Proche-​​Orient, dangereux surplace

Christian Merville, jeudi 29 juillet 2010

Le pré­sident Barack Obama, qui a fait de la relance du pro­cessus de paix une priorité diplo­ma­tique, espère une reprise des dis­cus­sions directes dès sep­tembre, soit avant l’échéance du gel pro­vi­soire de la colo­ni­sation en Cis­jor­danie concédé par Ben­jamin Netanyahu.

Ben­jamin Neta­nyahu est prêt à « courir un risque », il vient de le répéter, pour par­venir à un accord avec les Pales­ti­niens ; il veut bien recon­naître l’État à naître, mais refuse d’en définir les fron­tières ; il est d’accord pour reprendre la négo­ciation mais sans pré­con­di­tions ; enfin, il ne veut à aucun prix faire siennes les grandes lignes du plan de ses pré­dé­ces­seurs - Ehud Olmert notamment - , parce que les pro­messes n’engagent que ceux qui les font - Non, cette der­nière obser­vation n’est pas de lui, mais d’un maître en la matière, Jacques Chirac. Pour­parlers en panne cherchent déses­pé­rément âme de bonne volonté prête à pousser à la roue.

Pousser, dites-​​vous ? Alors écoutez Philip Crowley. Le porte-​​parole du dépar­tement d’État nous a gra­tifiés hier d’une révé­lation fra­cas­sante : « Nous œuvrons sans relâche à assurer la reprise des contacts entre repré­sen­tants des deux parties. » Pour s’empresser d’ajouter, comme pour rat­traper la perle qu’il venait de sortir : « Mais il n’y a pas de retour imminent dans la région de George Mit­chell. » Et l’on s’étonnera après cela que Mahmoud Abbas se fasse tirer l’oreille pour retrouver le chemin du dialogue… [1].

S’il fallait, ces der­niers mois, une preuve sup­plé­men­taire de la dif­fi­culté qu’il y a à remettre sur la bonne voie un train qui a déraillé, il suf­fisait, mardi, de suivre le dérou­lement de la visite inopinée en Jor­danie du Premier ministre israélien. Deux heures, c’est beaucoup pour prêcher un converti, le roi Abdallah II, de ramener à la table bancale des pour­parlers directs un Abou Mazen que l’on a poussé dans ses der­niers retran­che­ments, qui passe aux yeux de bon nombre de ses conci­toyens pour un dan­gereux adepte de la red­dition et qui n’a plus rien à leur offrir sinon un ter­ri­toire qui rétrécit comme peau de chagrin à mesure que passent les jours.

Mais aussi deux heures, c’est peu pour ama­douer un monarque qui craint par-​​dessus tout de voir l’impasse actuelle mener droit à une nou­velle défer­lante de Cis­jor­da­niens, ce qui accroî­trait le dés­équi­libre démo­gra­phique dans un pays où plus de la moitié des 6 mil­lions d’habitants sont d’origine pales­ti­nienne. On com­prend dès lors la tension qui a prévalu ce mardi, lors de dis­cus­sions « franches et claires » et, mieux encore, que « Bibi » n’ait pas ren­contré Abou Mazen, présent lui aussi dans la capitale jor­da­nienne où il avait briefé la veille le monarque sur l’état d’esprit des siens. Pour ceux-​​là, la balle est dans le camp adverse, comme l’a sou­ligné Saëb Erakat, ajoutant : « Il n’existe pas de notre part de condi­tions, mais, pour l’État hébreu, des obli­ga­tions qui doivent être res­pectées. » Soit des contours de la future patrie qui ont déjà été définis et la création de points de peu­plement qu’il convient d’arrêter. « Impos­sible », répond Sylvan Shalom, vice-​​Premier ministre, qui dénonce l’attentisme du pré­sident de l’Autorité, auquel il conseille de ne plus espérer voir les Amé­ri­cains faire pression sur Tel-​​Aviv. Sur ce point, on peut regretter qu’il ait raison, hélas.

Rien, ou si peu, à attendre non plus de la part des États membres de la Ligue arabe dont les ministres des Affaires étran­gères seront confrontés aujourd’hui au Caire à une rude tâche : convaincre Abbas et ses com­pa­gnons de reprendre langue avec les Israé­liens. Mais d’abord, devrait-​​on dire, voir si eux-​​mêmes sont convaincus de ce que l’administration Obama leur pré­sente, sans trop y croire d’ailleurs, comme une nécessité [2].

Deuxième dif­fi­culté à sur­monter : l’opposition du Hamas. Le mou­vement de la résis­tance isla­mique a pris mardi la décision d’accroître les effectifs de ses forces de sécurité, près de 18 000 hommes pour l’instant, en recourant dans un premier temps à des volon­taires, puis en ins­taurant, dans un second temps, la cir­cons­cription, comme le prévoit le ministre de l’Intérieur Fathi Hamad. Ainsi, l’organisation ren­for­cerait son emprise sur Gaza et limi­terait davantage encore la marge de manœuvre de ses ennemis jurés de la Mouqata’a [3].

