Proche-​​Orient : quel rôle pour la France et l’Europe ?

Maxime Haubert, mercredi 8 septembre 2010

Au moment où reprennent les négo­cia­tions directes entre Israé­liens et Pales­ti­niens, il est temps et même urgent que la France et l’Europe cessent de se contenter de paroles léni­fiantes, de vaines déplo­ra­tions ou au mieux d’admonestations des­tinées surtout à calmer leur mau­vaise conscience [1].

Sans inter­venir aucu­nement dans les négo­cia­tions, et en se plaçant uni­quement sur le plan des droits de l’homme (tels qu’ils sont énoncés notamment dans la Décla­ration uni­ver­selle adoptée par l’ONU) et du droit inter­na­tional (tel qu’il se concrétise notamment dans les dif­fé­rentes réso­lu­tions adoptées par l’ONU sur cette question), elles pour­raient et même devraient réaf­firmer solen­nel­lement les prin­cipes sans les­quels il ne peut y avoir de paix juste et donc durable.

Ces principes sont très peu nombreux, six à mon avis :

1) L’existence et la légitimité de deux Etats, israélien et palestinien.

2) La pleine sou­ve­raineté des deux Etats sur leurs ter­ri­toires res­pectifs, tels que définis par la ligne de sépa­ration jusqu’en 1967 (sans pré­judice des échanges éven­tuels qu’ils pour­raient librement décider), et cela dans tous les domaines (système ins­ti­tu­tionnel, res­sources écono­miques, rela­tions exté­rieures, etc.).

3) Le respect de la sécurité des deux Etats, dans le cadre de leur pleine souveraineté.

4) Le plein accès aux lieux saints des citoyens des deux Etats et plus géné­ra­lement des fidèles des reli­gions concernées, ce qui implique que ces sites béné­fi­cient d’un statut particulier.

5) L’absence de dis­cri­mi­nation juri­dique pour les popu­la­tions juives établies en Palestine et pour les popu­la­tions non-​​juives établies en Israël et la pos­si­bilité si elles le sou­haitent d’acquérir la natio­nalité de l’Etat concerné, avec tous les droits qui y sont attachés.

6) Une indem­ni­sation équi­table des citoyens des deux Etats pour les dom­mages qu’ils auraient eu à subir en consé­quence des conflits antérieurs.

Il n’y a rien dans les prin­cipes énoncés ci-​​dessus qui ne résulte direc­tement des droits de l’homme et du droit des gens : comment donc douter qu’ils puissent faire l’objet d’un très large consensus, par-​​delà les orien­ta­tions poli­tiques, les convic­tions reli­gieuses ou phi­lo­so­phiques, les natio­na­lités, les affi­nités pour l’un ou l’autre des deux peuples, etc. ?

On peut évidemment dis­cuter sur leur nombre et sur leur for­mu­lation. Quel qu’en soit le libellé, l’important me paraît être que cette décla­ration de prin­cipes soit faite de la façon la plus solen­nelle pos­sible, que ce soit par les res­pon­sables des exé­cutifs nationaux ou européen, par les par­le­ments nationaux ou européen, ou au moins par les diri­geants des for­ma­tions poli­tiques ou par des per­son­na­lités repré­sen­ta­tives (comme cela avait été le cas pour l’appel lancé dans Le Monde le 22 juin 2009 par un groupe d’anciens diri­geants et anciens ministres européens).

Est-​​ce rêver ?

[1] voir aussi Gilles Paris : L’Europe ! L’Europe ! L’Europe ! sur le blog du Monde "Guerre ou Paix"