Punition collective et terrorisme d’Etat

Mona El Farra, mardi 4 juillet 2006

Mon amie Hoda vit tout près du building du Ministère de l’Intérieur à Gaza, qui a été touché la nuit der­nière de deux roquettes ; l’attaque a eu lieu à deux heures du matin hier, pardonnez-​​moi sur la pré­cision, je com­mence à perdre le suivi des jours et des nuits, ni de combien de fois nous avons été attaqués.

Hoda m’a dit que l’immeuble entier trem­blait, elle est sortie en pyjamas, tous les habi­tants étaient dehors en vête­ments de nuit, les figures des enfants étaient trop pâles, cer­tains criaient hys­té­ri­quement, la fumée était partout, l’appartement voisin était très endommagé (il est contre l’immeuble visé), une famille avec six enfants y vit, il y avait un grand incendie, les pom­piers uti­li­saient son appar­tement pour éteindre le feu, le ministère de l’Intérieur était vide pendant l’attaque !!!!

Le but était la ven­geance et la des­truction de l’immeuble. Je vis à 150 mètres d’Hoda, per­sonne n’est en sécurité ni immunisé. Ce qui est arrivé à Hoda m’a rappelé la nuit où le bâtiment de feu le Pré­sident Arafat à Gaza fut attaqué, il y a deux ans, je vis tout près, trop près et cette nuit là 37 tirs tou­chèrent l’immeuble.

Il n’y a tou­jours pas d’électricité. On en a eu 3 heures hier, assez pour recharger mes por­tables et faire un peu de cuisine.

Je suis très inquiète pour les hôpitaux, le car­burant pour les groupes élec­tro­gènes est au plus bas, les fron­tières sont com­plè­tement bou­clées depuis l’attaque, aucun car­burant n’a été admis dans Gaza depuis , les médi­ca­ments et les four­ni­tures médi­cales sont en baisse aussi, nous n’avons pas assez de réserves ; à cause des sanc­tions pré­cé­dentes, nos phar­macies sont épuisées, l’eau est aussi rare, il faut rationner son usage, nous passons par un grand désastre humanitaire.

*Bangs sonores*

Quand les avions de combat passent le mur du son [à basse altitude, ndt], nous avons connu ce genre de raid ter­ri­fiant au mois 7 fois, à dif­fé­rents moments du jour et de la nuit. Beaucoup d’organisations inter­na­tio­nales des droits de l’Homme ont demandé à Israël ce cesser ces raids, sachant leur effet nocif sur les gens ; ils ne fai­saient jamais ça avant le retrait de la bande de Gaza.

Comment vous faire connaître mes sen­sa­tions per­son­nelles ? Pendant ces raids, si je dors, mon lit tremble énor­mément, ma fille saute dans mon lit trem­blante de peur, et toutes deux nous retrouvons sur le sol, mon coeur bat très fort, et j’ai dû calmer ma fille, main­tenant elle sait qu’on doit se calmer mutuel­lement, elle sent ma peur. Si je suis éveillée, je tres­saille et je ne peux m’empêcher de crier. Oui je suis médecin et femme mûre avec une grande expé­rience, et aussi mili­tante, mais ces bangs sonores me rendent hys­té­riques, après tout nous sommes humains et nous avons tous notre propre limite, entendre le bruit des vitres qui éclatent est aussi effrayant, beaucoup de toits de zinc dans les camps de réfugiés se sont effondrés sur les têtes des familles, et pour résultat de ces bangs, les hôpitaux reçoivent beaucoup d’enfants trau­ma­tisés psychologiquement.

Un million et demi d’habitants de Gaza font face à une PUNITION COL­LECTIVE, les sen­ti­ments de haine aug­men­teront, et tous ces assauts et agres­sions sau­vages contre la popu­lation n’apporteront ni paix ni sécurité à Israel ; seule la justice le fera.

Israel parle de la sécurité de ses citoyens, contre des hommes armés de quelques roquettes artisanales,

Israel parle de ter­ro­risme, comment qua­lifier ces bangs sonores et les attaques de cen­trales élec­triques, autrement que de TER­RO­RISME D’ETAT ?

Amour et solidarité Mona El Farra mona@​gaza-​health.​org