Proche-​​Orient : la cruelle irresponsabilité occidentale

Jean-​​Claude Lefort, vendredi 22 juin 2007

Et voilà main­tenant que de Washington à Tel-​​Aviv, de Paris à Bruxelles il n’est qu’un chœur : « Nous allons lever les sanc­tions anti-​​palestiniennes et nous apportons notre soutien au nouveau gou­ver­nement palestinien. »

Quelle est donc la raison de ce qui peut appa­raître comme un revi­rement ? Il n’en est pas question. Pourtant il est deux choses établies. La pre­mière c’est que les sanc­tions jusqu’ici appli­quées ont abouti aux san­glants événe­ments de Gaza. Il n’est jamais de bonnes sanc­tions contre tout un peuple. La seconde c’est que contrai­rement à ce qu’y était indiqué jusqu’à hier, l’Occident ne cher­chait pas une évolution du Hamas mais sa mise hors jeu du pouvoir. Il n’est pire que la poli­tique du même nom.

On passe en force. On impose. On manœuvre depuis Washington et Tel-​​Aviv. On fait du carotte et bâton. On sou­tient comme la corde du pendu. On exclut. On forme et on défait les gou­ver­ne­ments. On s’assied ouver­tement sur la démo­cratie. On bafoue la loi fon­da­mentale pales­ti­nienne. On pousse encore aux affron­te­ments cruels qu’on a déjà ali­mentés. On tient la popu­lation de Gaza en « service minimum » huma­ni­taire. On fabrique une nou­velle pou­drière por­teuse de guerre civile. On en est bien content. On le dit. Et après cela on lève, peut être, les sanc­tions. Peut-​​être : car rien n’est encore fait aujourd’hui. Et après tout cela on nous fera croire qu’on veut la paix au Proche-​​Orient ?

Je rap­pelle que les élec­tions voulues par l’Occident dans les Ter­ri­toires occupés ont abouti aux élec­tions légis­la­tives, au résultat que l’on sait. La loi fon­da­mentale pales­ti­nienne ne permet pas la nomi­nation d’un gou­ver­nement qui soit autre que celui résultant des urnes. C’est vrai partout en démo­cratie. Le Quartet a appelé à un gou­ver­nement d’Union nationale et posé des condi­tions. Trois. Elles ont été rem­plies avec l’Accord de La Mecque. Mieux, le Plan de paix arabe a été réactivé à Riyad.

Tout était donc en place du côté pales­tinien et arabe pour non seulement que les sanc­tions soient levées mais que soit initié un pro­cessus poli­tique qui satis­fasse aux deux exi­gences : la création d’un Etat pales­tinien et l’application des réso­lu­tions de l’ONU d’une part, et, d’autre part, le droit d’Israël d’exister et de vivre en paix et en sécurité. L’un des termes sup­posant l’autre. A qui veut bien le voir.

Or, sans revenir sur l’incroyable poli­tique occi­dentale qui n’est que meur­trière, la décision évoquée de lever les sanc­tions, si elle est néces­saire n’est stric­tement pas suf­fi­sante. La question fon­da­mentale est : quelles ini­tia­tives poli­tiques le Quartet est-​​il décidé à prendre pour que s’ouvre un espace d’avenir pour les Pales­ti­niens qui endurent, le mot est faible, une occu­pation étrangère depuis 40 ans.

Sur ce point c’est le silence total. Rien de prévu. Rien. Donc on ne veut pas. On peut dire tout ce qu’on voudra mais la chose est établie : on ne veut pas d’accord global de paix. Pourtant hors cet accord point de salut. Ni pour les Pales­ti­niens, ni pour Israël.

L’urgence est là. Elle est dans l’application de la Charte des Nations unies, simple morceau de papier pour cette région du monde. Deux poids, deux mesures. Elle est dans l’application du cha­pitre VII de cette Charte solen­nelle. Tout le monde peut le com­prendre, même un French Docteur Honoris causa. L’histoire convoque l’intelligence de la paix. C’est plus cou­rageux et plus dif­ficile que de faire la guerre. Surtout quand on la commet en toute impunité. Et la paix ce n’est pas seulement l’absence de guerre. C’est la justice accomplie.

Nous ne serons jamais assez intran­si­geants, alors qu’il est tant question d’Europe aujourd’hui, pour exiger d’elle qu’elle soit à la pointe de ce combat. C’est sa raison d’être théo­rique. Il faut qu’elle passe à la pra­tique en s’émancipant de son sui­visme pro-​​américain et israélien. Est-​​ce trop demander que l’Europe joue son rôle sur la scène inter­na­tionale ? Son rôle propre ? Si on nous répond « non, c’est impos­sible » alors iné­luc­ta­blement l’Europe sera réduite à néant. Cela demande beaucoup ? Il suffit d’en avoir le courage ! Avoir le courage d’oser.

Jean-​​Claude Lefort Député honoraire du Val-​​de-​​Marne Le 22 juin 2007