Propagande et désinformation à l’israélienne (II)

Alain Gresh, jeudi 28 janvier 2010

Dans un pré­cédent envoi, le 13 janvier, j’avais com­mencé l’analyse d’un document publié par The Israel Project, une officine défendant l’Etat d’Israël.

Ce texte d’une cen­taine de pages, qui ne devait pas être rendu public, avait été dévoilé au mois de juillet dernier par Douglas Bloom­field, un ancien et important res­pon­sable du lobby pro-​​israélien AIPAC, dans un article du New Jersey Jewish News, sous le titre « Change the policy or change the subject ? ». Cet article fut suivi par un autre, écrit par Chris McGreal pour le quo­tidien bri­tan­nique The Guardian (23 août 2009), sous le titre « Pro-​​Israel groups accuse Obama of pro­moting “ethnic cleansing” ». Selon le jour­na­liste, dans le document men­tionné, The Israel Project affirmait que le déman­tè­lement des colonies israé­liennes équi­valait à un net­toyage eth­nique et mettait en cause la sécurité d’Israël.

A la suite d’un coup de fil demandant des pré­ci­sions, Jen­nifer Laszlo Mizrahi, fon­da­trice et pré­si­dente de The Israel Project, nous a transmis cette précision :

« La version de ce guide qui cir­culait sur le Web était une version pré­li­mi­naire et elle contenait des choses que nous avons retirées. Par exemple, dans l’ébauche, nous avons utilisé les mots “net­toyage eth­nique” : une grosse erreur qui a été retirée. Mais l’ancienne version de ce guide a été mise en ligne : nous avons donc envoyé une expli­cation et des excuses aux jour­na­listes qui nous ont inter­rogés à ce sujet. »

Elle m’a aussi envoyé une mise au point allant dans le même sens qu’elle avait fait par­venir au Guardian et que ce quo­tidien avait repro­duite le 26 août sous le titre « No ethnic cleansing ».

J’ai ensuite demandé à Mme Mizrahi de m’envoyer la version défi­nitive du texte. Elle m’a expliqué que ce document n’était pas important, qu’elle ne s’en servait pas, qu’elle ne l’avait pas regardé depuis plu­sieurs mois, etc.

J’en ai conclu que, bien que The Israel Project ait fait son auto­cri­tique sur la question du « net­toyage eth­nique », ce texte restait signi­fi­catif de ce que son orga­ni­sation faisait, et j’en poursuis donc l’analyse. D’autant que Jen­nifer Mizrahi écrivait en intro­duction du texte dont elle prétend aujourd’hui qu’elle ne le lit plus :

« Au nom de notre conseil et de l’équipe, nous vous pro­posons ce guide destiné aux leaders vision­naires qui sont sur les lignes de front de la guerre média­tique pour Israël. Nous voulons que vous réus­sissiez à gagner les cœurs et les esprits du public. Nous savons que, en réus­sissant votre mission, vous contribuez à la fois à aider Israël et notre famille juive mon­diale. Ainsi, nous vous offrons ces mots avec nos vœux les plus sin­cères pour votre succès. Puissent vos paroles aider à apporter la paix et la sécurité à Israël et au peuple juif ! »

Il faut dire aussi un mot de l’auteur de ce texte, Frank Luntz, un homme lié à la droite amé­ri­caine, com­men­tateur sur la chaîne de télé­vision Fox et dont on trouvera une inté­res­sante bio­graphie sur Wiki­pedia. Il a notamment joué un rôle actif auprès du pré­sident Bush dans la cam­pagne pour mini­miser les risques liés au chan­gement climatique.

Le cha­pitre III du document explique comment il faut parler du « self government » des Pales­ti­niens, alors que la majorité des Amé­ri­cains et des Euro­péens sou­tiennent l’idée de deux Etats vivant côte à côte. Le manuel propose de ne pas aller ouver­tement contre cette conviction, mais de dire que la paix doit venir avant la défi­nition des frontières :

« “La paix avant les fron­tières poli­tiques” met en place la dyna­mique par­faite pour vous. Ce slogan met en avant la nécessité d’arrêter les roquettes, arrêter les bom­bar­de­ments, et de créer un cessez-​​le-​​feu, tout en mini­misant sub­ti­lement l’importance de d’une solution à deux Etats en l’appelant “les fron­tières poli­tiques”. Le slogan de la paix est tou­jours plus fort que celui de la poli­tique dans l’esprit de l’élite. Toujours. »

Plus loin, l’auteur demande de sou­ligner que la lutte est « une lutte idéo­lo­gique, pas une lutte pour la terre, une lutte contre le ter­ro­risme, pas une lutte pour les ter­ri­toires. C’est pourquoi vous devez éviter d’utiliser les argu­ments reli­gieux d’Israël pour la terre pour jus­tifier le refus d’abandonner la terre. De telles affir­ma­tions font appa­raître Israël comme extré­miste aux yeux de gens qui ne sont pas des croyants chré­tiens ou juifs. »

Il faut aussi appa­raître comme « pro-​​palestinien » (sic), parce que c’est ce que la gauche euro­péenne ou amé­ri­caine veut entendre. Mais un danger surgit du fait que l’opinion amé­ri­caine com­mence à faire la dif­fé­rence entre l’Autorité pales­ti­nienne et le Hamas. « C’est une évolution très inquié­tante parce que cela peut l’amener à excuser ou à écarter le ter­ro­risme et la culture de la haine pro­pagée par l’Autorité pales­ti­nienne elle-​​même. » Quoi qu’il en soit, conclut ce cha­pitre, appa­raître comme sou­tenant les Pales­ti­niens est la manière la plus cré­dible de défendre Israël…