples israé­liens et pales­ti­niens ? Rien n’est moins sûr.