Proche-Orient. Une conférence aux résultats mitigés

Pierre Barbancey, L’Humanité, lundi 6 juin 2016

L’absence de mécanismes coercitifs, le refus israélien et l’ambiguïté américaine jettent le doute sur les suites de la conférence de Paris sur le conflit israélo-palestinien. Une solution à deux États a été réaffirmée.

À l’issue de la Conférence internationale sur le Proche-Orient qui s’est tenue vendredi à l’initiative de la France, la communauté internationale a donc réaffirmé son soutien à la solution à deux États, israélien et palestinien, et a promis de tenter de convaincre les deux parties de reprendre les négociations.

Voilà pour l’affichage public. Car, en réalité, le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Marc Ayrault, a beau affirmer que « la perspective de deux États est en grave danger », que « nous approchons d’un point de non-retour au-delà duquel elle ne sera plus possible », l’initiative française paraît faible face aux enjeux et alors que l’occupation des territoires palestiniens est entrée dans sa cinquantième année.

Bien sûr, l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) a qualifié la réunion « d’étape très importante » et y voit un message clair. « Si l’on permet à Israël de poursuivre ses politiques de colonisation et d’apartheid en Palestine occupée, l’avenir sera à plus d’extrémisme et de sang versé, plutôt qu’à la coexistence et à la paix », a affirmé son secrétaire général, Saab Erekat.Mais Hanane Ashraoui, membre du comité exécutif de l’OLP, a été plus explicite. « La communauté internationale, si elle veut “établir une paix durable”, doit traiter les questions réelles que sont l’occupation militaire israélienne continue, l’impunité d’Israël, l’exceptionnalisme et le droit qui lui sont octroyés, le processus de colonisation qui s’intensifie, l’annexion continue et la colonisation de la terre et des ressources palestiniennes, et enfin le déni du droit à l’autodétermination, à la liberté et la justice du peuple palestinien. Faire porter également à chacun les responsabilités, c’est oublier la dissymétrie des forces entre le belligérant qui occupe et le peuple qui est occupé. C’est Israël qui est responsable de l’échec de la solution à deux États et il convient de traiter la question de cet unilatéralisme et de l’impunité dont il jouit. C’est un plan d’action global et efficace qu’il faut mettre en place, par étapes concrètes clairement définies, avec des termes de référence clairs qui garantissent la liberté et la souveraineté de la Palestine dans un cadre spécifique contraignant, avec l’objectif réel de mettre fin à l’occupation, ainsi que des mécanismes d’arbitrage, de surveillance et d’évaluation. Il faut aussi la volonté politique d’intervenir », dit-elle.

Le mépris affiché par le gouvernement israélien

Bref, sans réelles mesures coercitives, rien ne se fera. D’ailleurs, le mépris affiché par le gouvernement israélien est de bien mauvais augure pour la suite. « La réunion de Paris restera dans l’histoire comme n’ayant d’autre effet que de durcir les positions palestiniennes et d’éloigner les perspectives de paix », a lancé le porte-parole du ministère israélien des Affaires étrangères, Emmanuel Nahshon. Comment ne pas voir que Tel-Aviv s’appuie également sur le flou de l’attitude états-unienne en la matière ? Interrogé sur l’appui qu’il apporterait à la conférence à la fin 2016, le secrétaire d’État américain, John Kerry, a répondu : « Je n’en ai encore aucune idée (...) je crois qu’il est bon de laisser des options ouvertes. » Très réservé sur le principe d’internationaliser le règlement du conflit, il a affirmé que « nous ne pouvons pas imposer une solution de l’extérieur, nous devons avoir des négociations directes et je vais continuer à encourager cela ». Ce qui n’est rien d’autre que la position israélienne et celle d’un gouvernement dominé par les colons et l’extrême droite.