Proche-​​Orient : les négociations indirectes menacées par la colonisation

le Monde avec Afp, mercredi 10 mars 2010

Au premier jour de la visite du vice-​​président amé­ricain au Proche-​​Orient, le dia­logue indirect censé reprendre entre Israé­liens et Pales­ti­niens semble déjà enlisé. Dès son arrivé en Israël, mardi 9 mars, Joe Biden a réitéré le soutien "absolu, total et sans réserve" des Etats-​​Unis à la sécurité d’Israël. "Il n’y a aucune dis­tance entre les Etats-​​Unis et Israël quand il s’agit de la sécurité d’Israël", a-​​t-​​il résumé.

Dans la foulée, le gou­ver­nement du premier ministre israélien, Benyamin Néta­nyahou, a annoncé la construction de seize cents nou­veaux loge­ments pour des colons juifs à Jéru­salem, dans le quartier de Ramat Shlomo, une colonie juive dans le secteur oriental de la Ville sainte annexé par Israël lors de la guerre des Six-​​Jours en juin 1967 [1].

Le gou­ver­nement de M. Néta­nyahou avait décrété un "gel" de dix mois de la colo­ni­sation fin novembre. Mais ce mora­toire ne concerne ni Jérusalem-​​Est, ni les trois mille loge­ments qui étaient déjà en chantier en Cis­jor­danie, ni la construction d’édifices publics. Lundi, les auto­rités israé­liennes avaient annoncé la construction de cent douze loge­ments dans une colonie de Cis­jor­danie, à Beitar Ilit, près de Bethléem.

Des décla­ra­tions qui n’ont pas manqué de sus­citer la colère des Pales­ti­niens. "La décision de construire à Jérusalem-​​Est revient à dire que les efforts des Amé­ri­cains ont échoué avant même que ne com­mencent les négo­cia­tions indi­rectes", a regretté le porte-​​parole de la pré­si­dence de l’Autorité palestinienne.

"DERNIÈRE TENTATIVE"

"Il est clair qu’Israël ne veut pas la paix ou des négo­cia­tions, et l’administration amé­ri­caine devra répondre aux pro­vo­ca­tions israé­liennes sans attendre et décider d’urgence d’une action efficace", a pour­suivi ce même porte-​​parole. Déjà, avant l’annonce israé­lienne, le prin­cipal négo­ciateur pales­tinien, Saëb Erakat, ne dis­si­mulait pas son aga­cement. "Si les Israé­liens veulent des négo­cia­tions directes, qu’ils stoppent les colonies", avait-​​il déclaré aux jour­na­listes à Ramallah. M. Erakat a du reste prévenu qu’il s’agissait de la "der­nière ten­tative" pour par­venir à "une solution de deux Etats pour deux peuples, pales­tinien et israélien".

Il a sou­ligné que les négo­cia­tions pro­prement dites n’avaient pas encore démarré et que les Pales­ti­niens "atten­daient le retour [dans la région] de M. Mit­chell, le 16 mars, pour com­prendre le méca­nisme des dis­cus­sions indi­rectes". Après des mois de navette, George Mit­chell, envoyé spécial des Etats-​​Unis dans la région, avait obtenu la reprise des négo­cia­tions indi­rectes entre les deux camps. Des négo­cia­tions qui ont mal débuté, même si Joe Biden espère encore que ces pour­parlers "débou­cheront sur des négo­cia­tions et des dis­cus­sions directes". M. Biden se rendra mer­credi à Ramallah pour ren­contrer les diri­geants pales­ti­niens, le pré­sident Mahmoud Abbas et le premier ministre, Salam Fayyad.

[1] voir aussi

Un ministre du gou­ver­nement israélien pré­sente ses excuses à Joe Biden

Un ministre du gou­ver­nement israélien a pré­senté, mercredi 10 mars, des excuses après l’annonce d’un projet de construction de 1 600 nou­veaux loge­ments dans une zone de Cis­jor­danie occupée, plan condamné par le vice-​​​​président amé­ricain, Joe Biden, en visite en Israël. "Cela n’aurait pas dû se pro­duire durant une visite du vice-​​​​président amé­ricain", a déclaré Isaac Herzog, ministre de l’aide sociale. "Cela constitue un réel embarras et nous devons main­tenant pré­senter nos excuses pour cette grave bourde", a-​​​​t-​​​​il ajouté sur la radio de l’armée.

De son côté, la presse israé­lienne a accusé mer­credi le gou­ver­nement Néta­nyahou de "tor­piller" les rela­tions cru­ciales avec l’allié amé­ricain après l’annonce du feu vert à des projets de colo­ni­sation. Joe Biden "était venu pour tenter de faire passer le courant entre Jéru­salem et la Maison Blanche, lever les doutes et créer des rela­tions de confiance. Et nous l’avons perdu aussi, lui qui était, à Washington, l’ami le plus proche de Néta­nyahou", écrit le quo­tidien Maariv en parlant en "une" du "malaise" israélo-​​​​américain.

Interrogé à la radio, l’un des édito­ria­listes vedettes du journal Yediot Aha­ronot, premier quo­tidien en Israël, Shimon Schiffer, a parlé de "crachat au visage de Biden", qui était en visite en Israël et dans les ter­ri­toires pales­ti­niens pour tenter de relancer le pro­cessus de paix avec les Pales­ti­niens. Le premier ministre "Néta­nyahou est inca­pable de mener un véri­table dia­logue avec les Amé­ri­cains. Biden est venu pour exprimer son soutien à Israël face à l’Iran, et sa visite a été tor­pillée", a fustigé l’éditorialiste. M. Néta­nyahou a eu beau expliquer à son hôte qu’il ignorait que le projet de colo­ni­sation serait annoncé, "les Amé­ri­cains pensent que cette annonce n’est pas for­tuite". Le ministère de l’intérieur a approuvé mardi la construction de 1 600 nou­veaux loge­ments dans un quartier de colo­ni­sation à Jérusalem-​​​​Est annexée.

Pour Israël Hayom, quo­tidien pro-​​​​Nétanyahou, "il n’y a aucune intention de mettre Biden dans l’embarras". A gauche, en revanche, le Haaretz parle d’"une gifle qui retentit dans le monde entier" à propos de la condam­nation par M. Biden du projet.

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