Troi­sième pro­blème, tout aussi com­plexe, mais pour Israël cette fois : le « cas » de son chef de la diplo­matie. Il faut croire que, s’agissant de Gaza, Avigdor Lie­berman a les yeux de Chimène. Il rêve d’y créer, grâce à des fonds venus d’Europe, un port, une usine de des­sa­lement de l’eau de mer et même une cen­trale élec­trique. Ainsi, l’enclave n’aurait plus à dépendre de l’ancien occupant, mais de l’Égypte. Et il n’existera plus alors de liens avec la rive occi­dentale du Jourdain (la Cis­jor­danie). Tout cela, outre le conflit sur la conversion au judaïsme et la fin en sep­tembre du mora­toire sur les implan­ta­tions, crée pour l’équipe en place un écheveau qui devient impos­sible à démêler. Depuis qu’est venu s’y ajouter la crise avec les Jor­da­niens, il est permis de s’interroger sérieu­sement sur la marge de manœuvre dont dis­posent par­te­naires et surtout médiateurs.

Au fait, sait-​​on à quoi s’occupe ces temps-​​ci le sémillant Tony Blair, nommé - mais on l’a oublié - émis­saire du quartette ?

[1] voir aussi Ali Saouafta :

Abbas juge prématuré de reprendre le dialogue direct avec Israël

Les pour­parlers indi­rects engagés en mai avec Israël via l’émissaire amé­ricain George Mit­chell n’ont pas produit de progrès suf­fi­sants pour per­mettre de passer à un dia­logue direct, estime le pré­sident pales­tinien Mahmoud Abbas. "Jusqu’a présent, il n’y a rien pour nous convaincre d’aller à des pour­parlers directs. Il n’y a rien de neuf", dira Abbas au comité ad hoc de la Ligue arabe qui se réunit jeudi au Caire pour faire le point de ces pour­parlers indi­rects, confie son entourage.

Ceux-​​​​ci ont en principe pour objet de pré­parer le terrain à une reprise des négo­cia­tions de paix directes entre l’Autorité pales­ti­nienne et Israël, sou­haitée à la fois par les Etats-​​​​Unis et l’Etat juif.

Mais, résistant aux pres­sions de Washington, Abbas exige qu’Israël accepte en préa­lable des négo­cia­tions sur la base des fron­tières d’avant 1967 et le principe d’une pré­sence étrangère - peut-​​​​être de l’Otan - pour garantir la sécurité du futur Etat palestinien.

Mit­chell a ren­contré pour la der­nière fois Abbas le 17 juillet à Ramallah, en Cis­jor­danie, et celui-​​​​ci a repoussé à cette occasion ses inci­ta­tions à une reprise des pourparlers directs.

"Nous dirons aux Arabes que les Amé­ri­cains n’étaient por­teurs de rien neuf. Nous allons continuer les pour­parlers indi­rects pendant encore deux mois et nous verrons bien ce qui se passe", explique un responsable palestinien.

"L’OEUF ET LA POULE"

Le pré­sident Barack Obama, qui a fait de la relance du pro­cessus de paix une priorité diplo­ma­tique, espère une reprise des dis­cus­sions directes dès sep­tembre, soit avant l’échéance du gel pro­vi­soire de la colo­ni­sation en Cis­jor­danie concédé par Benjamin Netanyahu.

Les partis de droite alliés au Premier ministre israélien sont hos­tiles à ce mora­toire, dont l’abrogation com­pli­querait les efforts amé­ri­cains pour amener le pré­sident pales­tinien à la table des négociations.

"Il n’y a pas de place pour un quel­conque mora­toire après le 25 sep­tembre", a prévenu mer­credi le ministre israélien des Affaires étran­gères Avigdor Lie­berman, chef d’un parti d’extrême droite favo­rable à la pour­suite de la colonisation juive.

Pour Isaac Herzog, ministre tra­vailliste de Neta­nyahu, c’est le cas de figure de l’oeuf et de la poule, car Abbas dit "je ne veux pas m’engager dans des négo­cia­tions directes sans en connaître le résultat" et Neta­nyahu rétorque "engagez-​​​​vous dans des négo­cia­tions directes et je vous dirai quelle en sera l’issue".

Abbas, vieux routier des négo­cia­tions avec Israël, craint que Neta­nyahu ne soit pas prêt à faire une offre accep­table aux Pales­ti­niens. Neta­nyahu, qui se dit sans autre pré­cision prêt à "prendre des risques pour la paix", accuse Abbas de perdre du temps.

La résis­tance d’Abbas aux pres­sions amé­ri­caines sur­prend les ana­lystes, mais elle s’explique par­tiel­lement par la crainte de l’opinion pales­ti­nienne de le voir de nouveau par­ti­ciper à des négo­cia­tions sté­riles, en position de faiblesse.

Reuters, relayé par Yahoo

http://​fr​.news​.yahoo​.com/​4​/​20100728

Marc Delteil pour le service français, édité par Pascal Liétout

[2] N. Sarkozy ne veut pas être en reste, aussi fait-​​​​il pression comme Obama. Voir Asso­ciated press mardi 27 juillet :

Nicolas Sarkozy s’est entretenu avec Benyamin Néta­nyahou et Mahmoud Abba

Nicolas Sarkozy, qui s’est entretenu par télé­phone lundi soir avec le Premier ministre israélien Benyamin Néta­nyahou et le pré­sident de l’Autorité pales­ti­nienne Mahmoud Abbas, a insisté auprès d’eux sur "l’urgence d’une relance du pro­cessus de paix et la nécessité pour les parties d’agir en conformité avec cet objectif", a annoncé mardi l’Elysée… http://​fr​.news​.yahoo​.com/​3​/​20100727

[3] voir aussi Associated press :

Le Hamas appelle l’Autorité pales­ti­nienne à ne pas reprendre de pour­parlers directs avec Israël