QAWAWIS, en PALESTINE

Marie-​​Jo, vendredi 21 octobre 2005

La Palestine est mul­tiple. Qawawis en est une facette issue direc­tement de tous ces peuples d’éleveurs semi nomades qui par­ti­ci­pèrent lar­gement à l’élaboration de sa culture.

Des bergers, au milieu de nulle part, dans un paysage impres­sionnant de col­lines semi déser­tiques grillées de soleil et balayées par le vent, c’est tout çà, Qawawis !

Depuis quelques mois, une asso­ciation pour la paix israélo-​​palestinienne, Tayush, aidée d’Internationaux, tra­vaille à la survie d’une petite com­mu­nauté pales­ti­nienne menacée par la vio­lence de colons ins­tallés à proximité.

Nous sommes dans la région d’Hébron, au Sud de la Cis­jor­danie. Cer­taines implan­ta­tions israé­liennes y sont par­ti­cu­liè­rement extré­mistes et les inci­dents, souvent graves, sont nom­breux depuis des années.

Qawawis est un "cam­pement d’été" pour 5 ou 6 familles qui y passent 9 mois par an, se repliant pour les 3 mois d’hiver, dans un village voisin.

Le site est gran­diose dans sa déso­lation. Nous sommes à près de 1 000m. d’altitude, sous un soleil aveu­glant mais déjà moins chaud et un ciel uni­for­mément bleu. C’est, jusqu’à l’horizon, un val­lon­nement de roches et d’épineux jaunis. Des oli­viers et aman­diers apportent, cependant, quelques taches de vert et, au loin, vers le Nord, on dis­tingue l’agglomération d’Hébron, élément urbain bizarre dans ce paysage de désert.

Cam­pement ou hameau, on hésite. De loin, il est dif­ficile de dis­tinguer les murs bas des abris et des enclos, des rochers envi­ron­nants. Il y a une seule construction clas­sique, gros cube plat avec porte et fenêtres. Les quelques autres habi­ta­tions sont consti­tuées de murs en grosses pierres avec une seule ouverture sans porte, le rec­tangle ainsi délimité étant protégé d’une bâche en guise de toit. Cer­taines maisons sont aux 3/​4 enfouies dans le sol comme le sont cer­tains lieux de stockage.

Un puit fournit l’eau et un générateur est branché 2 à 3h par jour.

Pas de route pour arriver jusqu’à Qawawis, le taxi vous laisse au bout d’un chemin pierreux. Une route de "colons", interdite aux Pales­ti­niens, est à tra­verser et on arrive après 500m​.de marche à travers la rocaille.

La vie de la com­mu­nauté se décline autour de la sortie des trou­peaux : tôt le matin et quelques heures l’après midi pour dénicher quelques herbes rares que seuls ces moutons et ces chèvres, habitués à ces condi­tions, peuvent apprécier.

Un Inter­na­tional reste au village, le deuxième accom­pagne les bergers. Le but de l’entreprise est de dis­suader toute ten­tative de vio­lence par la seule pré­sence de témoins gênants.

Les repas sont pris dans une famille, chacune se relayant à tour de rôle. Dans la pièce en torchis, des matelas sont dis­posés sur la terre battue ou le ciment. Les plats, posés au sol, sont par­tagés entre tous. Les cou­ver­tures pour la nuit s’entassent dans un coin. Quelques usten­siles de cuisine et un réchaud com­plètent l’équipement.

Le reste de la journée se partage, pour les gens du hameau, en travaux ménagers, entretien des enclos et des habi­ta­tions et longs repos en plein air en ce mois de Ramadan.

Séjour pas­sionnant de plongée dans un autre monde, dans un ailleurs géo­gra­phique mais aussi his­to­rique,… la vie des éleveurs, il y a quelques mil­liers d’années, devait être en tout point semblable.

L’enthousiasme est cependant pondéré par la gravité de la situation poli­tique qui jus­tifie notre pré­sence, en même temps que la gêne de l’œil indiscret que nous repré­sentons. Quel impact sur cette société que la pré­sence de ces gens si dif­fé­rents, de ces femmes sans voile, loin de leurs maris, si libres peut-​​être ? Gène aussi face à ce dénuement, cette vie réduite au minimum, si loin de nos cri­tères et de nos exigences.

La Palestine est mul­tiple. Qawawis en est une facette issue direc­tement de tous ces peuples d’éleveurs semi nomades qui par­ti­ci­pèrent lar­gement à l’élaboration de sa culture.