Proche-Orient : l’initiative diplomatique française à la peine

Piotr Smolar, Le Monde, lundi 11 avril 2016

Pierre Vimont à Ramallah le 15 mars. THOMAS COEX / AFP

A peine lancée, déjà contrariée. La nouvelle initiative française dans le conflit israélo-palestinien, qui vise à réunir un large groupe de soutien international afin de relancer les négociations, paraît mal engagée. Selon plusieurs sources diplomatiques, le calendrier prévu à l’origine – une réunion ministérielle courant avril, puis une conférence d’ici l’été – est compromis. La première ne se tiendrait que fin mai-début juin, avant le ramadan. La rencontre au niveau des chefs d’Etat et de gouvernement, elle, aurait lieu à l’automne.

Washington a fait savoir que les semaines précédant l’élection américaine du 8 novembre seraient très défavorables. En revanche, la période entre le scrutin et l’entrée en fonction du nouveau président, fin janvier 2017, pourrait permettre à Barack Obama de s’engager. Le flou sur la stratégie américaine est une source d’inquiétude pour les Israéliens.

L’initiative française est portée par le diplomate Pierre Vimont, qui a déjà effectué un large tour des acteurs concernés. Le groupe de contact est censé réunir les membres du Quartet (ONU, Russie, Etats-Unis, UE), les principaux pays européens et ceux de la Ligue arabe, soit une quinzaine d’Etats. L’une des raisons invoquées, côté français, pour justifier le glissement de calendrier est le rapport que le Quartet doit publier dans les prochaines semaines. Il devrait tracer des pistes pour une reprise des négociations et pourrait donc nourrir l’initiative française.

Pour l’heure, M. Vimont a surtout adopté une position d’écoute, sans trop s’avancer sur l’ordre du jour des deux conférences. Du côté israélien, on ne jure que par les négociations bilatérales. Mais on fait preuve d’une habile retenue dans la critique contre Paris. D’autant que Jean-Marc Ayrault, le ministre français des affaires étrangères, a précisé qu’il n’y aurait pas d’automaticité dans la reconnaissance de la Palestine par Paris, en cas d’échec. C’était, pourtant, ce que semblait indiquer son prédécesseur, Laurent Fabius. « Si on avait maintenu ce lien, dit un diplomate français, on aurait perdu le soutien de certains pays européens comme l’Allemagne. »

« Confiance à la France »

Dans ce contexte, Mahmoud Abbas, le président de l’Autorité palestinienne, a commencé une tournée internationale. Il sera à Paris vendredi 15 avril pour s’entretenir avec François Hollande, puis à Moscou le 18, à Berlin le 19, avant de s’envoler vers New York. Conseiller diplomatique de M. Abbas, Majdi Al-Khaldi assure au Monde que l’Autorité « fait confiance à la France et à son sérieux », tout en espérant des progrès réels. Il souhaite que le futur groupe de soutien international rappelle par écrit « les paramètres déjà connus à toute résolution du conflit ».

Sans attendre les résultats de la démarche française, l’Autorité palestinienne a lancé un nouveau projet de résolution destiné au Conseil de sécurité des Nations unies, dont l’objet est de condamner la colonisation israélienne en Cisjordanie. Il fait l’objet de concertations avec les pays de la Ligue arabe. Ceux-ci doivent décider dans les prochaines semaines de la meilleure date pour le soumettre au vote, selon M. Khaldi. Le texte appelle au gel de toutes les constructions israéliennes et au démantèlement des avant-postes, qui sont illégaux, y compris aux yeux de l’Etat hébreu. Il fait aussi référence au communiqué du Quartet, daté du 21 septembre 2010, qui évoquait une durée d’un an pour conduire toutes les négociations de paix.

Cette résolution serait la voie unique ouverte devant M. Abbas, si l’initiative française échouait. Le président palestinien n’aurait rien d’autre à présenter à son opinion publique, qui s’est détournée de lui. M. Abbas guette aussi l’issue prochaine des discussions avec les services de sécurité israéliens, au sujet des incursions militaires en zone A, placée en principe sous le plein contrôle de l’Autorité. En l’absence de geste de bonne volonté de Benyamin Nétanyahou, le président palestinien se trouvera conforté dans sa logique d’internationalisation du conflit.